The Blueprint 3 est la fin d’un cycle, qui a commencé en cette date tragique du 11 Septembre 2001, celle des attaques terroristes qui ont ébranlé la ville de New-York et le monde entier. Cette tragédie incommensurable m’a rendu encore plus fort pour représenter et j’ai été proclamé King of New-York. The Blueprint est un de mes albums favoris, c’est un classique, un album très soulful qui puise sa source dans les chansons de soul et de rock qui ont parsemé mon enfance. C’est grâce à cet album que Kanye West existe aujourd’hui, et je n’ai jamais perdu l’ascendant sur lui.

L’année suivante, je remets le couvert avec la suite, The Blueprint 2, un double-album riche en collaborations marquant mes influences quand j’étais ado, mais qui n’a pas trop plu à la critique. Après quoi j’ai mis en scène une retraite provisoire en réalisant avant ça mon fameux Black Album avant de faire mon retour en 2006 tout en étant président de Def Jam Recordings : le plus grand départ du rap game et le plus grand come-back du rap game, c’est moi, Jayhovah.

Les choses ont très vite changé pour moi ces dernières années. J’ai quitté Def Jam parce qu’on m’a refusé de payer une augmentation, je crée alors Roc Nation chez la maison de disque adverse Atlantic. Ça me manquera qu’on ne me surnomme plus President Carter, mais je reste un businessman avant tout. Puis je m’épanouis dans ma vie personnelle depuis mon mariage caché avec Beyoncé. Raconter ma vie privée n’est pas mon fort. Et c’est de manière très calculée que j’apporte le dernier volet The Blueprint 3, qui – je l’espère – marquera une nouvelle ère dans le rap.

Ça m’a pris plus d’un an et demi environ pour préparer cet album, dont une année complète pour créer le buzz. J’ai commencé par glisser une note à DJ Clue concernant Blueprint 3 très tôt en 2008 sur un instru de Timbaland que j’avais jarté de American Gangster Ain’t I »), à moins que ce fusse prévu pour Shock Value… L’annonce a eu son effet escompté et je me suis décidé à me lancer sur mon onzième album. Mes fans attendaient ça comme jamais.

Je suis devenu tellement hype malgré moi que j’ai grillé la vedette à Oasis l’été dernier sur les terres de Sa Majesté (j’ai même repris un de leurs morceaux), je me produis dans toutes les grandes salles du monde avec des concerts d’anthologie, j’ai participé au tube « Swagga Like Us » sur lequel j’ai posé un couplet plus terrible que mon hôte (et les deux autres auto-tunés qui sont dessus), annoncé ma collaboration avec Kanye avec la track pilote « Jockin Jay-Z ». J’ai enregistré « Brooklyn (We Go Hard » pour les besoins du film Notorious, pour prouver mon éternelle amitié à Biggie, il ne restait plus grand chose pour créer l’événement à part poser une date de sortie. Date que j’ai fait exprès d’avancer pour que les gens puissent profiter de mon nouveau disque. J’ai comme l’impression d’être devenu plus grand que le hip hop.


J’ai voulu que dès les premières secondes d’écoute, on ressente immédiatement un électrochoc. Pour ça Kanye et son mentor No ID ont commencé par des notes de synthétiseurs pour introduire Blueprint 3 dans l’ultra modernité. J’ai choisi une collaboration transverse avec Luke Steele des Empire of the Sun, ce qui me semble une idée extrêmement originale. L’instru est plus haut que stratosphérique, ça fait son effet. « What We Talkin’ About », c’est le titre, parle de ce qu’on raconte sur moi, ça me permet de régler mes comptes et mettre les choses au clair dès le départ. D’ailleurs je dis « I ain’t talkin’ about [The] Game, I ain’t talkin about Jimmy [Iovine, NdR], I ain’t talkin about Dame, I’m talkin’ about real shit », pour mettre le point final aux rumeurs. J’évite de faire des jeux de mots trop compliqués, sinon on va me dire que je suis trop ambigü. Ce n’est pas que je tourne le dos au passé ou nie quoi que ce soit, je ne regrette absolument rien (pensée à Jaz-O qui doit se mordre les doigts en m’écoutant) mais c’est derrière moi Roc A Fella. Il n’y a que Jadakiss qui a représenté mon ancien label cette année, et encore c’était Def Jam qui était derrière tout ça. De toute façon je suis au-dessus de tout ça, je formule dans mes lyrics « I don’t run the rap no more, I run the map, a small reason of the President is Black ». Mon statut actuel me le permet en toute humilité.

