malikanyeduskVous vous rappelez des Last Poets sur « The Corner » de Common? Leur forme d’expression est un art urbain qui fut en quelque sorte la préhistoire du rap : le spoken-word, ou slam comme on dit chez nous, un courant qui s’est popularisé avec Grand Corps Malade et Abd Al Malik. Malik Yusef fait partie de cette caste de poètes de rue dont l’écriture se résume à de l’art authentique. Son nom me disait bien quelque chose. Rétrospectivement, je réécoutais One Day It’ll All Make Sense de Common (toujours) et Malik y déclamait un très beau texte, « My City », portant un regard sur sa ville de coeur et de résidence, Chicago, la Cité du Vent. C’était sa première apparition officielle en featuring.

Douze années dans le circuit et dans les rues de Chi-town, et Malik Yusef finit propulsé par la structure G.O.O.D Music et 101 Distribution avec GOOD Morning, GOOD Night, Kanye West étant évidemment le producteur exécutif du premier projet indépendant de son label (c’est important de le souligner). Rectification : des deux premiers projets sortis en indépendant sur son label. En effet, Malik & Kanye ont, sans vouloir jouer sur les mots, mis les bouchées doubles, non pas en livrant un double-CD, mais deux albums jumeaux : Dawn et Dusk. Mettez le temps en suspend pour écouter les paroles qui sortent de sa bouche de ce grand orateur… pendant 2h30 (en cumulé).

Ce qui surprend en premier lieu, c’est la diversité et la richesse de ces deux disques bipolaires. « Dusk et Dawn sont les deux côtés de toutes choses, raconte Malik. Le jour et la nuit, le yin et la yang. Tout s’écoule dans l’univers et nous en faisons partout. » Je crois que nous avons un adepte de la pensée taoïste, où l’équilibre règne partout.

La diversité et la richesse se voit au premier coup d’oeil au dos des boîtiers, au standing des invités : slammeurs, chanteurs, producteurs, MCs et même rockeurs… Sur Dawn, KRS-One prend son rôle de maître à penser à coeur en parlant du pouvoir des mots sur les gens avec « My Peoples », la tornade Twista sur « U.N.I. Verses Mine », Michelle Williams des Destiny’s Child, Kanye West et Adam Levine des Maroon 5 assistent Malik Yusef avec des textes pro-Obama sur « Promise Land ». On recroise Kanye aux côtés de Malik sur Dusk sur le morceau laid-back « Magic Man » en compagnie de Common et John Legend, une Jennifer Hudson exceptionnelle sur « Welcome Too Knight », Paul Wall pourquoi pas sur « My My », Raheem DeVaughn et Bun B à la hauteur sur « Da Slumz » et puis bien les rappeurs G.O.O.D. Music en force éparpillés sur les deux disques.

Une diversité et richesse musicale de premier ordre, entre hip-hop, r&b de luxe et même de la house en ouverture (« Good Mornin Luv ») et fermeture (« Sexuality » avec Fast Eddie) de Dawn. Quoi de plus normal, la house music est née à Chicago. « V.E.R.S.E.» laisse une place à l’opéra, un mélange avec le rap qui demeure assez étonnant, un slow idyllique pour « Just Like Forever », «FreshCoolDopeFly » comme devise pour la nouvelle génération, et je n’ai fait le tour que du premier disque. Sur le second, l’ambiance est un peu plus homogène, Malik s’essaie même à l’autotune sur « The Return ». Il co-produit presque tous les instrumentaux de ses deux albums, sous le regard de Kanye j’imagine. Participent à ce projet Chip Z’nuff, Zuco, Devo Springsteen, Tapez, Zzaje, etc, etc…

La plus belle diversité et la meilleure richesse de cet album, ce sont les mots de Malik Yusef. Il les associe de telle manière à créer des jeux de mots parfaitement sensés et des homonymes qui se fondent dans des métaphores adaptées à ses idées. Malik livre également des messages forts et des phrases, passant de l’échelle locale, les ghettos, Chicago, aux forces qui régissent l’univers et les modes de pensée. Rien de moralisateur dans tout cela, il est simplement intelligent dans ses propos, intelligibles. Même quand il

Le souci avec cet excédent de richesse et de diversité, c’est que les deux albums passés à la suite et l’effet du phrasé parlé, c’est bourratif. Certaines pièces sont très bonnes et d’une qualité irréprochable, mais les uns à la suite des autres, ça fait trop et on est vite rassasié. Donc à écouter par tranche.

On aura beau critiquer Kanye West pour son égo gros comme une montgolfière, son label est le meilleur tremplin pour les artistes de Chicago. Il a produit pour Common, propulsé John Legend, sans compter qu’il a filé un coup de main à Twista, Lupe Fiasco et Rhymefest, et maintenant il est le mécène pour l’un des meilleurs beau-parleurs (à l’opposé du sens péjoratif j’entends) des Etats-Unis. Dawn ou Dusk, vous avez trois choix possibles.

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Ex-rédacteur/chroniqueur pour Rap2K.com et... biométricien !

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