Ce film d’animation réalisé par Ralph Bakshi, auquel on doit Fritz The Cat, en 1974, est une véritable satire de l’Amérique. A travers l’histoire de Brother Rabbit et de ses acolytes, le réalisateur aborde un certain nombre de problèmes qui concernent les afro-américains.

L’histoire est celle d’un Révérend qui veut, avec un complice interprété par Barry White, libérer deux prisonniers. Les détenus en question, un vieux et un jeune afro-américains, ont pu se faufiler hors de la prison et attendent patiemment que leurs complices arrivent pour franchir le mur d’enceinte et se faire la belle. Pour passer le temps le vieux raconte au jeune l’histoire de Brother Rabbit.

Tout commence dans une petite ville du sud des Etats-Unis, Brother Rabbit et ses frères se recueillent sur la tombe de leurs parents morts depuis peu. Puis ils retournent dans la maison dont ils ont hérité et qu’ils ont vendu à un malfrat dénommé Blue pour récupérer auprès de lui le reste de l’argent. Blue a déjà transformé les lieux en bordel. Au moment où ils vont faire leur transaction deux flics débarquent, pour se dégorger le poireau gratis, mais les choses se gâtent lorsque l’un d’entre eux se rend compte que la prostituée sur laquelle s’excite son collègue est sa propre fille. Il descend son collègue et veut faire un carton sur les autres mais Brother Rabbit le tue en premier.

Les frères décident de fuir, ils vont aller là où, selon eux, on ne pourra jamais retrouver trois noirs dont l’un a descendu un flic : Harlem.

Ils parviennent à leur destination, c’est peut être la fin du voyage mais c’est seulement le début de leurs ennuis puisqu’ils auront maille à partir avec le révérend Simple Revolution qui anime le culte de Black Jesus, le prophète venu lui dire que les noirs devaient tuer les blancs.

Cette histoire est l’occasion pour le réalisateur d’interroger toute une période, celle du nationalisme culturel qui est en plein essor parmi les afro-américains depuis la fin des années 60.

D’abord il fait allusion à la situation des harlemites coincés entre le dénuement le plus total et le sordide. Le monologue d’une femme qui regrette le départ du cafard, qui squattait son appartement, qui était devenu son seul ami quand son mari les a abandonné elle et leur bébé, en dit long sur une situation pénible, les familles monoparentales, qui est également traitée, sous un autre angle, dans un film comme Claudine.

Ensuite il interroge les vraies motivations des militants révolutionnaires dans une scène courte et percutante.

La question de savoir qui sont les gangsters noirs et quel est leur vrai pouvoir se pose dans les affrontements entre Brother Rabbit et les maffieux italiens. On se rappelle des Frank Lucas, dont l’histoire a été récemment racontée par Brian de Palma, et autres Nicky Barnes.

Finalement ce film est peut être une bonne synthèse de la blaxploitation qui oscille entre histoires de criminels, qu’elles soient traitées sous l’angle du truand ou sous celui du justicier/détective, et histoires de révolutionnaires.

Il est amusant que ce soient à peu près les thématiques qui ont nourri le rap de ses débuts à aujourd’hui.

Il y a eu les thématiques révolutionnaires portées par des groupes comme Public Enemy, KRS One, EPMD etc. avant d’en venir à l’esthétique du maquereau dans le gangsta rap, toujours mise en scène par Snoop, 50 cent et d’autres.

Si Tarantino a reconnu avoir été influencé par ce courant, il me semble aussi légitime de penser que des réalisateurs comme Spike Lee, les Hughes Brothers, John Singleton etc. se sont aussi appropriés une part de cette histoire dans les thématiques qu’ils développent et dans le traitement qu’ils en font.

La blaxploitation émerge à l’époque des coiffures afro et des groove de funk déjantés, à une période de colère et de créativité dont beaucoup de formes artistiques, en dehors de la musique et du cinéma, sont encore redevables.

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