Photo Guillaume LabordeLe 25 juin 2009 Michael Jackson s’est éteint, paix à son âme.

Toute la planète s’est assemblée en la sainte chapelle médiatique pour lui rendre hommage, rarement on a vu deuil plus universellement partagé, cependant il se prolonge trop pour ne pas tourner à la veillée marketing durant laquelle s’effectue un commerce funèbre. Feu Michael nous a quittés mais son nom rapporte toujours gros.

La cérémonie des funérailles était bien plus fournie en stars amies de longue date que les bancs des tribunaux où l’avaient entraîné les premières accusations d’abus sexuel sur mineur lancées le 17 aout 1993. La seule chose à comprendre est que la mort n’est plus que la fin de la vie physique, et tant qu’on a une vie commerciale et médiatique reluisante il fait bon venir se bronzer au soleil des dollars et de la gloire médiatique potentielle, comme les vautours se précipitent au dessus de la carcasse agonisante d’une vache (à lait si possible).

La geste du mythe Jackson nous a donc été conté de long en large dans un déferlement d’images et d’éloges tous plus émouvants les uns que les autres. Ainsi a-t-on entendu dire que le Roi de la pop était un génie musical.

Sur ce point les mânes de la musique dite « noire » américaine s’immiscent dans mon sommeil et m’intiment l’ordre de contester, non pas qu’ils soient désireux (ou que je le sois) de cracher sur la tombe du défunt (les businessmen de l’industrie musicale et les tartuffades de ses « amis » stars s’en sont déjà chargés), mais simplement d’honorer sa mémoire en nous rappelant à la réputation de celle de l’éléphant, qui je crois fut fondée sur l’exactitude.

Michael Jackson commence la musique, en tout cas de manière télévisée, à 11 ans accompagné de ses frères avec lesquels il forme le groupe des Jackson 5 très vite adulé du public. Ce groupe est signé par la Motown et devient comme nous le disions populaire, certainement parce qu’il s’agit là d’adolescents assez doués, cependant comme pour toutes les curiosités le public se lasse plus ou moins vite et se met en quête d’une nouvelle (qui se rappelle des frères Hanson en dehors des moments de profonds ennuis où l’on fouille dans les disques achetés des années plus tôt et abandonnés au fin fond d’un placard lui-même prenant la poussière dans un grenier ou une cave quelconque).

Michael poursuit une carrière solo parallèlement à celle du groupe qu’il finira par quitter définitivement. Les deux albums les plus marquants de sa jeunesse sortent en 1972 il s’agit de Ben et de I’ll be there.

Il connaîtra de plus grand succès et c’est bien là notre dilemme. Bien évidemment j’ai dansé sur Don’t Stop Til you get enough et autres Wanna be starting something, qui même s’ils furent de grands succès commerciaux ne signifient en rien que Michael Jackson était un grand compositeur (Manu Dibango ne dirait pas le contraire).

D’accord Thriller est l’album le plus vendu de tous les temps mais cela en fait il le meilleur album de tous les temps ? Une foule de noms d’artistes moins connus se bouscule dans ma tête et se récrie. Qui se souvient du jeu de guitare de Michael, de son doigté en or au piano ou de sa façon particulière de caresser les peaux de la batterie, personne et pour cause Michael Jackson était avant tout un performer, j’entends par là un danseur et un chanteur pas un musicien de génie.

Personne ne peut remettre en cause son talent certain pour la danse, comme lors des 25 ans de la Motown le 16 mai 1983 où tout l’auditoire s’émerveilla des pas de Moonwalk qu’il exécuta (il paraît qu’il a même reçu les félicitations de Fred Astaire, mais ceux qui connaissent un tant soit peu les claquettes savent que ce dernier n’en est qu’une référence hollywoodienne).

Rappelons tout de même qu’il a popularisé cette danse mais qu’elle venait de la rue.

Michael Jackson est un amuseur comme a pu le dire Carlos Santana (ce n’est certainement pas le seul) et cela sans vouloir lui faire offense. C’est bien son image consensuelle qui lui a permis d’être sollicité et financé par Pepsi et Disney (Captain Eo en 1986 fait pour Disney, ses deux tours mondiaux de 1987 et 1991 financés par la marque de soda), même s’il chante en 1991 la chanson They don’t really care about us (dont l’une des deux versions du clip de Spike Lee ne sera jamais diffusé à la télévision américaine avant 21 heures les rares fois qu’elle le sera) ça ne fait pas de lui l’égal d’un Stevie Wonder génie musical et militant sur un titre comme Living for the city.

Les quelques titres qu’il a composé sur ses deux très bons albums Off the wall et Thriller ne font pas de lui un génie prolifique comme un Jimi Hendrix, un Prince, un George Clinton ou un Junie Morrison (et là je m’excuse pour tous les autres que je ne cite pas).

Michael Jackson était le Roi de la pop parce que l’industrie du disque (en l’occurrence Epic et Sony) et les médias qui marchent de concert avec elle en avaient décidés ainsi.

Michael s’en est allé nul ne songe à retirer son étoile sur Hollywood boulevard, mais il serait à notre avis déraisonnable de la hisser au firmament des génies.

La seule chose qu’il nous reste à souhaiter pour le respect de sa mémoire est qu’on n’amène pas sur scène son cadavre lors de la tournée mondiale de ses anciens danseurs qui doivent lui rendre (et oui encore une fois) hommage.

Merci à Guillaume Laborde pour l’illustration.

http://web.me.com/g.lab/photographie

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