Depuis un an et demi, tout le monde ne parle que de lui : Drake. Quand je dis tout le monde, c’est la presse, les grands noms du rap et bien sûr les fans transis devant ce canadien de 23 ans qui cultive déjà un certain narcissisme. C’est en découvrant comme beaucoup d’autres sa mixtape So Far Gone qui l’a propulsé début 2009 que l’on s’est rendu compte que Aubrey Drake Graham n’est pas né de la dernière pluie, et qu’on en a fait peut-être un peu trop à son sujet.

Avant de sortir la mixtape digitale So Far Gone, Drake avait déjà sorti deux mixtapes (sans trop d’écho), sa première datant de 2006. Et avant ça, Drake était au Canada la vedette d’une sitcom (Degrassi: the Next Generation, NdR). Acteur devenu rappeur, le jeune homme a commencé par la fin. C’est vers 2008, par le biais du fils de J Prince, boss du label indépendant Rap-A-Lot, que Lil Wayne est tombé sur des sons de ce newcomer, qui par affiliation se joint à la famille Young Money en participant sur quelques autres mixtapes. De l’ombre de Weezy à la lumière, il a fallu le coup d’éclat de So Far Gone. 2000 téléchargements en deux heures, des critiques unanimes, des applaudissements… très vite certains sites hip-hop l’ont certifié meilleure mixtape de l’année 2009, de loin.

Pour comprendre cet engouement, il faut avoir écouté So Far Gone (lire l’analyse complète). Drake prouve qu’il sait rapper, chanter et possède un style électro-r&b post-808 & Heartbreak de Kanye West, entre voix autotunée et tempos spleens à la Boards of Canada en plus d’un flow en ‘garde alternée avec Lil Wayne’ (pour reprendre les termes d’un de mes contacts sur Twitter*), qui à ce sujet parraine ce prototype d’album aux nombreux VIP (Trey Songz, Bun B, Lloyd…). Bref un album qui mixe les dernières tendances rap lancées par Kanye et Lil Wayne, les deux rappeurs qu’il admire le plus. Toujours est-il que cet engouement lui donne le droit de signer sur Young Money Intertainment en Juin 2009. 2 mois plus tard,  So Far Gone s’autorise une sortie physique sous la forme d’un EP en ne gardant que les 7 morceaux originaux. Il s’en vendront 200 000 exemplaires en quelques semaines ! Des milliers de gens ont eu l’opportunité de télécharger gratuitement cet album et voilà qu’il transforme ce succès digital en succès commercial. L’extrait « Best I Ever Had » est un hit. C’est l’exception qui confirme la règle à une époque où l’on entend dire que le téléchargement provoque la chute des ventes de disque.

C’est à partir de là que Drake survole le rap game et la presse avec une fusée entre les fesses. Des grands noms de la musique urbaine le réclament sur leurs albums : Mary J Blige, Jay-Z, Timbaland… Lil Wayne lui prépare le terrain en le faisant participer sa compilation We Are Young Money (lire l’article ‘Young Cash Money’) et lui prodigue son buzz, directement ou indirectement. La presse, qui mise beaucoup sur Drake, l’acclame et l’encense de manière disproportionnée en le comparant déjà à Jay-Z et Nas, chose que l’intéressé accepte et accorde. Hum… bonjour la modestie. Le remix de « Forever », en compagnie de ses idôles Lil Wayne, Kanye West et Eminem, immortalise ses rimes : « Last name ‘ever’, first name ‘greatest’ ». Drake embrasse sa notoriété et se voit comme le “next big thing”, à moins que ce soit la presse urbaine qui le considère comme tel. Toujours est-il qu’il est chouchouté et qu’il est devenu le futur du rap.

Alors que l’EP So Far Gone s’approche du disque d’or aux US, sort Thank Me Later, un premier album qu’il a conçu « comme si c’était son dernier » et pour « plaire à vos copines ». Au moins il ne cache pas ses ambitions. Est-ce que le succès promis est légitime : oui. Car Drake se défend en terme d’écriture sur des titres comme « Over », la séquelle de « Forever », parmi d’autres (« Fireworks », « Show Me A Good Time », « Miss Me » et « Thank Me Now »). Pour cet album, il a gardé la même équipe de So Far Gone, à savoir Noah ’40’ Shebib et Boi-1da. En s’inscrivant dans la continuité de sa mixtape, le style (chants, vibe…) est cependant devenu plus lisse et soft (« The Resistance », « Find Your Love » et « Shut It Down »). Pour équilibrer, le budget featuring a permis de louer les services de gros producteurs comme Swizz Beatz (qui réalise le très bon « Fancy »), Kanye West (à l’origine du single « Find My Love » comme de son inspiration première), No ID et Timbaland, et de superstars comme Alicia Keys, The-Dream, Jay-Z (qui l’éclipse sur « Light Up »), T.I., Young Jeezy et Nicki Minaj. Et l’omniprésent Lil Wayne évidemment. Succès garanti.

