Devenu en l’espace de huit ans le tournoi le plus relevé du monde en matière de streetball (basket de rue pour les novices), l’édition 2010 du Quai 54 faisait dans la nouveauté cette année. Après le feu d’artifice de l’année dernière qui a vu La Fusion battre les Américains de Sean Bell All Stars, mais aussi Sefyu, Usher et Ludacris performer sur le playground de la porte de Choisy, Hammadoune Sidibé et son équipe devaient bâtir un nouvel événement à la hauteur des attentes du public. Assurer la pérennité d’un événement de renommée mondiale, tel était leur défi les 26 et 27 juin derniers.

Pour cette édition encore beaucoup d’équipes françaises étaient présentes. Les équipes internationales n’étaient pas en reste non plus puisqu’on pouvait trouver des équipes venant d’Angleterre, d’Espagne, d’Italie, du Japon, de Belgique et bien sûr des Etats-Unis.  Ces derniers pays étaient représentés cette année par l’équipe nommée Dirty South qui remplaçait la redoutable armada de Sean Bell All Stars, deux fois finalistes en 2008 et 2009. Ce sont les Français de La Fusion qui les ont battu à chaque fois et qui remettaient leur titre en jeu pour cette année.

C’est dans le cadre assez inédit du palais de Tokyo que le tournoi a posé son terrain entièrement customisé aux couleurs de la marque Jordan, partenaire du tournoi. C’est donc à quelques encablures de la tour Eiffel et surplombé par les frises du palais que les meilleurs basketteurs de street du monde entier sont venus s’affronter.

Les matchs commencent et voient les équipes françaises dégager une à une les équipes étrangères venues tenter leur chance au Quai 54. C’est d’abord l’équipe Crossover Spain qui est écarté par La Famine. Les Espagnols s’appuient trop sur une arme pas forcément efficace en street, le shoot longue distance. La Famine force la raquette espagnole dans les règles de l’art et s’en sort tranquillement malgré une première mi-temps serrée. Suit un duel franco-français entre le tenant du titre La Fusion et Rien A Foutre, une équipe sortie des qualifications composée de professionnels de divisions inférieures, d’espoirs et de cadets. Elle est emmenée par Charles-Henry Bronchard qui jouera cette saison à St-Vallier. Le match est accroché et La Fusion n’est pas très convaincante. C’est à l’expérience que les coéquipiers d’Ali Traoré et Sacha Giffa vont s’en sortir. Il faudra deux prolongations à Next Level emmené par Abou Zaki pour évincer les Anglais de Midnight Madness, habitué des aller-retour en Eurostar assez rapides. L’équipe se fait sortir chaque année au premier tour du Quai. Cette année n’est pas différente des précédentes et Next Level empoche son ticket pour la deuxième journée et les quarts de finale. Qualifications pour La Relève face à SCL, équipe venue d’Italie, Hood Mix sort 9.3 Squad dans un nouveau duel entre Français. Shest Hustler du Comte de Bouderbala, Angelo Tsagarakis ou Raphael Desroses du CSP Limoges donne son billet de retour à MLV dans le 77 directement par le RER A. Les Belges de Duke All-Stars écartent facilement les Japonais de Rising Suns qui avaient pourtant renforcés leur raquette avec deux joueurs français. Dans le dernier match d’une journée marathon, les Américains d’ATL sortent l’équipe allemande dans un match très ouvert, sous les yeux des quelques survivants qui ont décidé de rester dans les gradins en cette fin de soirée au terme d’une journée caniculaire.

Mais la journée ne s’est pas résumée à un simple enchainement de matchs de basket. Le Quai 54 c’est plus qu’un simple tournoi. Le tournoi n’a pas sa renommée internationale. Dès le midi, MC Lyte était venue animée les gradins encore clairsemés du Palais de Tokyo pour une petite performance qui s’est apparentée à un vrai four malheureusement. Le Hip-Hop vieillit et le jeune public réagit de moins en moins, malgré la farandole de classiques que nous propose la dame de Brooklyn. Ce n’est qu’au moment où elle s’égosille sur « Cold Rock a Party » que le public se rappelle vaguement qu’elle a enregistré ce hit au milieu des années 90. Chris Paul venu en tant que parrain du tournoi cette année, lui assiste, attentif, aux matchs et pose avec chaque équipe.

