Il y a eu une époque avant Michael Jackson, celle où son maître spirituel, James Brown, éclaboussait la musique de son génie. De cette époque, Jeffrey Levy-Hinte en a emprisonné un instantané qui est sorti sur nos écrans trente-cinq ans après sa mise en boîte. Soul Power est le nom de ce documentaire qui retrace l’aventure des ces géants de la musique soul américaine à l’aventure à Kinshasa quelques semaines avant le combat mythique entre Ali et Foreman, aussi appelé “The Rumble in the Jungle”.

05_miriam_makebaCe film tourné à la même période que When we were kings est en fait frère de ce dernier. Le festival  Zaïre ’74 qu’il couvre était né d’une idée du musicien sud-africain Hugh Masekela et du producteur américain Stewart Levine. C’est le sulfureux entrepreneur Don King qui va permettre que ce festival ait lieu. Il veut alors qu’il précède de quelque jours le combat tant attendu. Chose qui ne se fera malheureusement pas, puisque George Foreman s’étant blessé lors de sa préparation, le combat est reporté, mais pas le festival. Soul Power est en fait le produit des centaines heures d’images délaissées pour When we were kings. Jeffrey Levy-Hinte qui a participé au montage du film de Leon Gast sorti en 1996, ne voulait absolument pas que ces images finissent de les archives. Après avoir terminé Soul Power, il a d’ailleurs pour projet d’essayer de sortir les douze heures du festival dans leur intégralité ! Il faut dire que cela est presque une nécessité lorsqu’on regarde la liste des artistes présents. Au menu une pleïade d’artistes afro-américains en majorité, heureux de pouvoir se produire en Afrique, “The Motherland” (la terre-mère) ce qui représente plus qu’un symbole dans une Amérique en plein contexte de lutte pour les droits civiques sur fond de guerre du Vietnam.

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C’est un des points les plus marquants du film, cette dimension quasi-sacrée que prend ce festival pour les artistes fait que pour eux ce concert est loin  d’être une simple date de plus à satisfaire. Ils arrivent d’ailleurs plusieurs jours à l’avance comme en pèlerinage. Cela leur permet de pouvoir rencontrer la population zaïroise ravie de voir des idoles comme James Brown ou Bill Withers sur leur sol. Cela nous permet aussi de voir le fossé qui les sépare et on voit à travers certaines réactions que malgré tout, ces artistes empreint du panafricanisme que Muhammad Ali laissait dans son sillage, n’arrivent tout de même pas à se sentir réellement chez eux. Barrière de la langue oblige, c’est grâce à la musique qu’ils communient . On voit par exemple les membres du Fania All Stars à la rencontre de musiciens dans les rues de Kinshasa qui échangent en pratiquant des instruments locaux.  Cependant face à cette difficulté de communiquer qui effrite les idéaux de certains, on voit que tout a été fait pour que ce festival reste un moment inoubliable et les artistes en premier livrent des performances magistrales !

04_james_brown_01Tour à tour on voit se succéder sur scène les Spinners, B.B. King, Bill Withers, Afrisa & Tabu Ley, Miriam Makeba, Fania All Stars & Celia Cruz, les Crusaders, Big Black, Ok Jazz, la Pembe Dance Troupe pour terminer sur The godfather of Soul James Brown. Une succession de morceaux en live portées par des images magnifiques donnant tout bonnement envie d’être en 1974 au milieu de ce stade pour admirer cet autre temps de la musique. Ce qu’on ressent de la part des artistes qu’ils soient américains, cubains ou zaïrois, c’est une grande sincérité dans leur prestation malgré les tenues d’apparat surfaites qu’ils portent parfois.  La prestation la plus notable reste bien sûr celle de James Brown. Dans une tenue de gymnaste improbable et arborant une moustache lui donnant des airs de mousquetaire, il offre au public zaïrois une performance quasi-utopique où chaque geste et intonation de voix est placé au moment juste.  Un véritable délice musical et artistique qui achève ce documentaire dont il est un des points d’ancrage. C’est d’ailleurs dans sa loge après sa performance que s’achève cette oeuvre où le King of Soul, plein d’humilité et encore marqué par sa prestation prie aux caméras de sortir pour aspirer à un repos bien mérité.

Soul Power, c’est donc un véritable come-back, pas seulement musical, dans un autre temps. Un retour plus que bienvenue pour replonger dans d’autres idées, d’autres manières de filmer, d’organiser un évènement, de l’aborder, de performer, de communier avec le public. C’est un documentaire à plusieurs dimensions et plusieurs approches qui superpose habilement les prêches de Muhammad Ali avec des images des femmes zaïroises accomplissant des tâches domestiques, ou bien les accords de la Soul music américaine avec la musique africaine, deux types de musique noire aux tons différents mais avec la même racine. Un film fascinant à découvrir, voir et écouter.

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