Le Rap, est-ce une musique révolutionnaire ?

On pourrait considérer, à bon droit, le Rap comme une musique révolutionnaire, en ce sens qu’elle est venue revitalisée une musique afro-américaine qui dépérissait, au niveau commercial, dans les affres du disco.

A partir du moment où Grand Master Flash lui a imprimé un tournant « social », c’est-à-dire une fonction de dénonciation du quotidien amer des communautés noires dans les quartiers pauvres, si aux États-Unis le fait de parler de noirs et de pauvres, jusqu’à aujourd’hui pour la majorité des noirs, n’est pas un pléonasme.

Le Rap devenait donc le « CNN » de la rue et véhiculait des messages contestataires, subversifs et peut-être dangereux du point de vue des autorités.

Des groupes comme Public Enemy ou Black Moon, BDP, et aujourd’hui Dead Prez ont largement contribué à enrichir et développer le potentiel révolutionnaire du Rap.

Cependant la révolution est restée à l’état de possibilité, ou plus justement elle ne s’est déclinée que sur le mode commercial en créant des fortunes inespérées pour certains labels, managers et artistes qui ont su saisir leur chance.

On peut, évidemment, difficilement détacher le Rap de des trois autres piliers du Hip-hop, pour considérer que lui seul contenait un potentiel révolutionnaire, mais les lois du commerce en ont décidé ainsi et après avoir momentanément mis en avant la danse (Beat Street, Krush Groove etc.) et le graf (Wild Styles, Style Wars), la poursuite, médiatique, a braqué son halo sur le MC en laissant le reste dans l’ombre.

Evidemment une parole dénonciatrice avait déjà surgi avant l’émergence du rap. Depuis la Soul de James Brown (Say It Loud), de Syl Johnson (Is It Because I’m Black) ou de 24-carat Black (Poverty’s Paradise) à la funk de Curtis Mayfield (Super People, Darker Than Blue) ou de George Clinton (Endangered Species) en passant par les poètes Slam ou Spoken Words comme Gil Scott-Heron, The Last Poets ou The Watts Prophets, beaucoup d’artistes passaient par la musique pour délivrer un message, on aurait même pu remonter à Billie Holiday et Nina Simone (Strange Fruit, Four Women, Young Gifted and Black etc.).

Que ce soit par le fond ou la forme. La forme est ici essentielle parce qu’elle est à lire sur deux plans, esthétique et matériel.

Le Rap n’est pas véritablement une remise en cause de la forme sur le plan esthétique, c’est-à-dire une remise en cause des normes de rythmes, de tons etc., comme a pu l’être le Free Jazz de Sun Ra. Il s’agissait de sampler ou  de rejouer les titres de leurs devanciers de la génération soul-funk. La forme esthétique du Rap n’a donc rien de révolutionnaire. La formidable énergie mise dans la diction mériterait à elle seule toute un développement historique, pour laquelle nous n’avons pas la place ici. A mon avis, l’originalité réside en l’accolement de la force de la parole avec le climax de la musique, le cut de Kool Herc qui fait passer en boucle le break de la chanson. Au sens esthétique le Rap n’est pas une révolution, au moins au niveau musical, nous verrons dans un autre article qu’au niveau de sa mythologie constitutive il peut être regardé comme révolutionnaire.

Le niveau matériel est celui qui justement tue dans l’œuf toute possibilité de révolution. Bien qu’ici le niveau matériel relève également d’un niveau immatériel, en l’occurrence ontologique, nous continuerons à le nommer ainsi.

Comment avons-nous reçu les messages de Public Enemy, de Das EFX ou Dead Prez ? Nous n’avons pas été invités, exceptés peut-être quelques chanceux, dans leur studio ou l’endroit dans lequel ils élaboraient leurs albums. Ils nous sont parvenus par la radio, c’est-à-dire que les artistes ont du se conforter au format exigé par le diffuseur pour avoir accès aux ondes et délivrer leur message révolutionnaire en 3 minutes 30. Et c’est bien cela qui fait que la musique Rap, comme d’autres genres dont une partie des artistes qui le composent délivrent des messages contestataires, ne reste qu’un appel à la révolution ou une potentialité de révolution, parce que, à mon sens, on ne peut pas associer la révolution et le format, ou en tout cas pas le format commercial.

About the author

    Leave a Reply

    Your email address will not be published.

    You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>