« Thank You » est une track pour mon public, mes millions de fans, que je salue chaleureusement sur un instru classe. C’est une qualité que je reflète naturellement, le cigare en bouche, costume sur mesure. Ou alors en baggy Rocawear, marque que j’ai revendu pour une modeste somme, T Shirt et casquette noires. Il me suffit d’apparaître, on m’applaudit partout où je vais, on m’acclame, j’ai droit à des standing Hovation ! Je n’ai même plus à lever le petit doigt pour plier mes rivaux, ils paraissent ridicules à côté moi comme je le dis : « I was gonna kill a couple of rappers but they did it to themselves/ I was gon’ do it with the flow but they did it with their sales ». A vous de voir à qui je fais allusion mais j’apporte un début de réponse sur ma bombe « Death of Autotune »Ce morceau est un peu comme « The Takeover », son impact est immédiat et dangereux pour qui ça concerne. Il n’y a que No ID sur cette track, d’ailleurs l’instru rock renvoie aussi à « Takeover ». Kanye n’était pas en studio à ce moment-là mais lorsqu’il a écouté les paroles de « DOA », il l’a mal pris, forcément, genre « what the fuck? ». Le pauvre, il ne savait plus où se mettre. C’est dit : j’aime pas l’autotune. « This is anti-autotune, death of the ringtone » sonne comme un décret. Quand je rappe « This ain’t politically correct, this might offend my political connects », ça montre bien que j’assume à donf cette attaque de front, « Hold up, this ain’t a #1 record, this is an assault with a deadly weapon ». Je suis désolé pour les T-Pain, les Lil Wayne, les Ron Browz – et les jeunots flashy en jeans slims -, je réclame un moment de silence pour ces artistes que j’enterre… Prenez exemple sur moi, dont un de mes talents est de ne pas écrire mes lyrics mais tout réciter de tête ! Je le dis pour rappel : « only rapper to rewrite history without a pen ». Personne n’arrive à mon niveau, sauf Eminem, Nas, Andre3000 ou Rakim. Au fait, vous avez remarqué que j’ai repris une rime de BIG ? (« Stop your bloodclot crying, the kid, the dog, everybody dyin’ no lyin’ », NdR).


Dans la continuité, je balance le single « Run This Town » avec Rihanna au refrain et Kanye sur le 3e couplet, toujours sur une prod de lui et No ID. Moi-même je suis à chaque fois impressionné par cette prod, rock dans l’esprit. Après les holàs, les bravos, les mercis, les humiliations en public, les tirs-au-flanc, « Run This Town » annonce la couleur, black. Black power, black is beautiful, joli contraste avec la pochette. Le son est agressif et j’impose ma team, Roc Nation, en tant que chef de file d’une nouvelle forme de rebellion. Tout  à l’heure je citais Rakim, là je me place à son rang de God MC lorsque je rappe : « Call me Ceasar, in a dark ceasar/ Please follow the leader/ So Eric B we are, microphone fiend, it’s the return of the God. » De quelle ville je parle, de NYC évidemment. Je dédie « Empire State of Mind » à la ville qui m’a vue grandir, New-York. Très bel hymne, rayonnant avec ses pianos, l’apport d’Alicia Keys. Je tenais à montrer aux gens la diversité de cette ville, de ses cultures, de ce qui fait son identité qui se renouvelle continuellement. Je n’en suis pas peu fier, de cet hymne neuf. Il fallait que je reste dans cette optique panoramique en 16/9e, et avec « Real As It Gets » The Inkredibles m’apportent ce type de son qui fait 360°. J’invite Young Jeezy sur ce titre, pour qu’il apporte son charisme naturel. Il incarne, d’une certaine manière, la réussite, laquelle je lui ai offerte en le signant chez Def Jam. Normal qu’il me renvoie l’ascenseur. On partage en commun un passé de dealer, le courant passe bien entre nous.

