Qu’est ce qu’une culture noire populaire ?

 

Dans la première partie de cet article j’ai évoqué les problèmes qu’une culture noire populaire rencontre ou engendre quand on la commercialise. J’ai parlé, d’une part, des problèmes de réappropriation, ce qui après tout peut paraître un processus normal dans la mesure où le producteur de cette culture n’a pas les moyens de la commercialiser, et que celui qui la commercialise ne veut le faire qu’à son bénéfice. J’ai évoqué, d’autre part, les tentatives de récupération symbolique qui se traduisent nécessairement en des termes économiques et politiques.

Il me reste l’action du producteur lui-même, les Noirs, face à la commercialisation de son produit, sa culture.

Avant toute chose je vais entrer, superficiellement, dans le débat qui pose la culture noire, en particulier celle des afro-américains, comme composite, parce qu’elle serait le fruit des inventions techniques occidentales et de formes africaines recréés ou résilientes, en disant que la technique est un contenant et que sans contenu on ne voit pas l’utilité du contenant.

Ceci dit l’argument est un peu de mauvaise foi puisqu’évidemment le contenant change de forme et influe ainsi de façon plus ou moins prononcée sur le contenu.

Une des scènes du film Cadillac Records montre Muddy Waters en train de jouer sa musique dans les rues de Chicago. Plusieurs Noirs qui passent par là le traitent de cul terreux et disent qu’il devrait retourner dans sa campagne pour y jouer sa musique de cul terreux.

La scène est peut-être une invention du scénariste, mais je crois qu’elle livre quelque chose de fondamental sur la culture et sa perception par les membres du groupe de population concernés au premier titre par son élaboration et sa diffusion.

J’ai dit que les Skinheads anglais avaient complètement supplanté les jamaïcains, mais qui dit que les jamaïcains n’ont pas déserté le mouvement qu’ils avaient créé pour un autre commercialement plus rentable et/ou plus exposé (plus à la mode) qui permettait d’avoir une plus grande visibilité.

Combien d’artistes frustrés, par d’autres plus talentueux, ou attirés par une promesse de gains rapides ont délaissé une forme musicale pour une autre. C’est ce qu’illustre la scène dans Bird de Clint Eastwood ou Charlie Parker (Forest Whitaker) va voir un de ses anciens rivaux qui s’est mis à faire du rock parce que ça rapportait plus et parce qu’il était admiré en tant que musicien plus qu’il ne l’était dans le Jazz depuis que la façon de jouer de Parker l’avait fait tomber dans l’oubli.

Aujourd’hui combien font le choix de prendre une voix commerciale plus sure, comme le Rap ou le R’n’B, même si elle fait moins appel à leurs qualités de musiciens professionnels, par le minimalisme des chansons, qu’un autre genre plus épanouissant pour le jeu musical mais nettement moins « mainstream ».

Pour prendre l’exemple de la France combien de jeunes disons de quartier, même si ça ne veut pas dire grand-chose, refuse de jouer du tambour parce qu’ils croient fermement que la vie musicale n’est constituée que de boucles et de séquences. Combien ont une culture musicale digne de ce nom et qui embrasse des styles aussi variés que le Jazz, le Rock, le Blues, la Soul, le Funk, le Reggae, la Samba, le Son etc.

Les pionniers du Hip Hop avaient la connaissance de ce qu’avaient fait leurs aînés, ce qui était indispensable pour pouvoir leur rendre hommage, mais aujourd’hui combien sont plus soucieux de la qualité du travail et de l’hommage, que de l’argent amassé sans trop se creuser les méninges.

Une culture doit autant être portée par ceux qui l’ont élaborée que par leurs héritiers, autrement comment contester la réappropriation et la dépossession.

De toute façon une culture n’est pas non plus un enclos elle est ouverte à tous ceux qui veulent entrer dans sa sphère, c’est lorsqu’on prétend la confisquer pour des motifs économiques que cela pose un problème de définition.

 

Qu’est-ce qu’une culture noire populaire ?

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