Bonjour à tous!

Alors j’annonce: Aujourd’hui, c’est la sortie de l’album de Féfé de l’ancien groupe Saïan Supa Crew, un des meilleurs groupes de rap français! Je ne vais donc pas vous parler du Saïan mais juste de Féfé car ce monsieur un est GRAND! Je l’ai rencontré au Studio Bleu puis nous nous sommes posés dans un café pour une interview.

Honnêtement, je suis une grande fan de rap US, je n’ai d’oreilles que pour le rap de chez l’Oncle Sam, mais l’album de Féfé (Fe au carré pour les intimes!), c’est l’album que j’attendais le plus cette année car Féfé, c’est un artiste, un vrai et pas juste un rappeur (je n’ai rien contre les « simples rappeurs » au contraire) Féfé, pour ma part, c’est LA musique, il a vraiment tout compris… Mais plutôt que de vous faire l’éloge du monsieur, je vais partager avec vous ce moment que j’ai pu passer en sa présence…

Bonne lecture.

Je me présente: Féfé, Fe au carré pour les intimes, ex membre du Saïan Supa Crew.

Je vous annonce que je sors mon album « Jeune à la retraite » le 12 octobre 2009, il sera chez tout les bons disquaires. Toutes les chansons étant sur mon myspace (www.myspace.com/fefessc ) ne seront pas sur mon album mais je les ferai sur scène. C’était toute ma quête tu vois, cet album c’est le résultat d’une quête de moi. Quand tu sors de 10 ans de groupe, c’est difficile de créer son propre univers après. J’ai mis deux ans pour le faire en tout et pour tout, je me suis poser les bonnes questions je pense, j’ai pris les bons risques. Je me suis fait plaisir avant tout car ce premier album, quoi qu’il arrive, je me suis dit qu’il fallait que j’aille au bout de moi, de ce que j’ai sur le moment et je n’ai pas peur. Aujourd’hui je considère que j’arrive à avoir du recul par rapport à la musique, je suis un passionné, je suis un fou, et ma musique c’est comme ma gueule, il y en a qui vont adorer ma gueule et d’autres la détester mais ce n’est que ma gueule. Il n’y a pas de quoi s’en vanter, pas de quoi être dégoûter, c’est comme ça. Et bien ma musique, ce n’est que ça, je la vois de la même manière maintenant. Avant j’avais un peu d’appréhension, je me disais: « Est ce que ça va plaire? Qu’est ce qu’on va dire? etc… » Mais non, c’est ce que j’ai dans les tripes, je vais le sortir comme ça et on verra bien.

Je me suis suis inspiré de plein de choses et de beaucoup de personnes depuis tout petit. Autant d’un Bob Marley que d’un Curtis Mayfield, que d’un Stevie Wonder, que d’un Jimmy Hendricks, que d’un Bob Dylan. Aussi et j’ai vu que le lien directeur entre toutes ces personnes est qu’elles ont fait ce qu’elles avaient à faire, c’est tout, il n’y a pas d’autres choses. Pour certaines personnes, lorsqu’elles sont sorties, les gens leur ont craché dessus et ont détesté. Ça ne veut rien dire! Moi je ne suis pas arrêté à la mode d’aujourd’hui ou à ce qu’il faut faire… Mais bien sûr que je suis quand même car je veux être dans l’aire de mon temps.

J’ai l’impression de m’être trouvé.  J’ai toujours pianoté, j’ai toujours fait du son… Il faut savoir que Leeroy et moi étions en majorité aux prod’s du Saïan. J’ai toujours kiffé ça, j’étais musicien sans connaître les notes, sans rien savoir. C’est quelque chose que je m’empêchais pendant le Saïan mais je ne le regrette pas, je voulais rester à ma place, ne pas trop en faire. J’avais plein d’idées mais on était un groupe et tu te dois de partager tes idées, de te restreindre et c’est bien mais la difficulté maintenant est d’assumer ses idées. Je les ai assumées car je suis passé par une déprime. Après le Saïan j’ai déprimé, et je n’ai pas honte de le dire, je me suis dit que j’allais arrêter la musique, que ça ne servait à rien, que j’étais un bon à rien, je me suis trouvé nul pour plusieurs choses dont des choses qui font qu’il n’y a plus de Saïan, il y a eu des petites paroles qui ont fait que tu n’as pas confiance en toi, que tu doutes. La fin du Saïan a été au début un poids pour moi puis une libération. Quand, j’ai compris que j’étais libre et que je n’avais plus aucune chaîne et … et là le serveur nous coupe pour prendre notre commande. Un café pour Féfé et un thé avec des rondelles de citron sans sucre pour moi! Donc je disais que j’ai vu que c’était une libération et je n’avais plus qu’à assumer mes propres actes. Et il y a aussi le fait que je sois devenu père et quand tu deviens père, tu relativises beaucoup de choses.

