Pour poursuivre la discussion commencée dans le dernier article il faut revenir sur l’idée de format. J’avais dit la dernière fois que le Rap en se conformant à un format imposé par un diffuseur perdait par la même occasion toute possibilité d’être une musique révolutionnaire. Certes, elle peut encore contenir une puissante charge contestataire, véhiculée par la musique et les paroles, surtout les sentiments qui animent la diction de ces dernières par l’interprète.

Mais, l’idée de format, et donc de conformation à ce format, est incompatible avec l’idée de révolution si on l’entend comme un bouleversement, une remise en cause des cadres sociaux, légaux, etc. qui pour une raison ou une autre ne conviennent plus à une masse ou un groupe d’individus qui entament alors un processus de renversement ou de remise en question de ces cadres.

De Grand Master Flash à Dead Prez on peut considérer que c’est bien d’une telle remise en question qu’il s’agit.

Pourquoi le format annulerait donc un processus révolutionnaire ?

Bien évidemment la Révolution ne signifie pas l’anarchie, cependant elle est forcément une période de désordre précédant la construction de nouveaux cadres que ceux qui ont voulu la destruction des anciens trouvent plus adaptés à leurs aspirations.

Un appel à la révolution est donc un appel au désordre, or appeler au désordre dans une formule ordonnée, le format, est complètement contradictoire.

De plus, le format, c’est-à-dire la façon dont les diffuseurs ont décidé de façonner le marché et implicitement de contrôler la musique, c’est-à-dire réduire à la marginalité toute celle qui ne passe pas par leurs circuits de diffusion, ne se contente pas d’annuler toute possibilité formelle de révolution ; il arase toute force incontrôlée présente dans la musique.

Le formatage se fait donc à un double niveau au niveau de la forme, le temps imparti 3 minutes 30, au niveau du fond, de la musique elle-même.

Pourquoi ?

Parce que les techniques d’enregistrement supposent elles-mêmes de se conformer à une façon de faire et d’accepter un mixage, ou disons une médiation, pour pouvoir passer du jeu physique figé à un moment précis, au moment de l’enregistrement, à un jeu virtuel lorsque l’auditeur pourra écouter à l’infini cette performance exécutée dans des conditions artificielles, c’est-à-dire détachées de tout lien avec le public auquel paradoxalement la performance de l’artiste est censée s’adresser. On ne parlera pas ici des multiples avancées techniques qui permettent de corriger, en studio, le jeu des musiciens la voix du chanteur etc. qui ne font qu’ajouter à l’artificialité de la performance.

C’est bien parce que le disque ne saurait suffire à créer une communauté de fans, un public d’acheteurs potentiels, qu’on organise des tournées promotionnelles durant lesquelles les artistes donnent des concerts live. Ils sont le moyen d’émouvoir la foule, de la toucher vraiment avec sa musique parce que ce que les instruments envoient en direct n’est pas comparable à ce qu’on entend dans un enregistrement, parce que l’énergie que l’artiste dégage est reçue par la foule qui envoie son énergie en retour. En concert Live l’artiste a également la possibilité de se tromper dans son interprétation ou d’improviser sur un morceau pour en offrir une version différente etc. tout ce que n’offre pas le disque.

Ce dernier est un format parce qu’il annule ou en tout cas atténue, le  caractère sincère et émotionnel de la performance, pour ne livrer qu’une façon de jouer qui est figée, ce que précisément la musique n’est pas.

Aborder le formatage du goût de l’auditeur par l’évolution des formats d’enregistrement et de restitution de la musique fera sans doute l’objet d’un prochain article.

 

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  1. by pierre

    C'est bien dit tout ça !

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