Il y a cinq ans, si on m’avait dit que je ferais un article pour défendre l’Electro, je n’y aurais clairement pas cru. Si mes premiers contacts avec la musique contemporaine ont été l’Eurodance qu’on passait dans les boums quand j’avais huit ans, je suis vite passé au Rap, hexagonal en l’occurrence. Et j’ai renié très longtemps ce passé peu glorieux et ses sources musicales un peu dures à assumer.

Durant ma longue période d’addiction au rap français de l’ère dorée des années 90, mes contacts avec l’Electro ou ses sœurs ont été rares. Les seuls qui ont eu lieu étaient dus aux quelques déviances dont ont pu faire preuve les 113 ou le projet phocéen d’Electro Cypher. A ce stade parler d’Electro paraît un brin hyperbolique. Lorsque le 113 s’acoquine à Thomas Bangalter des Daft Punk, c’est pour recevoir une instru dans le style du duo masqué : un gros mélange de Funk et de claviers sortis tout droits des années 80. Ce fut longtemps la recette à laquelle je suis resté cantonné. Pourtant quand on y regarde de plus près, ce n’est que l’adaptation d’une formule mise en place le Hip-Hop du début des années 80. Afrika Bambaataa, considéré avec Kool Herc comme le fondateur du mouvement, n’a t’il pas samplé Kraftwerk, pionniers allemands de l’Electro des années 70 ? Ceux qui disent avoir la nausée quand ils entendent Hip-Hip et Electro s’acoquiner de nos jours ont oublié que ces deux courants ont presque toujours été liés. Des mouvements hybrides en sont mêmes nés. Un des plus marquant : la Bmore née dans les clubs de Baltimore innovait dans les années 90 en mélangeant des breakbeats accélérés et la House de l’époque. Même l’Eurodance a longtemps confondu les éléments. Ressortez vos vieilles compiles comme Dance Machine 6 ou La Plus Grande Discothèque du Monde volume 12, et vous remarquerez que beaucoup de couplets sont rappés. Avec plus ou moins de talent mais ça c’est une autre question.

Ces déductions assez logiques, je ne les avais pas encore faites il y a cinq ans. Entre temps j’avais changé de drogue, le rap américain avait remplacé le rap français. Teneur en Electro du rap US du début des années 2000 ? A peine 1%. Et puis l’avertissement de Rohff « fuck la Techno c’est de la musique de drogué » trottait encore dans ma tête. Alors quand un ami de fac me parle de TTC ou du remix de Justice par DJ Funk je lui rétorque que je préfère squatter mes albums de Flynt ou de Gang Starr, bien que j’aimais aussi toute la vague Dirty South qui déferlait sur le Rap outre-Atlantique, une vague alors dirigée par Lil Jon qui recycle allègrement la Base, un courant Electro venu de Miami. Pour le DJ sans platines que j’étais, j’ai commencé à mesurer les effets des morceaux Electro sur les cobayes que représentaient mes amis. Pourtant à ce moment là les quelques morceaux que j’écoutais se comptaient sur les doigts d’une main et surtout, c’était encore dur pour moi de les écouter sans une sorte de culpabilité, de sensation de trahison envers le Hip-Hop tout entier ! Le tournant pour moi viendra d’un morceau. Alors que Kanye West vient de sauter le pas avec son « Stronger » et que je commence à apprécier le mélange des genres du Suédois Adam Tensta, débarque un remix qui va chambouler ma vision des choses.

Début 2008, je ne connais ni KiD CuDi, ni les Crookers, et ce remix de « Day’N’Nite » change tout pour moi. Cette ma- nière de poser du kid de Cleveland et cette production du duo italien révolutionne tout, on entre clairement dans une nouvelle ère des relations Hip-Hop/Electro. L’Electro peut améliorer et changer l’ambiance d’un morceau de Rap et sur- tout le faire rentrer à nouveau dans des clubs où il n’est presque jamais joué. Une aubaine quand le courant dancefloor du Rap US se mord la queue comme jamais. Les Crookers vont d’ailleurs ouvrir une brèche en continuant à remixer des rappeurs comme Wiley, Murs ou Rye Rye. Un mouvement naît alors. Dur de prétendre le contraire.

Depuis des années d’ailleurs des artistes, des producteurs en particulier ont été habitués au va-et-vient entre les genres. En France, les plus connus sont DJ Mehdi ou DJ Gero, mais on sait moins que David Guetta fut le premier DJ au début des années 90 à sortir un maxi comportant une piste avec des scratchs pré-enregistrés pour les DJ’s débu- tants en Hip-Hop. Idem, on sait peu qu’avant de percer, Bob Sinclar avait remixé des groupes comme Gang Starr.

Aux Etats-Unis, les piliers de cette mouvance sont assez nombreux. Le plus symbolique reste sûrement A-Trak, premier DJ à remporter les trois compétitions majeures de Djing (DMC, Vestax et ITF) de niveau mondial. Après avoir été plu- sieurs années le DJ de Kanye West, il prend concrètement une direction plus Electro dans ses remixes et s’installe en véritable maître du mélange Hip-Hop/Electro avec sa série de mixtapes Dirty South Dance, qui mélangent hymnes Dirty South et tueries Electro. Dans la même veine on retrouve d’autres DJ’s comme Benzi, Nick Catchdubs (avec qui A-Trak gère le label Fool’s Gold) ou même Diplo, qui se ballade lui dans beaucoup de genres musicaux. Dernier exemple, le duo américano-brésilien N.A.S.A qui réunit en 2009 des artistes comme Kanye West, George Clinton, Method Man, Tom Waits, M.I.A, Santigold, Chali 2na sur leur album et qui livre en live des sets de remixes enflammés de morceaux où posent des rappeurs. C’est lorsque je les ai vu sur scène que j’ai compris que ces deux genres pouvaient marcher côte à côte sans en trahir le contenu et le but des morceaux, qui est de divertir les gens. Pile poil une des volontés du Hip-Hop tiens !

