“New York, New York, big city of dreams”, disait The Game dans son morceau pourtant dédié à la côte ouest “Westside Story”. New York capitale de la culture Hip-Hop, où tout peux arriver. C’est sur ce caractère précis que ce sont attardés Mathieu Rochet et Nicolas Venancio dans leur webdocumentaire New York Minute en collaboration avec Arte. Ces deux noms vous sont peut-être inconnus mais si vous avez lu le magazine Gasface ces dernières années, alors sachez que les deux réalisateurs de NYM en sont les créateurs. Leur marque de fabrique est reconnaissable entre mille: des sujets et des interviews d’une précision chirurgicale et une bonne dose de second degré sur des terrains où personne n’a osé s’aventurer. A l’heure où tout le monde revendique sa part de lifestyle dans la presse et sur le web, Mathieu Rochet et Nicolas Venancio sont sûrement parmi les précurseurs du genre.

A la fin de l’aventure Gasface, conclue par un numéro sulfureux titré: “Ils dansent mal ! Ils sont méchants !! Ils sont partout !!! Même Barack Obama en est à moitié un… Faut-il avoir peur de ces enculés de blancs ?”, les deux amis lyonnais avaient pas mal de propositions. On entend parler des Inrocks, de Canal +, mais c’est avec Arte qu’ils s’associent pour passer à l’image et donc à New York Minute. NYM ou un certain retour des choses, une manière de découvrir une ville folle qu’est New York mais aussi de retrouver une culture Hip-Hop qui vit dans la rue comme la tendance sur le net où le Hip-Hop sort beaucoup de son cadre peut nous le faire oublier. Pour preuve les bootleggers de Times Square qu’on découvre dans le premier épisode. De leur côté, les réalisateurs font la part belle à une ville qui ne s’arrête jamais avec des images en rafale comme pour montrer la vitesse à laquelle tout peut basculer dans la Grosse Pomme, car c’est de ça qu’il est question dans NYM, la New York Minute, ces 60 secondes plus rapides ou plus longues qu’ailleurs qui peuvent tout faire basculer dans la vie d’un individu. Ce CD vendu de main à main, qui termine sur le bureau d’un DA, (directeur artistique)  un rendez-vous séché pour se retrouver dans une soirée où on croise son idole, deux producteurs reconnus qui se rencontrent par hasard dans la cave d’un disquaire et qui décide de collaborer sur l’un des plus grands albums de tous les temps et pleins d’autres situations, c’est ça la New York Minute.

En attendant de voir New York Minute changera la vie de ces deux créateurs, nous avons discuté avec eux sur le documentaire en lui-même.

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de faire ce documentaire ?

Matthieu Rochet: New York Minute, parce qu’aNYthing can happen en 60 secondes et qu’on voulait l’exprimer autrement qu’à l’écrit. On n’aurait jamais pu faire ce doc sans le travail de fond fait avec le mag (même l’opportunité offerte par Arte est venue du mag), mais c’était le bon moment et le bon concept pour passer à la réalisation. Et le web le meilleur média pour diffuser notre taf, et l’enrichir.

Sur la page qui vous est consacrée sur le site d’Arte, votre documentaire est décrit comme une sorte d’encyclopédie interactive de la culture Rap. Est-ce que c’était votre motivation de créer cela lorsque vous avez décidé de vous lancer dans ce projet ?

MR: On est d’abord parti des histoires, et ensuite on a réfléchi aux moyens à disposition… L’interaction, c’est souvent un gimmick pour faire “web” : les types font un chat juste parce qu’ils peuvent, ils te demandent si tu veux d’abord questionner Pedro ou plutôt Chico, comme dans “Le livre dont tu es le héros”… Là on s’est rendu compte qu’on pouvait et qu’on devait permettre aux gens de partager. Le concept appartient à New York plus qu’à nous, donc c’est normal d’imaginer que les New-yorkais et tous ceux qui kiffent cette ville puissent raconter sa légende avec nous.

Nicolas Venancio: La définition du “documentaire” ne change pas avec le “webdocumentaire”. On profite simplement des nouveaux outils : le fait de combiner texte-vidéo-son, la possibilité de faire collaborer les internautes du monde entier.

Comment avez-vous choisi les personnes qui apparaissent dans le documentaire ? Les rappeurs mais aussi par exemple ces anciens enfants-soldats venus du Libéria. Comment avez-vous appris leur présence à NYC ?

MR: Un an avant le tournage, au détour d’une conversation avec un Iranien installé à NY… Le type a produit GTA, il a des Adidas plaqué or ! Et en plus c’est vrai ! Les autres personnages, on les a repéré avant de tourner, parfois 2 ou 3 ans avant comme pour Joell Ortiz, des fois 2 ou 3 secondes avant, comme Squala et Mr le maire de Times Square…

Quelle est la rencontre plus improbable que vous ayez faites ?

