Entre Ozone Magazine et moi, il y a longtemps eu « La Poste ». En l’équivalent d’un an d’abonnement, j’ai reçu à tout casser…3 numéros. Empaqueté dans ma chambre universitaire parisienne (il y encore 2-3 ans) j’avais préféré m’abonner à l’aveuglette à cette publication « south » plutôt que soutenir les éternelles têtes d’affiches que sont The Source et XXL. Malheureusement, tous les mois, le facteur (hip hop sans doute) lisait mon magazine, sans même daigner me le rendre ensuite. Maâlich! Aujourd’hui, j’habite Atlanta, et pour StreetBlogger je suis allé à la rencontre de Julia Beverly, la désormais célèbre fondatrice de Ozone. Il paraît que sa bouche ne porte pas de caleçon (parler vrai en argot ivoirien). Tant mieux, car la nôtre non plus. Interview vérité.

JB hustle or die

Peux-tu présenter ton magazine à nos lecteurs de France et de Navarre ?

Ozone Magazine est une revue hip hop indépendante (tendance dirty south) qui a démarrée modestement à Orlando (il y a bientôt 10 ans) et qui aujourd’hui est disponible sur l’ensemble du territoire US, voire au-delà, vu que tu étais un abonné. Il existe aussi une version « West Coast » du magazine ; version qui nous permet de mettre l’accent sur les rappeurs de Californie, Phoenix, Las Vegas, et Alaska.

J’ai entendu parler d’une « guéguerre » entre Ozone Magazine et quelques publications new-yorkaises, telles que The Source ou XXL. Qu’en est-il ?

Je ne sais pas si l’on peut parler de «guéguerre», mais il y a eu quelques incidents entre The Source et nous de par le passé. A présent, il y a un nouveau management, donc l’affaire est réglée (ndlr : embrouilles entre Julia et Benzino). Pour ce qui est de XXL, nous sommes en rivalité. Tout le monde veut être le meilleur dans ce qu’il fait, alors il arrive parfois que les mots dépassent la pensée. C’est de bonne guerre. Personnellement, je m’impose de réussir dans tout ce que j’entreprends, c’est dire à quel point la compétition ne me dérange pas du tout. La principale différence entre Ozone et ces deux magazines est que nous autres sommes sur le terrain. Nous sommes sur tous les fronts. Aussi bien dans les boîtes de nuit, qu’aux côtés des artistes dans leurs déplacements. C’est d’ailleurs pour cela que nous sommes le « magazine préféré des rappeurs » (ndlr : slogan du magazine). Ils nous apprécient et nous reconnaissent pour cela. Pendant ce temps les autres restent sagement derrière leurs bureaux de 8h du mat’ à 18h. Ils ne se déplacent pas comme nous à travers le pays. Nous procédons différemment. Ozone est un mag’ de « hustler ».

Dis-tu cela parce qu’ils n’ont jamais cru au succès de ton entreprise ?

…Si ils n’y ont pas cru, il leur reste leurs yeux pour constater !

J.Beverly & Dipset

Comment expliques-tu qu’il y ait tant d’antagonismes entre le rap de la côte est, celui du sud, et l’ouest, alors qu’au fond tous mènent le même combat ?

Je pense que la manière de consommer le hip hop est différente selon la région du pays où tu te situes. Dans le sud et l’ouest, les gens ont l’habitude d’écouter la musique en voiture. Il faut dire que l’environnement s’y prête plus ; les routes sont larges, il y a de l’espace, les trajets sont plus longs, plus de soleil etc. Du côté de New York, il y a la culture des « projects », des trajets en métro, casque visé sur les oreilles. Chaque coin des Etats-Unis a un style spécifique. L’une des raisons d’être de Ozone Magazine est justement d’essayer de montrer aux lecteurs ce qui se passe au-delà de leur localité.

Que réponds-tu à ceux qui affirment que Ozone n’est pas une vrai magazine, dans le sens journalistique du terme ?

Faudrait me donner, pour commencer, la définition du vrai journalisme. Toi, par exemple, tu ne peux pas rester assis dans ton bureau à Paris et espérer parler du hip hop allemand de la même manière que quelqu’un qui s’est rendu sur place pour constater les faits. Je ne sais pas d’où naissent ces critiques, mais elles sont illégitimes. Dans notre magazine, lorsque l’on publie une interview, les propos de celui qui nous les a confié sont rapportés tels qu’ils sont sortis de sa bouche. Nous ne cherchons pas à les remixer ou à les interpréter, sous prétexte de vouloir garder une ligne éditoriale « clean ». Cela ne plait peut être pas à tout le monde, mais au moins, quand on interviewe un Bun B ou un Jim Jones, les lecteurs retrouvent mots pour mots ce que ces derniers ont dit. Qu’ils jurent ou insultent quelqu’un ou non.

