Ça y est c’est l’été, synonyme de vacances pour beaucoup d’entre nous, grands abonnés aux congés payés !

Comme à chaque période estivale, on redoute les bouchons sur les routes et les airplays nuisibles : tubes de l’été ringardos, les hits dance music qui ne survivront pas à la rentrée, le nouveau single de Magic System, les hymnes franchouillards des années 70 qui font fureur dans les campings et les sempiternelles ballades champêtres pour jouer de la gratte près d’un feu (maudit soit Jason Mraz).

Pour ne pas subir ces agressions sonores susceptibles de pourrir vos vacances, je vous propose trois albums de rap originaux, du plus hip-hop au plus jazzy, labellisés en France.

Direct, je vous propose non pas l’album rap de l’été, mais carrément l’Album de l’Année des BluMonK ! Cette formation composée de MIL, Enz et DJ Sheety est le navire amiral du petit label ultra-haute qualité PadBleM. Prétentieux comme intitulé? Trop pas, même s’il faut avouer que ça en jette un tel titre : ça fait parler sans faire de pub, ça permet d’avoir des discussions du style « c’est quoi le dernier album rap français que t’as kiffé? », « bah l’Album de l’Année évidemment… », tout bêtement. Et là, vlan, le mec est scotché !

Ça commence par une halte aux clichés inhérents au rap français dès les premières rimes de Mil qu’il délivre sur « Un Jour Sans Fin ». Une belle claque qui balaie tout ce que beaucoup de gens imaginent sur la vie des rappeurs et leur lifestyle, car la réalité de Mil et de Enz est toute autre, se considérant eux-mêmes comme des rappeurs intermittents. La phase de présentation arrive après avec « Blumonk », sur un double instru dément de DJ Sheety, incroyable de versatilité et fraîcheur sur cette galette. Il peut nous pondre des beats aussi bien mélancoliques, un brin soulful (le superbe « Peu Importe Ma Peine » avec Humphrey au chant), qu’enjoués, comme le « Press Play » avec ce refrain qui se colle dans la boîte crânienne pour le plus en ressortir (« dis-moi ce que tu écoutes et je te dirai qui tu es »). Il y a toujours ce côté néo-romantique qui refait surface de temps à autre dans ce grand bol d’air frais des BluMonK, je pense au néo-romantique « Pourquoi Elle et Pas Une Autre » avec la voix sublime de Marie M. En parlant de femmes, le titre « Que Dit L’Offre » porte un regard sur les rapports entre les femmes d’influence et la politique d’aujourd’hui, une analyse intéressante de leur part.

On entendait souvent dire que les rappeurs ça doit rester vrai, Enz et Mil le sont indiscutablement, démonstration les doigts dans le nez sur « Quand Même », « Les Chiffres » feat Diem Delam, « Payés Au Talent » ou encore « Gardez Tout », ce morceau expliquant que les trois compères n’ont rien à nous cacher et assument parfaitement ce qu’ils font de leur vie. Et le fait qu’ils tablent à un niveau supérieur à la moyenne, partant dans un égotrip triomphant pour justifier leur récompense pour l’ « Album de l’Année » ! Un album à la hauteur de leurs ambitions qui finit un peu comme il a commencé, « Le Dernier Jour Du Reste de Ta Vie » boucle la boucle. Le prix de ce petit coin de paradis dans le paysage rap français ne coûte que dix euros.

Plus d’infos et achat en ligne sur www.padblem.fr.

Après un premier essai transformé en immense coup de coeur avec Clin d’Oeil, le trio des Jazzlib publie Fruit of the Past (Kif Records), un disque rétrospectif regroupant les premiers maxis (ainsi que les faces B) depuis leurs débuts, complémentés avec quatre remixes signés Dela, 20Syl (Hocus Pocus) et Drum Brothers, de fins montages de samples soul/jazz, plus une collaboration avec Mos Def (l’extrait « Mountain Sunlight », subtile réminiscence de la vibe présente sur Black on Both Sides) et de ravissantes parties instrumentales.

Au menu : le premier vinyle « What’s Real » avec Emanon sorti en 2003, « Music Makes The World Go Round » de Declaime, « Force Be With You » interprété par la sublime T-Love, le groove suave de « Dark Keys » avec M’Selem aux Rhodes, la ballade « à Paris » les yeux fermés, la flûte enchantée de Rico sur « Breathing Pleasure » ou encore le superbe « Slow Down » avec son échantillon de voix soulful… Difficile de résister au charme de ces petits trésors de hip-hop/jazz, pas la peine alors de piocher dans les bacs à vinyles, tout y est et plus si affinités. Avis aux possesseurs de Clin d’Oeil, ce saut dans un passé proche est tout aussi indispensable et réjouissant !

Plus loin dans la fusion Hip Hop/Jazz, le projet Music’All des Illuminés Black Stamp : l’ambiance live en plus ! Rien que le thème « Music’All » en dit long sur les influences du groupe de musiciens jazz hop : The Roots, RH Factor,… en francisé évidemment, avec un zeste folk et blues. Premier à se lancer, Busta Flex, qui ouvre la marche avec « Chanter », délivrant un peu d’espoir pour les gens en bas de l’échelle sociale. Pour ce qui est de chanter, c’est la voix de Karl The Voice qui éclaircit la chanson et la plupart des morceaux de cet album. Autre bonne nouvelle, on a retrouvé des membres du Saïan Supa Crew ! Feniksi a.k.a. Féfé promet qu’il arrête de draguer à tout-va, un titre plein d’humour avec une musique dans la veine de son premier single « Dans Ma Rue », Specta déverse son flow sur « Une Larme » et Sir Samuel défend la cause environnementale avec son titre écolo « Qui la sauvera? », sur un instru reggae pour le côté vert. Bien au-delà des sujets sociaux typiques dans le rap çais-fran, cet extrait est important à nos yeux dans la mesure où il sensibilise la jeunesse sur la préservation de la planète.

Music’All est un melting-pot intéressant, tantôt classieux avec le soulful « Don’t let me down » avec un Kohndo dans son élément avec le chanteur Brian Lucas, tantôt rebel avec le garçon manqué Casey se questionnant « Vais-je grandir un jour ? ». La tchatche de Soklak fonctionne à merveille sur « Mix it up », tandis qu’Oxmo Puccino allège sa plume pour « Quand même », afin de nous rendre l’esprit plus léger et nous redonner le sourire. Du côté des révélations figurent Marco Polo et Mihuna, très habile pour dessiner à l’encre quand il se demande « Si j’étais peintre », répétant par trois fois cette ligne finale: « mon esprit critique s’est transformé en cynisme, peut-être parce que la crise dans mon coeur rend mon âme grise. »

Pour faire un jeu de mot facile, Music’All est predestiné aux scènes des music hall et musicalement, c’est le must. Un petit festival de musique urbaine.

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Ex-rédacteur/chroniqueur pour Rap2K.com et... biométricien !

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