Gangsta Rap

Ce que l’on peut reprocher au Gangsta Rap c’est d’avoir introduit la stupidité dans le Rap. On pourrait croire que la stupidité y commence avec Biz Markie et son rap sur les crottes de nez, mais, à mon avis, ce n’est pas de la stupidité, c’est de la bouffonnerie. La bouffonnerie, c’est drôle et ça ne fait pas de mal tandis que la stupidité est extrêmement nocive.

La preuve : c’est à partir du Gangsta Rap qu’on commence à parler de guerre entre East et West Coast et que des conneries dites au micro font des morts réelles dans les rues. En France il y a conséquemment un découpage simiesque des différents départements de la région parisienne en neuf deux, neuf trois etc.

Il y a également l’implantation de la mythologie des quartiers nord parce qu’aux Etats-Unis les quartiers les plus chauds des grandes villes se trouvent le plus souvent au nord.

C’est aussi ce genre qui fait l’apologie du Bling-Bling, même si le Bling-Bling ne naît pas à cette époque, mais dans un certain type de littérature à la fin des années 50, cette thématique est tellement développée qu’aujourd’hui on se demande si un clip de rap n’est pas une publicité pour une marque de voiture, de montre ou de portable.

C’est la même chose pour la « Bitch », on ne peut pas dire qu’elle émerge avec le Rap. Il y a toujours eu des filles prêtes à tout pour être proche d’une célébrité. Le documentaire Sex and Pop renseigne assez bien sur le fait que depuis les années 60, et peut être avant, il y a toujours eu des relations plus ou moins louches entre le sexe, la drogue et les célébrités.

Mais c’est le Rap qui fait des femmes avides de strass et de paillettes des « Bitch » avant d’étendre le nom à la majorité des femmes. En cela il rejoint directement la façon de faire du maquereau qui est en quelque sorte obligé de déshumaniser celles qu’ils exploitent, de les rabaisser de manière à justifier son comportement de parasite.

Voilà ce qu’écrit Iceberg Slim dans son récit autobiographique et qui ne laisse aucun doute quant à la nature des relations entre une prostituée et un maquereau : « Je veux tout contrôler chez mes putes. Je veux être le patron de leur vie tout entière, et même de leurs pensées. Il faut que je leur mette dans la tête que Lincoln n’a jamais aboli l’esclavage. »

Les relations ne sont pas présentées aussi clairement dans les clips. Par exemple dans le clip de 50cent, P.I.M.P, il y a un côté grotesque dans les costumes du conseil des maquereaux devant lequel il va se faire adouber. Dans le clip d’ODB feat Kelis, on reprend des extraits de Dolemite, le funky Pimp, expert en arts martiaux et chaud comme la braise.

Qu’il soit grotesque ou funky, un maquereau demeure un maquereau, et même si on le présente sous l’aspect d’un jeu, de quelque chose qui n’est pas grave ou en tout cas dont on peut rire, tout ce fard n’efface pas la vraie nature de ce qui se joue quand un MC se grime en maquereau ou se vante d’en être un dans une chanson.

Bien évidemment beaucoup de morceaux de Tupac, de Biggie ou d’autres sont plaisants musicalement, ils sont marquants également par la qualité du flow des MC. Certes on ne peut pas réduire l’ensemble de leurs répertoires à ces trois thématiques de guerre de gangs, de Bling-Bling et de dépréciation de la femme, mais il me semble que ce sont des sujets récurrents.

Il n’est pas question ici de s’ériger en censeur ou en gardien de la morale et des bonnes mœurs, simplement de s’interroger sur ce en quoi nous croyons bon pour nous-mêmes, pour nos petits frères, petites sœurs et nos futurs enfants.

On pourra toujours dire que ce n’est que de la musique, mais, d’abord, la musique n’est pas négligeable, ensuite elle est souvent accompagnée d’images aussi explicites que les textes.

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