Spike Lee, les frères Hughes, John Singleton.

 

Ma première intention était de faire un article dans lequel j’aurais comparé le cinéma de ces quatre réalisateurs. Puis, je me suis dit que ça valait la peine de faire un développement plus long en analysant pour chacun d’eux un ou plusieurs de ses films.

Je commence par Spike Lee.  Shelton Jackson Lee est né le 20 mars 1957. Il est le fils de William James Edward Lee III un compositeur et un musicien de Jazz et de Jacqueline Carroll professeur d’arts et de littérature noirs.

C’est en 1988 qu’il réalise Do the Right Thing qui sortira en 1989. Ce n’est pas son premier film mais son troisième, si on compte son film de fin d’études (Joe’s Bed-Stuy Barbershop : we cut heads).

Ce film est en fait très politique, comme le sont aussi Jungle Fever, Bamboozled et ses documentaires sur Katrina et les quatre petites filles de Birmingham.

Tout le monde se rappelle de Mookie travaillant chez Sal et ses deux fils Vito et Pino qui se plaint tout le temps du voisinage, en somme des noirs. Et finalement le boycott que veut organiser Buggin’Out parce qu’il n’y a pas d’afro-américains mais que des italo-américains sur les murs de la pizzeria de Sal, une tentative de boycott qui mènera finalement à la mort tragique de Radio Raheem.

Le film met en scène les tensions raciales aux États-Unis dans les années 80 et fait constamment référence à de vrais incidents. La mort de Radio Raheem pour certains critiques était une allusion à celle de Michael Stewart un graffeur de 25 ans arrêté par la police dans le métro, à la station First Avenue, parce qu’il était en train de faire un graffiti le 15 septembre 1983. Il est sorti de sa garde à vue dans le coma pour décéder 13 jours plus tard. Personne, en dehors des officiers qui l’ont arrêté, on été accusés de diverses violences et ont été acquittés, ne saura avec précision ce qui s’est passé.

Lorsque Radio Raheem meurt, provoquant ainsi la colère de la foule et la mise à sac de la pizzeria, la foule scande le nom d’Eleanor Bumpurs, une afro-américaine de 66 ans qui avait des troubles psychiatriques, que la police était venue expulser pour un retard de loyer d’environ 400 dollars. Les policiers venus l’expulser, le 29 octobre 1984, ont déclaré qu’Eleanore Bumpurs les aurait menacé avec un couteau, et que se sentant en danger l’officier Stephen Sullivan a fait feu deux fois avec sa carabine la tuant sur le coup.

Ensuite la foule en colère devant la pizzeria de Sal scande : « Howard beach ! » faisant ainsi directement référence à  la nuit du 20 décembre 1986 durant laquelle Michael Griffith âgé de 24 ans, Cedric Sandiford âgé de 36 ans et Timothy Grimes âgé de 20 ans qui étaient entrés dans une pizzeria sur Cross Bay Boulevard, dans le quartier d’Howard Beach, dans le Queens, à cause d’une panne de voiture, ont été poursuivis par une dizaine d’adolescents, la plupart italo-américains, armés de battes de base-ball, de poings américains et de chaînes. Michael Griffith a été renversé et tué par une voiture en cherchant à s’enfuir, Cedric Sandiford sérieusement tabassé seul Timothy Grimes parvint à s’échapper sans dommages.

Une autre scène du film fait référence aux tensions raciales des années 80.

Quand Mookie entraîne sa sœur Jade à l’extérieur de la pizzeria pour lui faire la morale parce qu’il estime qu’elle est trop proche de Sal, ils s’engueulent devant un mur ou est inscrit à la bombe : Tawana a dit la vérité (Tawana told the truth). Une référence à Tawana Brawley, qui le 28 novembre 1987, alors qu’elle était âgée de 15 ans, avait été retrouvée inconsciente après une disparition de quatre jours, affirma qu’elle avait été violée par trois hommes blancs dont au moins un était policier.

Le film est très subtil dans son traitement des tensions raciales entre Noirs, Blancs, mais aussi entre les minorités elles-mêmes puisqu’il évoque les tensions entre afro-américains et coréens. Des  tensions qui atteindront leur point d’orgue lors des émeutes qui débutèrent le 29 avril 1992 à Los Angeles, après l’acquittement des policiers accusés d’avoir tabassé Rodney King, quand les commerçants coréens décideront de tirer à vue sur tous les émeutiers qui s’approcheront trop près de leurs magasins.

Le film traite également des rapports entre afro-américains, on se rappelle comment Mother-sister ne veut pas considérer le Maire, jusqu’à ce qu’il sauve un enfant, alors qu’ils jouent finalement tous les deux le même rôle de gardien du quartier. Mother-sister veille comme une sentinelle, Le Maire exhorte toujours Mookie à : « always Do the Right thing ! ».

Smiley vend ses cartes de Martin Luther King et de Malcolm X qu’il accrochera d’ailleurs sur l’un des murs de la pizzeria après que celle-ci ait été ravagée.

On se rappelle aussi du discours de Radio Raheem qui explique le combat entre l’amour et la haine, qui peut être compris comme expression des tensions raciales et aussi comme la différence des chemins choisis par les deux leaders Noirs dont Smiley vend les images. Ses bagues sont aussi un clin d’œil au film de 1955 de Charles Laugthon, La nuit du chasseur, dans lequel Robert Mitchum interprète un révérend qui a tatoué sur les doigts de la main droite Love et Hate sur ceux de la main gauche.

Les deux citations de la fin du film, celle de Martin Luther King qui affirme que la violence n’est jamais justifiée quelque soient les circonstances, et celle de Malcolm X qui affirme que la violence n’est pas de la violence mais de l’intelligence quand il s’agit de se défendre, viennent peut-être brosser l’expérience des afro-américains qui s’inscrit entre ces deux voies.

 

About the author

    Leave a Reply

    Your email address will not be published.

    You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>