Qu’est-ce qu’une culture noire populaire ?

 

A la manière dont j’ai abordé la culture dans les trois premières parties de cet article on pourrait croire que je la tient pour une espèce de costume qu’on enfile et qu’on ne pourrait plus jamais changer ou enlever. Il y a, à mon avis, un peu de vrai dans une telle formule, c’est-à-dire qu’une culture colle à la peau et qu’on peut avoir du mal à s’en départir. Cependant d’un autre côté une culture est extrêmement volatile et à tendance à se diffuser, à circuler à prendre en compte et peut être absorber des éléments qui lui sont à l’origine étrangers.

J’ai aussi présenté la commercialisation de la culture comme un processus néfaste et unifiant ou en tout cas imposant des formes à des seules fins de création d’un marché et de son contrôle. Je vais donner un exemple plus précis de ce que je veux dire par l’action néfaste et normalisante du commerce sur la culture.

J’évoquais à la fin de la troisième partie Afrika Bambataa et le potentiel subversif de sa Zulu nation. A vrai dire plus qu’un potentiel subjectif il s’agit là d’une charge magique, un acte de magie sociale.

Disons, pour aller vite, que le groupe social dominant, place le groupe dominé dans une situation sociale telle que les membres de ce groupe, ou en tout cas une fraction, commencent à se comporter de la façon dont le groupe dominant affirme qu’ils se comportent. Ainsi on dit qu’ils sont voleurs, drogués etc. et les conditions de misère dans lesquels on les maintient font que certains se mettent à voler en espérant s’en sortir, d’autres se mettent à se droguer pour oublier la misère etc.

La définition, énoncée par le groupe dominant, du comportement des membres du groupe des dominés agit comme une espèce de maléfice social, puisqu’effectivement ceux-ci se mettent à se comporter comme on avait dit qu’ils le feraient. Or voilà qu’un individu se lève et invoque une autre réalité sociale pour contrecarrer les conditions qui sont les siennes dans la réalité sociale où il évolue. Dans le cas d’Afrika Bambataa il fait appel à des figures africaines pour changer sa place et celle d’autres Noirs dans la société américaine.

Les nouvelles formes culturelles qui vont naître de cet appel, ou cette invocation, seront magiques puisqu’elles seront efficaces et permettront à ceux qui les ont invoqués de changer leur statut social (de petits voyous de ghetto, ils deviennent vedettes).

Or la commercialisation de ces nouvelles formes crées magiquement font qu’elles perdent toute magie puisqu’on ne les reproduit plus que mécaniquement et plus dans l’optique d’en tirer un bénéfice social, mais dans celle d’en tirer un bénéfice financier. Evidemment dans le monde dans lequel nous vivons le bénéfice financier coïncide souvent avec le bénéfice social, mais les deux restent d’une nature fondamentalement différente sur un point crucial, le bénéfice social peut potentiellement profiter à tous, tandis que le bénéfice financier a pour vocation de ne profiter qu’à quelques uns.  Ces quelques uns ont intérêt à ce que les nouvelles formes culturelles soient formatées de façon à pouvoir se présenter comme en étant les détenteurs privilégiées, alors qu’ils ne font que confisquer ce qui théoriquement revient à tous.

Donc, plus ou moins consciemment, le talent revêt la forme propice à son exploitation, la culture nous est présentée en des formes cristallisées qui sont largement l’expression de son exploitation commerciale, c’est-à-dire la destruction plus ou moins totale de son potentiel magique.

 

Qu’est ce qu’une culture noire populaire ?

 

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