Avec Blueprint 3, je prends beaucoup de risques en terme d’innovation et je sais quelles personnes avec qui taffer pour obtenir le résultat escompté. En dehors de Kanye et No ID qui produisent près de la moitié du skeud, je compte sur Swizz Beatz pour explorer des trucs nouveaux. Je sais que c’est un modèle d’irrégularité, il suffit d’un rien pour qu’il ponde un beat d’enfer qu’une grosse daube. En ce qui concerne « On To The Next One », je crois que c’est plus un beat d’enfer qu’autre chose. Comme l’indique le titre de cette track, je laisse le passé au passé et je passe à autre chose. C’est pour ça que je dis « Hov on that new shit, Niggas like how come/ Niggas want my old shit, buy my old album ». Puis il y a Timbaland, avec qui je collabore depuisVolume 2 et qui apparaît sur les deux Blueprint. Des gens disent qu’il a perdu son talent, qu’il n’est plus dans le coup mais à mes yeux ça reste un créateur de tendance. Sur « Off That » on perpétue la tradition des up-tempos technologiques, avec des effets futuristes. Sur « Venus vs Mars » je confronte les opposés homme/femme (je ne dirai pas si c’est Beyoncé la voix de femme) et sur « Reminder » je rappelle mon palmarès hors-norme dans le rap game, juste après la track « Hate » avec Kanye West. On tue tous nos détracteurs avec des sons de pistolets lasers. Amusant le couplet de Kanye, il fait des rimes avec des onomatopées, on fait pas mal de name-droppings…

Pour continuer mon ouverture sur l’avenir du rap, je laisse la chance à de jeunes talents d’aujourd’hui et de demain : Drake, la star de Young Money, qui s’occupe de refrain de « Off That », Kid Cudi chante le hook de « Already Home » – là encore un morceau sur lequel je règle mes comptes – et j’intronise mon nouveau poulain, J.Cole, sur une chanson emblématique, « A Star Is Born ». Je parle de tous ces rappeurs, businessmen et producteurs hyper talentueux qui ont tout déchiré dans le rap et que j’encense, et j’en profite pour disser ouvertement d’autres rappeurs: « 50 came through like hurricanes do, I finished his ass at Summer Jam too », « Mobb Deep shook it but Prodigy took it a lil too far, can’t fuck with Brooklyn ».

Blueprint 3 est l’apologie de ma formidable suprématie. J’ai la quarantaine passée et ma carrière continue là où certains sont à l’agonie (hein LL?). « So Ambitious » avec Pharrell des Neptunes raconte une partie de mon enfance, lorsque tout le monde, les profs, les adultes, disaient que j’étais un bon à rien et que je ne réussirai jamais dans la vie. Le message de cette track est simple : regardez ce que je suis devenu bande d’enfoirés. C’est ma revanche. « Young Forever » featuring Mr Hudson est un pont construit vers mon avenir, je laisserai les gens en juger, mais personnellement je suis convaincu que j’ai encore du chemin à parcourir.


Epilogue du 11 Septembre 2009 : Le 11 est définitivement devenu un nombre clé dans ma carrière : 11e LP, 11 n°1 dans le Billboard, synonyme de mon entrée dans le Guiness Book. 11 Septembre 2001, Blueprint. 11 Septembre 2009, Madison Square Garden, me voilà. Standing Hovation !

Epilogue du 23 Septembre : C’est la première fois que je participle à un talk-show sur un plateau français, ça s’appelle « le gwand jouwnal ». J’étais ravi de contempler ma popularité et de recevoir l’amour du public. C’était une belle standing Hovation ! Soulever les foules est mon second sport favori, après le rap.


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Ex-rédacteur/chroniqueur pour Rap2K.com et... biométricien !

  • (Dé)compositions de My Dark Twisted Fantasy
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