Concours de tribune, mais aussi concours de danse avec des participants qui dépasse à peine la dizaine d’années. L’ambiance est surchauffée sous le soleil de plomb dont les rayons transperce l’armature de la Tour Eiffel qui veille sur le plus gros tournoi de street-ball du monde. Ca chante, ça danse, on rigole presque autant qu’on sue. Le public est très réactif sur ce type d’animations, mais beaucoup moins sur les jolies actions où l’arrivée de noms connus dans les tribunes du Quai. Richard Dacoury, Mouss Sonko, Rodrigue Beaubois ou Nicolas Batum. Difficile d’arracher des applaudissements nourris pour ces gloires actuelles ou passées de la balle orange. En parlant du joueur des Blazers de Portland en NBA, nous l’avons croisé et lui avons posé quelques questions.

Rendez-vous donc pour le 2e jour qui s’annonce chargé. Les organisateurs vont avoir une nuit bien courte pour remettre le playground coincé entre le Palais de Tokyo et le musée d’Arts moderne en état.

De retour dès le 11h du matin pour cette deuxième journée, les entrées sont déjà prises d’assaut par le public venu en masse pour voir si La Fusion réalisera le fameux Three-Peat. Le dénouement du tournoi n’est pas le seul événement de la journée. Le concours de Dunk et de tirs à trois points sont aussi au menu tout comme les nouveaux concours de tribunes et de danse. Mokobé et Jamil sont fidèles au poste pour l’animation, les gradins sont pleins à craquer et les prévoyants ont déjà leurs serviettes sur la tête pour se protéger du cagnard qui tape déjà sur le palais de Tokyo.

En ouverture les deux équipes françaises Sheist Hustler et Next Level haussent leurs niveaux de jeu respectifs pour se hisser en demi-finale. Au terme d’un match très serré, Sheist Hustler s’impose et peut entrevoir les demi-finales. Le public est fin prêt pour voir un des matchs de ce tournoi. La Fusion rencontre les Belges de Duke All-Stars. Ce duel franco-belge se révèle très rugueux, laisse d’abord entrevoir les intentions des joueurs du plat pays qui font la course en tête une bonne partie de la première mi-temps avant le tournant du match. Alors qu’il remonte un ballon vers le camp belge, Steed Tchicamboud est arrêté par un adversaire qui vient de jeter de l’eau devant lui depuis le banc de touche. Il s’arrête et après quelques mots, ils se jettent l’un contre l’autre. Les deux équipes dans leur presque quasi-totalité rentrent dans la mêlée. La confusion dure cinq bonnes minutes. Les deux camps séparés, certains joueurs les maillots complètement déchirés, Mokobé propose de calmer l’ambiance avec une session Zouk. Comme dans toute guerre moderne les civiles sont donc eux aussi touchés. Trêve de plaisanteries, le match reprend et La Fusion piquée au vif, passe devant et laisse les Belges dans le rétroviseur pour tracer vers les demies. Au sortir du match, on rencontre Ali Traoré, l’intérieur de l’Equipe de France qui vient fraichement de signer pour Rome.

Pendant ce temps, ATL sort les Français de Hood Mix et s’impose comme l’équipe favorite pour détrônée La Fusion. On revient pile poil pour voir de jolies danseuses, spécialisées dans le Dancehall se déhancher sur le playground dans leurs leggings à trou. Les hommes apprécient, les filles tournent la tête avec un air jaloux. Entre temps La Relève a sorti La Famine et accède aux demies contre La Fusion. Gros trou durant l’après-midi, les matchs s’arrêtent pour donner place aux concours et aux performances musicales de la journée.

Au concours de shoot à trois points, c’est l’Espagnol Alex « Piru » Ross face à l’expert Therry Zig, capable de tirer main droite et main gauche, et Myko. Le public sera beaucoup plus réactif sur la performance surprise de la Sexion D’Assaut qui avec ses huit membres quadrille le playground et les tribunes de manière stratégique en s’échangeant les micros en fur et à mesure des chansons. Une configuration qui a l’air d’avoir convenu aux révélations de l’année qui ont été beaucoup plus virulent que lors de leur première partie un peu molle du Parc des Princes avant NTM. Pendant une grosse vingtaine de minutes les plus gros titre du groupe y passent.  Vient ensuite le très attendu concours de dunks, préparé pour la 6e année consécutive par l’emblématique ambassadeur du dunk en France, Monsieur Kadour Ziani.

