Cet article fait suite à une discussion que j’ai eue avec le rédacteur en chef de votre blog favori. Le fait est que la discussion a embrassé une foule de sujets mais le point qui les traversait tous était le suivant :

Comment se fait il que dans une grande ville comme Paris, que l’on dit capitale de la mode, que l’on dit ville lumière, qui est censée être le lieu où tout se passe ; il ne se passe rien.

Il ne se passe rien pour les cultures urbaines, c’est-à-dire les cultures qui se sont essentiellement développées autour des musiques que l’on dit « noires ».

Evidemment il y a des concerts, des spectacles de danse ou ce genre de choses organisées, mais sur le plan informel où sont les endroits où l’on peut se retrouver et partager l’amour du style et des bonnes vibes ?

Connaissez vous un club où tout le monde vient parce que le DJ résidant est éclectique, très cultivé sur le plan musical et inconditionnellement amoureux du groove. C’est-à-dire qu’il pourrait passer du Blues à la bonne soul des années 60, du funk déjanté des années 70 à un beat Hip-hop fracassant du milieu des années 90 sans que ça ne choque personne et surtout sans que l’on s’arrête de danser.

Qui connaît un magazine qui parle de ces musiques en dehors de la prose intellectualiste, prétentieuse et un rien suffisante des « spécialistes », des gens qui voudraient faire croire qu’un courant musical est en réalité une chapelle sectaire dans laquelle seuls quelques initiés privilégiés auraient le droit de se recueillir, ou peut-être un mausolée dans lequel les mêmes initiés s’abîmeraient en lamentations sur tous les talents passés non plus considérés comme des artistes ayant délivré un message qui reste d’actualité, mais comme des idoles sacrées auxquelles on rend un culte mystérieux.

Quelle radio passe des sons qui sortent des sentiers commerciaux battus et rebattus au point qu’ils semblent dessiner un schéma d’appauvrissement inéluctable de la culture musicale et de la musique elle-même. Les quelques médias spécialisés qui occupent la place font, à mon avis, plutôt figure de pis aller alors qu’on préfèrerait qu’ils soient des ressources, c’est-à-dire des sources d’apprentissage et de renouvellement.

Comme je l’ai dit à mon rédacteur en chef un tel état des lieux, pour une ville qui pourtant regorge de ressources, pousse à la déprime et si l’on ne pratiquait pas l’optimisme thérapeutique il y a longtemps qu’on aurait laissé tomber.

C’est vrai qu’en matière de lieux, qui soient accessibles et dans le coup sans être pour autant tendance ou v.i.p, en matière de dynamiques, en matière de projets concrètement réalisés, Paris ressemble à un paysage désertique. Une longue bande désolante de terres stériles où la chaleur est asphyxiante, l’air brûlant et l’horizon désespérément vide.

Paris ressemble à la Lune en attente d’un cosmonaute qui viendrait planter un drapeau, ou au moins un fanion. Quelque chose qui signalerait qu’une poignée de courageux se sont aventurés aux confins du désespoir pour essayer d’y apporter ce qu’ils pouvaient. Peut-être que leur effort semblera dérisoire,  d’aussi peu d’importance qu’une poussière ou un grain de sable ; mais il se peut également qu’ils sèment une graine qui donnera un arbre et même une oasis.

En attendant le cosmonaute j’ai décidé d’inaugurer par ce préambule une série d’articles que j’appellerais les chroniques de la lune. Pourquoi les chroniques de la lune ? Parce que j’ai l’impression qu’un mec qui arrête de se plaindre du fait qu’il n’y ait rien dans Paris sur la culture noire pour se mettre à faire quelque chose  de concret est un alien. Un mec qui a la chance d’avoir un tout petit peu de culture et qui décide de ne pas jouer à la diva qui ne chante que dans les chapelles et les mausolées est un alien. A moins qu’on ne le voit comme un cosmonaute avec son petit drapeau et sa petite graine.

 

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