Tu ne mets plus de baggys c’est ça?

Non, je ne sais pas si on ne met plus de baggys mais on s’en fou plus. On s’en fou de ce que les gens vont dire de toi car quand tu rentres chez toi chaque soir, tes enfants te regardent et ils t’aiment et c’est suffisant. Donc il y a ça qui a fait que je suis devenu un homme et je me suis dit que oui, la musique c’est ma passion et je vais le faire de toutes mes tripes!

Dans mon album on trouve du Féfé, c’est-à-dire, beaucoup de musique noire. J’ai fait comme sur un album rap c’est-à-dire que j’ai samplé ce que j’aimais mais au lieu de sampler, j’ai recréer les samples. Je les ai joué directement et recrée comme sample. On retrouve tout ce que j’aime, du blues, de la soul… beaucoup de choses qui viennent de la musique américaine car j’aime vraiment ça. Mes parents en ont beaucoup écouté dans leur jeunesse donc moi petit, j’en ai beaucoup écouté. D’Ottis à Curtis à Bob Marley et plein d’autres choses et c’est ce que j’ai voulu mettre dans cet album. Et aussi de la chanson française sur certains textes car je voulais écrire de manière poétique mais pas de manière tirée par les cheveux que moi seul comprenne car je voulais donner des indices aux gens pour que le mec qui n’a pas toute ma culture puisse être attiré.

Quoi qu’il arrive je suis totalement Hip Hop. C’est indéniable! C’est comme me demander: « T’es toujours Noir? » C’est ridicule comme question. Il n’y a même pas à le prouver, je suis Hip Hop à 33 ans, avec tout ce que j’ai, avec toute ma culture. J’essaie de faire de la chanson de manière Hip Hop. Pour moi c’est quelque chose que je n’entends pas assez. Ce que j’entends par chanson de manière Hip Hop, c’est du Gnarles Barkley par exemple. Je trouve ça phénoménale. Je ne veux pas faire pareil car je n’ai pas leur culture à eux mais je veux faire ça à ma manière avec un peu plus de rap car je suis un rappeur et j’aime ça.

Comment arrives-tu à marier tous ces genres musicaux sans te laisser aspirer par la tendance actuelle?

C’est de l’instinct. Chacun a son instinct par rapport à la musique et se dit: « Je veux entendre ça » et c’est ce que j’ai toujours envie d’entendre et j’affine avec le temps, je ne sais pas comment expliquer cela. ( Nos cafés arrivent!) J’essaie de mettre dans ma musique les choses de la manière la plus pure qu’il soit. Par exemple, la chanson « Dans ma rue », j’étais super fier quand j’ai fini de l’écrire, quand j’ai fait la gratte et tout, pour moi c’était un gros morceau, mais pour moi seulement! Je l’ai fait écouté à une maison de disque qui m’ont dit « ah ouai c’est pas mal… » Puis je l’ai fait écouté à un producteur américain avec lequel je travaillais, Dan The Automator, qui, dès qu’il a écouté les premières notes, alors qu’il ne comprend pas le français, a dit «  ça c’est un gros morceau! » Et j’étais fier mais ce petit côté folk (et là il chante tululu tululu), je me suis dit que ça sonnait ensoleillé chelou mais c’est pas grave, je me suis laissé aller car j’aimais vraiment mon texte et je me suis dit « bah c’est que j’ai du soleil en moi hahaha! » Il ne faut ni avoir peur, ni avoir honte, ce n’est que de la zik, c’est la chanson qui est importante. Ce que j’ai compris avec cette album, c’est qu’avant j’étais vraiment sur le détail, l’esthétique du son, il faut que ce soit comme ci ou comme ça. J’aimais également le côté chanson car il faut que la chanson marche mais j’étais vraiment sur le détail et là avec cet album, je mets les conteurs à zéro. Je veux juste faire de bonnes chansons, que la chanson marche. Je me prends toujours la tête sur le détail mais d’abord la chanson. C’est pour ça que 80% de l’album c’est du guitare/voix. J’ai commencé, une guitare, ma voix, un texte… Dès que ça tient la route, je me dis que si je le fais devant quelqu’un et il m’entend, il m’écoute, je me dis qu’après je peux la faire n’importe comment, en ska, en je ne sais quoi… C’est rien, ce sont des détails.