Dominé par Guy Dupuy cette année, le concours a surtout vu l’incroyable série de ratés du Russe Shal pourtant champion d’Europe de dunk en titre.  La finale aurait surement due opposer Guy Dupuis à l’Américain John Clark qui a passé ses dunks du premier coup, face à un Kevin Kemp un peu suffisant et laborieux. Mokobé s’en est donné à cœur joie pour chauffer l’ambiance et vanner le pauvre « Shal ».  En fin d’après-midi, La Fusion entame sa demi-finale face à La Relève. Ce sont les joueurs de cette équipe qui démarrent le match en puissance, avec un 7-0 adressé aux tenants du titre. Ali Traoré sort un gros match à l’intérieur, aidé par un Sacha Giffa besogneux. Les doubles-tenants du titre passent devant à la fin du match, mais se font rejoindre à 0,1 seconde de la fin du match sur deux lancers-francs de Zaye pour la Relève. La prolongation ne sera pour La Fusion que le moyen d’enterrer les espoirs de La Relève qui sort avec les honneurs.

L’après-match, est le moment du show de Fat Joe. Sa présence au Quai 54 n’était pas anodine, puisque le rappeur du Bronx a longtemps eu sa propre équipe. La Terror Squad a dominé à plusieurs reprises les playgrounds relevés du Rucker Park (New York) dans la dernière décennie. Bien en jambes, le gros Joe ne se moque pas du public et donne une performance solide au public qui crie chaque refrain avec lui. Bien qu’il ne soit plus vraiment au top du Rap US, le public lui reconnaît ses classiques. MC Lyte aurait appréciée… Il termine sur « All I Do Is Win » de DJ Khaled et, malheureusement (vous connaissez mon « attachement » pour DJ Khaled) le public le suit comme un seul homme.  A la fin de ce live, il s’assoit près de Chris Paul, pour assister à la deuxième demi-finale qui oppose Dirty South aux Français de Shest Hustler. Dans un match à sens unique dominé par le petit meneur des Américains Little D, les Américains font la course en tête face à une équipe émoussée physiquement. Dommage qu’après la performance de Fat Joe, une partie du public ait décidé de quitter les tribunes.

La nuit et les projecteurs donnent une ambiance assez surréaliste à la finale. Surplombé par les impressionnantes frises du Palais de Tokyo, le cadre est prenant et on se retrouve sur une sorte de playground d’exception dans une nouvelle dimension. Petit conflit entre les deux équipes qui se disputent pour avoir le même banc de touche. Le petit souci réglé. La finale peut commencer. C’est le match le plus maîtrisé par La Fusion. En serrant de près le meneur américain, les Français coupent tous les accès à la raquette pour les joueurs d’Atlanta qui perdent vite leurs nerfs et se déconcentrent. Tactique payante pour la team emmenée par un énorme Sacha Giffa. L’écart est creusé et La Fusion s’envole vers le triplé.

Triplé assuré pour La Fusion qui n’a finalement pas tellement eu à forcer son talent pour cette finale maîtrisée avec grand sérieux. Il est presque minuit sous les frises du palais du Tokyo. Les gagnants posent avec leur trophée, pendant que l’équipe du tournoi s’affaire déjà à démonter certaines installations. Le Quai 54 a remporté le pari de sa délocalisation et devra donc relever un nouveau défi l’année prochaine. En attendant Hammadoune Sidibé savoure.

VOICI LES PHOTOS DU TOURNOI TOUTES L’OEUVRE DE  KARIM TAGUEMOUNT

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Adrien AkA Big Ad, Streetblogger (votre serviteur)

  • Top 2(0) des sons de 2010 (Mix, Vidéo, Article et mp3)
    Top 2(0) des sons de 2010 (Mix, Vidéo, Article et mp3)

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  1. by Sidy

    Retour sur le Quai 54, plus gros tournoi de #streetball du monde: Devenu en l’espace de huit… http://goo.gl/fb/ve17p

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  2. by Sidy

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  3. by bigad

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  4. Retour sur le Quai 54 avec un article, des superbes photos et des interviews vidéos de Nicolas Batum, Ali Traoré,… http://fb.me/wl6Nn0Ig

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