Où que j’aille, quoi que je fasse, je me sens comme un détenu.

Un détenu d’un genre particulier, pas celui condamné pour un laps de temps plus ou moins long à la réclusion. C’est-à-dire un type qui pour un délit ou un autre est privé du droit humain le plus élémentaire, celui de sortir prendre le soleil et l’air quand bon lui semble.

Prendre le soleil c’est, à mon avis, la meilleure image pour dire profiter de la vie et des infinies saveurs qu’elle peut offrir.

Je me sens comme le pire des condamnés, le pire des détenus. Celui qui est dans un espace clos dont il ne peut pas sortir malgré l’absence de barreaux.

La pire des prisons, celle dont on ne sait par quel moyen on a bien pu y atterrir.

Quel crime a-t-on commis pour être acculé dans cette situation ubuesque. Enfermé dehors, prisonnier sans chaîne.

Pas de cellule, pas de lourdes portes dont le fracas des serrures résonne encore longtemps, dans de sinistres couloirs, une fois qu’elles sont fermées.

Je n’ai pas de matricule, pas d’uniforme de bagnard, rien dans mon apparence ne laisse deviner ma condition.

Une condition que je partage d’ailleurs avec des milliers voire des millions d’autres.

Prisonnier de la médiocrité.

J’allume la radio. La musique que l’on y passe est formatée au mieux insignifiante. Je n’ose même pas parler de la télé. Le culte cathodique fait des prosélytes en diffusant largement l’évangile des imbéciles.

Si au moins le travail intellectuel était d’un quelconque réconfort. Pour dire vrai il l’est, il est d’un grand réconfort, mais on a l’impression qu’il est de plus en plus un bonheur profondément égoïste. Un bonheur qui ne peut que difficilement se partager, sous peine du danger trop fréquent d’un échange interminable de platitudes.

De toute façon on n’a pas besoin d’être un intellectuel pour remplir à ras bord le caddy qu’on pousse durant des heures dans un de ces temples de la consommation qu’on appelle centre commercial.

Que faire ?

Choisir l’isolement, l’ascèse et quitter la compagnie des hommes.

Un philosophe que j’aime beaucoup, que je paraphrase ici grossièrement, a dit que les ermites sont des lâches, ils tournent le dos à leurs responsabilités. S’ils ont atteint un degré de connaissance et de sagesse tel qu’ils estiment être bien au dessus du commun de ces triviaux mortels qu’ils fuient, pourquoi ne pas tenter de leur en faire profiter ?

Ils contribuent par leur lâcheté à faire de la sagesse le lot des mystiques orientaux (ou en tout cas orientés) qui prétendent la délivrer dans un bouquin de 300 pages. A moins que je ne confonde et qu’ils ne vendent que le bonheur dans les rayons des supermarchés culturels (la formule elle-même témoigne déjà d’un problème).

Faut il alors s’époumoner à prêcher dans un désert d’ignorance, de cynisme et de grégarité navrante.

Prêcher quoi et pour quoi faire ?

Il n’y a que des barbelés à l’horizon. Je me sens comme un détenu auquel on vient d’accorder quelques minutes de promenade dans la cour. Je lève les yeux au ciel, au dessus de moi il n’y a que des miradors et des barbelés.

La seule raison d’espérer est le ciel bleu que ne pourront jamais complètement recouvrir ces maudits fils métalliques.

Merci à Guillaume Laborde pour l’illustration

http://web.me.com/g.lab/photographie

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