L’Angleterre reste l’un des pays où cette alchimie tourne à plein et depuis longtemps. Grime, Drum & Bass, Rap, Broken Beat, Electro, Crack House ou Dubstep, qu’importe la provenance, le seul impératif est de faire le son le plus performant possible. Les styles s’entremêlent pour le bien de tous et de toutes les oreilles. Pas étonnant de voir Dizzee Rascal cartonner sur un son signé Armand Van Helden ou de voir Gucci Mane poser sur une composition Dubstep de Rusko. Ce raisonnement va faire son idée dans la tête des rappeurs US, will.i.am en tête qui aura l’idée pas géniale de convier David Guetta sur l’album de Black Eyed Peas pour concocter un tube mièvre digne d’une parade chez Disneyland. Per- formante certes, cette nouvelle dynamique de recyclage de l’Eurodance par les artistes US marque surement les limites de la relation Hip-Hop/Electro. Entendre des rappeurs poser sur de la Dance élaborée passe, déformer sa voix à coup d’autotune sur du ramassis d’Eurodance, c’est du massacre.

C’est en écoutant énormément de musique anglaise ces deux dernières années que j’ai perdu cette culpabilité, cette sensation de délaissement du Hip-Hop pour l’Electro. Tout simplement parce que j’ai réalisé que ces deux styles musi- caux se sont toujours complétés et permettent de se renouveler mutuellement en s’empruntant des influences.

C’est ce cheminement de pensée que les Vinyl Pushers et moi-même avons voulu mettre en avant avec cette mixtape. Nous venons de la culture Hip-Hop et nous écoutons aujourd’hui beaucoup d’Electro, tout en gardant nos bases dans le mouvement dont nous sommes issus. Cette mixtape est aussi un moyen de balayer l’hypocrisie prétendant que l’Electro travestit le Rap, puisque cela est complètement faux (hormis les dérives ressassées plus haut). Comme disait Booba, « si t’aimes pas, t’écoutes pas et puis c’est tout ».

Adrien aka Big Ad

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TRACKLIST

1. Crookers – No Security (f/ Kelis) (Bart B-More Remix)
2. St-John’s Dance – The Plot
3. MSTKRFT – Bounce (f/ N.O.R.E) (A-Trak Remix)
4. Crookers – Business Man (f/ Wiley & Thomas Jules) (Black Noise Remix)
5. Young MC – Bust a Move (Don Rimini Remix)
6. Wiley – Electric Boogaloo (f/ J2K & Jodie Connor) (Hudson Mohawke Remix)
7. Kid Sister – Get Fresh (Alex Gopher Remix)
8. Rihanna – Hard (Chew Fu Granite Fix)
9. Rico Tubbs – Hip Rave Anthem
10. N.E.R.D – Hot N Fun (f/ Nelly Furtado) (SonicC Remix)
11. Armand Van Helden – I Want Your Soul
12. DJ Class – I’m The Shit (f/ Lil Jon)
13. Armand Van Helden – Illin N Fillin It (f/ Team Facelift)
14. Common – Universal Mind Control (f/ Pharrell)
15. DJ EZ-Rock & Crystal Castles – It Takes Two Knights (Dave Wrangler Mix)
16. DJ Zinc – My DJ (f/ Ms Dynamite & Benga)
17. N.A.S.A – N.A.S.A Music (f/ Method Man,E-40 & DJ Swamp) (LA Riots Remix)
18. Dizzee Rascal – Road Rage
19. Kanye West – Stronger (A-Trak Remix)
20. Red Light & Toddla T – Sushi Riddim (f/ Jammer,J2K & Roses Gabor)
21. Busy P – To Protect & Entertain (f/ Murs) (Crookers Dub’N’Vocalz)
22. Armand Van Helden – Touch Your Toes (f/ Fat Joe & BL)
23. D3CCPT – Absolute Belta
24. Little Boots – Remedy (A1 Bassline Get Hype Remix)
25. Ludacris – Move Bitch (Disco Villains Remix)
26. N.E.R.D – Rockstar (Disco Villains Remix)
27. Sefyu – Molotov 4 (Toxic Avenger Remix)

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Adrien AkA Big Ad, Streetblogger (votre serviteur)

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    1. by Sidy

      Hip-Hop & #Electro : Complicité de crimes (+ Partnerz In Crime la #mixtape mixée par Vinyl… http://goo.gl/fb/sk49I

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    2. by bigad

      Hip-Hop & Electro : Complicité de crimes (+ Partnerz In Crime la mixtape mixée par Vinyl… http://goo.gl/fb/sk49I

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    3. Pingback: Les tweets qui mentionnent StreetBlogger » Hip-Hop & Electro : Complicité de crimes (+ Partnerz In Crime la mixtape mixée par Vinyl Pushers) -- Topsy.com

    4. by Sidy

      http://www.streetblogger.fr Hip-Hop & Electro : Complicité de crimes (+ Partnerz In Crime la mixtape mixée … http://bit.ly/bgu04Y A Lire ! #yam

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