Le Wu-Tang Clan a régné le long de l’année 2009, un scénario impensable après la sortie douloureuse de 8 Diagrams fin 2007. Fini les tensions au sein du groupe qui ternissaient l’image d’une dream-team soudée autour du maître penseur le RZA, chacun des membres s’est ressaisit pour que l’emblème du Wu puisse rayonner à nouveau sur le rap game, comme autrefois, comme s’il ne s’était jamais rien passé de grave. Les membres se reconnectent les uns les autres en interne, pas tous mais presque, sur leurs albums respectifs et c’est tant mieux. Au total, pas moins de cinq sorties majeures ont été marquées du sceau W, et ce n’est pas fini…

La première mine a été déposée par la paire Method Man & Redman, avec la suite très attendue du cultissime Blackout. Dix ans plus tard, le duo infernal sont retournés au charbon – comme l’illustre parfaitement la pochette – avec un Blackout! 2 taillé pour la scène, à grands coups de beats new-yorkais monstrueusement lourds (« I’m dope nigga », « Hey Zulu », « Errbody scream » feat Keith Murray) et d’autre tracks plus mainstreams comme leur single « A-Yo » ou « Mrs International » avec Erick Sermon. Avec bien sûr un nouvel hymne à la fumette : « Diz iz 4 all my smockers ». Côté production, on retrouve outre E-double, Rockwilder, Allah Mathematics, Havoc ou encore Pete Rock. Et que dire des perfs de Mr Mef et le Funk Doc : ils pètent la forme, et les baffles. Si vous avez loupé le coche, je vous conseille de ne louper sous aucun prétexte leur prochaine venue, qui risque de faire très, très mal. Et surtout d’être illégale en France car les salles vont redevenir exceptionnellement ‘fumeurs’. Pas réellement une sortie Wu en tant que telle, mais un side-project qui y reste affilié de près. Lire la chronique complète.

Plus underground mais non-moins événementiel, un spin-off du Wu-Tang : Chamber Music. RZA est l’instigateur de ce projet où il ne produit qu’un seul instrumental. Autrement, il ne touche à rien, il gère son affaire de loin. Rappelez-vous lorsque certains membres du clan comme Raekwon et Ghostface se sont rebellés contre l’architecte sonore pour pouvoir travailler avec d’autres producteurs (autre que RZA et seulement RZA). C’est chose faite : Fizzy Womack (alias Lil Fame des MOP), Bob Perry et le groupe The Revelations sont en charge de ce projet de 8 titres inédits entrecoupés d’interludes typiquement Shaolin. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le son traditionnel du Wu-Tang en est totalement renouvelé. On garde la même recette (samples soulfuls, extraits de films de kung-fu,…) mais on change de chefs cuisiniers. Raekwon et Ghostface Killah sont évidemment dans le coup (puisque RZA a honoré sa promesse), de même que Inspectah Deck, U-God, RZA bien entendu, avec des invités extérieurs à la réputation sans faille : AZ, Cormega, Sean Price, Havoc, le chanteur Tre Williams, les M.O.P., Kool G Rap, Sadat X ou encore Masta Ace. Ce n’est pas un album du Wu-Tang Clan au complet, c’est une surprise de taille. Lire la chronique complète.

Une autre bonne surprise, plus petite : le troisième LP de U-God, Dopium. Sérieusement, cet album vaut le détour malgré le mal que l’on puisse penser de la discographie perso de l’individu le plus hardcore du clan (maintenant qu’ODB n’est plus là). Mieux que ça, il regagne la confiance des auditeurs avec des beats bien conçus par un binôme de prodos totalement inconnu (Teddy Ted & J.Serbe si ma mémoire est bonne), très dans l’esprit caractéristique du Wu: « Train Tussle », « Coke », « Dopium »…. Quelques membres du Wu-Tang y sont crédités, comme Ghost, GZA, Rae, Method Man ou encore Cappadonna, ainsi que Killah Priest, Large Pro pour une reprise de « New Classic », Jim Jones et Sheek Louch. On déplorera des tentatives hasardeuses voire complètement foireuses, comme la collabo avec Mike Ladd, « Hips »,… (et je ne parle des trois remixes techno…). Mais en dehors de ces erreurs grossières, Dopium s’en tire avec les honneurs. Lire la chronique complète.

Jamais une suite n’a été autant anticipée que Only Built 4 Cubin Linx 2. Il a suffit que Raekwon annonce sa signature chez Aftermath Records en 2006 pour qu’un vent d’excitation s’empare des adhérents du Wu. Sa situation a changé depuis le temps, Rae est en totale indépendance grâce à son label Ice Water Records mais OB4CL2 n’était pas une chimère annoncée comme un classique new-yorkais avec des productions de RZA, Dr Dre, J Dilla, Erick Sermon, Alchemist, Pete Rock, Marley Marl, Necro… Non seulement cet album existe bel et bien mais en plus, c’est réellement le cas. Raekwon, accompagné de partenaire de rime Ghostface Killah et tous les autres membres du Wu-Tang (excepté U-God), nous entraîne dans de nouvelles histoires de rue, de trafic de drogue, d’assassinats verbaux, où même chaque interlude a son importance. Raekwon a eu l’intelligence de ne pas copier son précédent classique paru quinze ans plus tôt, mais prodigue une suite digne de ce nom de 23 tracks, sur lesquels le Chef parvient à se réapproprier ses quartiers avec des storytellings captivantes alimentés par un flow fluide et venimeux. OB4CL2 recèle le thème du « New Wu » et de la came pure (l’énorme « House of Flying Daggers », « We Will Rob You », « Black Mozart », « 10 Bricks », « Kiss The Ring »…), ainsi qu’un morceau dédié à Ol’ Dirty Bastard sur un instru de feu Dilla, « Ason Jones ». L’addiction est instantanée, une réussite totale. Chronique à paraître prochainement.

The Wizard of Poetry in Emerald City est le nom à rallonge du nouvel LP de Ghostface dont la caractéristique principale est d’être à 80% r&b. Laissant de côté ses contes de rue, Tony Starks s’habille en Ghostdeini, l’homme qui parle aux femmes, à toutes les femmes, de celle qui porte son enfant (« Baby ») à la pute qu’il baise sans connaître son nom (« Stapleton Sex » et son clip porno soft). Les invités sont en majorité des chanteurs : Raheem DeVaughn, Shareefa (pas Luna hein), Lloyd, Vaughn Anthony, Estelle, John Legend, le rappeur Fabolous (j’ai dit chanteurs r&b?) …  et sans aucune aide du Wu. Ghost fait cavalier seul, ou presque, il est quand même sacrément bien entouré. On retrouve en bonus track « Back Like That remix » avec Ne-Yo et Kanye West et une track de Ron Browz, pas utiles. N’empêche, Wizard of Poetry est un standard de Ghostface unique en son genre. Et tant pis s’il réclame de la thune à RZA, on songe à un album en commun entre lui, Rae et Meth (qui prépare son prochain solo pour 2010, Crystal Method), ça met l’eau à la bouche… It’s official !

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Ex-rédacteur/chroniqueur pour Rap2K.com et... biométricien !

  • Retour sur GZA à la Bellevilloise
    Retour sur GZA à la Bellevilloise

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  1. Pingback: Twitted by Sidy

  2. by Bibok

    OB4CL II est un classique des années 2000.

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