Il existe plusieurs sens au mot phénomène mais celle que l’on retient usuellement suppose le fait d’avoir des qualités exceptionnelles qui marque les esprits de manière presque instantanée. Or ce premier album de Drake ne va pas dans ce sens. En dépit d’une qualité certaine et d’une volonté infaillible de réussir, cela ne justifie pas tout le battage médiatique autour de lui. Pour savoir si l’étoile sera filante ou non, ce ne sont pas les chiffres de ventes de Thank Me Later qui le détermineront, il faudra confirmer avec un second album, dont il aurait déjà trouvé le nom : Moments.

*twitter.com/therealMilie

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Ex-rédacteur/chroniqueur pour Rap2K.com et... biométricien !

  • Top 2(0) des sons de 2010 (Mix, Vidéo, Article et mp3)
    Top 2(0) des sons de 2010 (Mix, Vidéo, Article et mp3)

9 Comments. Leave your Comment right now:

  1. La success-story de Drake revue sur Streetblogger http://bit.ly/bTfXnK (cc @bigad )

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  2. by Sidy

    Success-story: Depuis un an et demi, tout le monde ne parle que de lui : #Drake. Quand je dis… http://goo.gl/fb/hx9Cn

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  3. by Sidy

    http://www.streetblogger.fr Success-story: Depuis un an et demi, tout le monde ne parle que de lui : Drake…. http://bit.ly/91z2nT A Lire ! #yam

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  4. Pingback: Les tweets qui mentionnent StreetBlogger » Success-story -- Topsy.com

  5. Pingback: Drake « Thank Me Later  @@@ « Sagittarius Hip-Hop reviews

  6. by rickybenz

    Ce mec est un imposteur. Il est surestimé.

  7. by ruffruggedreal93160

    Exactement. Genre de mec que je peux pas saqué, avec sa tête bien lisse et toute gentille, genre métisse parce que faut être exotique, mais pas trop, faut pas effrayé le consommateur … pour moi c'est le symbole de ce qu'on décrit comme du hip hop de nos jours, le mec a rien prouvé et on le compare à Nas. la presse hip hop et la sphère hip hop en générale est vraiment partie en couilles putain , on est où là les gars, on parle de quoi , je veux dire c'est aussi à nous de remettre le choses en place, à un moment donné faut se prendre en mains, dans les 90s un mec comme sa aurait débarqué et joué au con de cette manière, il se serai fait savaté en moins de 2, je comprends qu'on soit aussi laxiste sur ce point, la culture hip hop elle a appartient à la rue, et en l'occurence comme Cormega le disait ya quelques temps, les soi disantes têtes d'affiches actuelles qu'on a c'est des gosses de riches, élevés dans le confort, aisés et sans problèmes, même si je cautionne pas la surenchère de violence, loin de là, faudrait pas oublié que cette culture et cette musique s'inscrivent dans des périodes de crises intenses, enfin bref, là jviens faire le sociologue avec mon discours, genre puriste moralisateur etc etc mais tout sa pour dire que depuis la fin des 90s, on assiste a une espèce de gentrification du rap, et donc à une dénaturation totale, sans doute lié à la mondialisation et à la libéralisation globale de l'économie (abandon des valeurs pour se diriger vers le profit rapide, ce qui explique le putain de manque d'authenticité dont est victime le monde du hip hop actuellement), et que ce genre d'impostures est pas étonnante, c'est même un aboutissement/une finalité du phénomène que j'ai décrit au dessus, bref voilà jretourne écouté boot camp et atcq … Peace

  8. by ruffruggedreal93160

    "je comprends PAS qu'on soit aussi laxiste sur ce point" … je m'excuse au passage auprès du modérateur pour les quelques termes un peu virulents, mais bon, on parle de hip hop, c'est comme les lyrics, faut que sa dérange un peu héhé …

  9. Pingback: Do Right And Kill Everything: 7 Choses que Drake Peut Vous Apprendre sur le Succès Instantané | A Ridiculous Mind

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