Avec ce premier album, j’aimerais me faire une bonne carte de visite en disant: « Voilà, Féfé c’est ça , je me fais de la place, voilà ce que je suis et ne venez pas me prendre la tête. Je peux faire ce que je veux dans ma vie et musicalement. Vous êtes prévenu! Vous aimez, vous n’aimez pas, c’est pareil…» C’est un peu égoïste mais à la fois généreux car je me donne dans cet album, je parle de moi… Ce n’est pas même pas égoïste, c’est que je m’assume.

En ce qui concerne mon clip, je fais un clin d’oeil, j’ai ma visière Wu Tang! C’est pour ceux qui savent… Comme je le dis: « Ceux qui savent, savent…! » Cette phrase veut tout dire et rien à la fois! C’est une dédicasse. D’ailleurs, hier j’ai vu Monsieur R, un mec de l’underground qui m’a dit: « Waaaa ça fait trop plaisir la visière du Wu Tang Clan! » (en se touchant le coeur). Ce clin d’oeil c’est pour moi d’abord… C’est du soleil « woy woy woy woy », c’est joyeux mais ça vient de là (il parle du Wu Tang). Moi je kiffe, j’ai kiffé des mecs comme ça, leurs clips dans des bus, en mode sales-dégueulasses… Ça me faisait chaud au coeur! Je voyais ça et je me disais: « Ah ça c’est moi! » et voilà pourquoi le clin d’oeil.

Les petits clips que tu vois sur mon myspace, c’était pour le net car ça ne coûtait pas cher! J’ai bien aimé les réaliser. C’était assez simple avec eMovie, j’ai pris ce que j’avais sous la main et j’ai fait ma tambouille. J’aime beaucoup la vidéo, j’ai des rêves en vidéo, j’aimerais faire un jour une comédie musicale Hip Hop, filmée à la « West Side Story » avec une histoire, même si elle est simple, avec une ambiance. Je me suis mis à la vidéo sous OFX avec le clip « France » mais là pour le clip « Dans ma rue » j’ai juste donné l’idée car tu ne peux pas être partout et tout faire. Mais c’est que j’aimerais me mettre à la vidéo, faire des clips… C’est vrai que ce concept de photos, je voulais m’en servir pour le clip d’un son qui s’appelle « Clichés », je vais voir mais c’est vrai que j’ai encore plein d’idées…

Felipe aka Pépito est un guitariste que j’ai rencontré il y a deux ou trois ans, je l’ai rencontré lors d’une compil’ avec un mec qui s’appelle Idir (ndlr, un morceau pas sur l’album: « Je Viens De Là Où L’On M’Aime » avec Idir est très fort!) Il m’a beaucoup aidé au niveau de la guitare quand je galérais pour des accords et il m’a montré deux-trois petits trucs. Il m’a aidé à la constructions de mon album, il a travaillé au niveau de la guitare et de la basse. Et voilà c’est Pépito!

Big up à Patrice qui m’a montré mes trois premiers accords.

Mon freestyle avec Sir Samuel…? Je ne me souviens même plus des parole hahaha. « Big flow, beat frais »… Samuel et moi, c’est une histoire de dix ans, on se connaît par coeur, c’est ça qui est bon! On peut partir au quart de tour, on va se rattraper, on est des acrobates. C’était pour des mecs pour qui on avait poser pour leur album mais on ne le retrouvera pas sur mon album. Je n’ai pas mis de freestyle sur mon album car rappologiquement, j’ai essayé de faire autre chose de ce que je faisais d’habitude. Le flow, je connais. Ce n’est pas que que j’abandonne le flow mais je voulais faire un autre type de flow, plus ressenti, plus naturel, car je serai toujours technique mais je voulais juste parler, dire ce que je ressentais. Le flow technique je le garde pour les fois où je fais des apparitions car j’aime m’amuser. C’est ça! Faire du flow, rendre les gens fous, qu’ils cherchent la rime, mais où est la rime hahaha. J’adore ça, le rap est une science que j’adore!