MR: Le 1e jour du tournage, on est allé dans un magasin de photo pour acheter une bricole. Entre un petit mec tout maigre à l’air un peu défonce, genre Futura 2000 mais en plus vieux. C’était lui. Il nous a invité chez lui et nous a montré son nouveau délire : une ville miniature et un petit train qui occupent tout le sol de son appart. Notre chef-op, Edward A Roberts III, a trébuché et défoncé tout le centre de mini-ville. On s’est fait éjecter en une new york minute. On a aussi croisé Brian de Palma, tiens.

NV: NY c’est le Triangle des Bermudes de l’improbabilité. T’as autant de chances de croiser l’innatendu, que de croiser un zombie dans une fête foraine.

Les soeurs Olsen ont fait un film intitulé “New York Minute” en 2004 qui a coulé leur carrière. Est-ce que vous les avez interviewé pour aussi montrer qu’une New York Minute pouvait changer la vie de personnes dans le mauvais sens ?

NV: Nous notre carrière était déjà coulée AVANT de faire New York Minute, c’est une différence. Et puis les soeurs n’ont pas de talent, c’est John Stamos qui en avait. Et puis en jumeaux je préfère les Ying Yang Twins.

J’ai lu que vous avez tourné les 6 épisodes du documentaire en 21 jours. Vous pouvez décrire votre rythme de vie pendant ces trois semaines car juste sur le papier ça à l’air très intense.

NV: 20 jours de tournage en fait. A titre de comparaison Arte a produit un documentaire Hip Hop qui se passe à NY en 2003 (A Tale from the Hood) et le réalisateur est resté un an surplace. C’est peut-être ça aussi le “webdoc” comme ils disent. Alors oui c’était intense, mais ça collait à la ville, au projet. On était pas venu tourner un “prequel”  (suite) de “Plus Belle la vie.” Au quotidien le seul truc qui m’a dérangé c’est de travailler avec des mecs sales. J’étais le seul de l’équipe à me doucher chaque soir.

“NYM” sort sous le format de web-documentaire, pourquoi ne passe-t-il pas directement sur Arte ?

MR: Sans parler du “Guide Hip Hop de la Fast Life”, qui n’aurait pas lieu d’être à la TV, le webdoc a la HD, le haut-débit, peut être vu à NY, Tokyo, Berlin, Moscou, partout et pendant 2 ans. C’est mieux que de passer une fois en France à 10h du soir, même si la téloche a encore beaucoup de crédit par rapport au web.

NV: Moi je kifferais de passer à la TV. Ca ferait plaisir a plein de gens qui m’aiment. Jérôme Clément : I love you N#**@

Comment passe-t-on de l’écrit à l’image ? Vous avez interviewé beaucoup de cinéastes dans Gasface, est-ce qu’ils vous ont donné des conseils ou vous êtes vous inspirés des discussions que vous avez eu avec eux ?

MR: Yep, Audiard, au tout début de l’écriture d’Un Prophète, Alain Corneau, Nicolas Boukhrief… Jean-Marie Poiré (Les Visiteurs), on a passé un bon moment avec lui juste avant le tournage… C’était à chaque fois vraiment instructif, mais une interview avec Ghostface ça peut être aussi intense et donner à réfléchir. Plus des trucs de compréhension générale, sur l’esprit humain, la science, l’amour, que des conseils vraiment techniques.

NV: On est parti sur le tournage avec Edward A. Roberts qui réalisé le clip qui a été élu “meilleur vidéo des années 2000”. Pour moi c’était scientifiquement impossible que “Gasface + Edward = de la merde”. Même si 6 épisodes en 20 jours c’est le 13 ème travaux d’Hercule et que personne que nous n’aurait pu y arriver -à part Hercule bien sûr.

Est-ce que vous pourriez me citer cinq morceaux qui symbolisent le mieux le terme de New York Minute ou même votre documentaire ?

MR: “No surrender, No retreat” de Chi-Ali (prod DJ Premier), pour ces lyrics “You wanna step to me, Chi Ali ? How long you planned a suicide ?” 5 ans plus tard, il flinguait le frère de sa meuf pour une embrouille à 300$. C’est le genre d’histoire que tu retrouves sur la carte…

NV: On n’avait pas de CD’s dans notre Batmobile… c’était donc Power 105 et HOT 97 à tous les repas : on faisait des chorales sur “How Low” de Ludacris, j’étais homesick quand j’entendais Drake, j’étais le seul à aimer “O let’s do it” de Wacka Flocka et “Rudeboy” de Rihanna; par contre Mathieu était aussi dingue que moi sur “Beamer, Benz & Bentley”… je goûte cette rime de Juelz Santana : “elle m’a fait une pipe tellement bonne que j’ai failli crasher ma Bentley”. Ca fait 5, nan?

Il y a un peu plus d’un an vous aviez été pas mal sollicité pour des projets divers. Quels sont vos prochains projets ? Vous comptez continuer dans le doc où complètement changer de direction ?

MR: Devenir Oprah-riches et changer le monde.

VISIONNEZ LE PREMIER EPISODE DE “NEW YORK MINUTE: MIDNIGHT MARAUDERS”:



101 – Midnight Marauder from ARTE New York Minute on Vimeo.

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