Sur mon album, il y aura deux featurings. Le premier avec Sir Samuel qui m’a beaucoup aidé sur l’album, il m’a coaché et les deuxième avec Patrice.

Le premier album de Tété m’avait cassé la gueule! Je me suis dit: « Il tue lui… » Il y en a qui m’assimilent à Tété, d’autres à Box 65, un canadien je crois, qui fait des mélanges aussi mais en écoutant mon album on verra que c’est Féfé! Je pense qu’on m’assimile à Tété parce qu’il a des vibes blues et folk et c’est l’un des rares à le faire en France, il fait du Tété et moi du Féfé! Ce que j’aime chez Tété c’est qu’il est libre et moi j’ai envie d’être libre aussi.

J’ai choisi pour titre de cet album « Jeune à la retraite » parce que je suis encore fou, j’ai encore cette pulsion, je suis encore jeune quelque part. Je ne voulais pas de son jazz car les sons jazz font vraiment « je suis un adulte ». Attention, j’aime beaucoup le jazz mais ça ne me va pas, je suis beaucoup plus brut. Je voulais quelque chose de brut car même si je suis un adulte, il y a encore quelque chose de brut en moi, je ne suis pas encore lissé par le temps. Je veux dire des choses, faire des choses…

En ce qui concerne le Saïan, moi j’aime bien les belles histoires. C’était beau parce qu’on était à un moment donné, à une époque donnée avec une mentalité donnée pour chacun. C’était un équilibre précaire. Et tu ne peux pas reproduire cet équilibre sous prétexte que tu remets les gens ensemble, c’est impossible. Chacun a évolué, a changé durant le Saïan et c’est un équilibre que l’on ne retrouvera jamais. Il faudrait un nouvel équilibre, mais je ne sais pas s’il m’intéresserait car déjà à la fin du Saïan, cet équilibre ne m’intéressait plus. Pour se faire, pour ma part, il faudrait qu’il y ait une petite magie car moi je ne fais de la musique que pour ça. Et j’ai compris, même à la fin du troisième album que ce qui m’intéressait ce n’était pas de faire des tournées et que les gens scandent mon nom mais la magie qu’il pouvait y avoir. C’est peut être naïf mais c’est mon moteur, c’est ce qui me motive.

J’aimerais bien des collaborations avec les anciens membres du groupe comme par exemple Leeroy sur son prochain album car je pense qu’il ne s’est pas vraiment trouvé sur son premier album et Leeroy est quelqu’un de très talentueux, il faut juste qu’il se trouve. J’aimerais bien s’il est d’accord et nous en avions déjà parler faire quelques collaborations, ou juste pour le son par exemple (il le dit de manière très humble). Avec Sir Samuel, ça sera très prochainement. Il est déjà sur mon album et moi je serai sur deux ou trois titre de son prochain album et on a même comme idée de faire un album concept à deux. En ce qui concerne Sly, j’aurais vraiment aimé collaborer avec lui mais il y a très peu de chance que cela se fasse un jour… Pour Specta, j’aurais kiffé, c’est vraiment le mec que je voulais sur cet album. C’était mon préféré dans le Saïan humainement parlant, il me rendait fou avec son délire de « Mr Noir », j’adorais son concept, on était des opposés, il m’appelait « Dieu » et je l’appelais « Démon », même si on était différent, on se rejoignait car on avait la même ligne directive.

En ce qui concerne les shows, j’aurai des dates en 2010 mais pour le moment que des premières parties et des showcases . Le 10 novembre 2009, je suis en première partie de Rachid Taha.

Voilà pour vous. J’ajouterai que Féfé c’est un vrai humain, que ce monsieur est loin, tant musicalement que spirituellement et ça se ressent dans son travail. J’ai eu un réel plaisir à faire cette interview et je ne le lui souhaite qu’une belle réussite! Comme dit un certain Roi Heenok. : « Cours l’acheter! »

Féfé

Peace et merci à Féfé

Lya

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    4 Comments. Leave your Comment right now:

    1. Wow quelle interview !
      J'ai adoré merci !

    2. Wow quelle interview ! Merci Lya

      • by Lya

        Merci à toi et ravie que ça t’ai plu!

    3. Très bon article 
      que dire de plus sinon rajouté un petite immersion

      http://myriamax.com/blog/content/fefe/

      Cordialement 

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