Cela a parfois conduit à des incidents. Ce fut le cas notamment avec Pimp C (The Chronicles of Pimp C), qui s’était servi d’une tribune pour clasher plusieurs personnalités hip hop…

C’est exact…RIP Pimp C. Cela a entraîné des polémiques, mais au final personne ne nous a accusé d’avoir déformé ses propos. De nos jours les artistes ne nous attendent plus pour aller sur Youtube ou Twitter dire ce qui leur passe par la tête.

Pimp C & JB

Penses-tu que Atlanta soit véritablement LA ville où les choses se passent dorénavant dans l’industrie musicale hip hop ?

La réputation actuelle du « A » n’est pas usurpée. Ne serait-ce que géographiquement, c’est un important centre de convergence. J’aime beaucoup Atlanta, car tu y as tous les attraits d’une grande ville, tout en pouvant retrouver la campagne en moins de 30 minutes de voiture. Cet équilibre entre « country » et « city » est séduisant. De plus, nombreux sont les artistes, producteurs, songwriters, qui sont d’ici, ou qui s’y installent.

Il existe une version « West Coast » de Ozone, peux-tu nous en dire plus sur cette déclinaison régionale ?

Le hip hop de la côte ouest se trouve dans la même position que le sud il y a pas si longtemps, à savoir qu’il ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de l’ampleur de sa scène musicale. Il y a énormément de rappeurs californiens qui méritent d’être mis sur le devant de la scène, ou du moins traités avec un peu plus d’égard.

La dernière édition des « Ozones Awards », que tu organises tous les ans a tourné au vinaigre. Que s’est-il passé exactement ?

Il y a eu un incident entre Mike Jones et Trae avant le début de la cérémonie. A vrai dire, la dispute n’était pas aussi grave que ce qui a été rapporté par la suite (ndlr : Trae a juste giflé Mike Jones). Toujours est-il que le show était une réussite. Tous les artistes présents ont tenu à rendre hommage à Pimp C en participant à l’évènement. Malheureusement, ce genre d’aspect positif n’intéresse pas beaucoup les médisants, et encore moins certains médias avides de sensationnel.

Julia Beverly & Trick Daddy & Rick Ross

Tu es une femme blanche, dans une industrie d’hommes de couleur. Comment prends-tu les accusations de ceux qui te reprochent d’exploiter la culture hip hop et la communauté afro à des fins financières ?

Je n’exploite personne. Qui plus est, j’ai travaillé très dur pour arriver où j’en suis. Vois-tu, c’est parfois désolant d’entendre ce genre de remarques, même si j’essaie de passer outre. Tout ce que je peux dire, c’est que je n’ai pas démérité. J’ai beaucoup galéré. C’est la jalousie qui pousse les gens à tenir de tels propos. Ils aimeraient tant être à ta place qu’ils ne savent plus quoi inventer. Quoi que tu fasses, ils ne manqueront jamais l’occasion de te rabaisser ou te nuire.

Souvent, à la lecture du magazine, on a l’impression que certains artistes apparaissent plus que d’autres (David Banner, Webbie, Bun B, par exemple). Est-ce à cause de tes relations personnelles avec eux ?

Nous avons des correspondants chargés de rapporter ce qui se passe un peu partout dans le pays. Les artistes qui se retrouvent souvent dans nos galeries photos sont ceux qui sont le plus sur la route ; raison pour laquelle ils se retrouvent souvent sous les objectifs de mon équipe. Quand Bun B, par exemple, sort un album, il n’est pas étonnant qu’on retrouve pleins de photos de lui, car il sera partout. De Montgomery à Bâton Rouge, de Duval à Miami…Cela prouve qu’il travaille bien son produit. Il ne faut pas oublier aussi que certains artistes sont plus accessibles que d’autres, ou qu’ils ont plus de choses intéressantes à partager que d’autres etc. Cela dépend plus de facteurs extérieurs que de liens d’amitiés.

Tu as vu évoluer de nombreux stars actuelles. Quelles anecdotes croustillantes as-tu à partager avec nos lecteurs ?

J’ai énormément d’anecdotes. Rick Ross, par exemple, je le connais depuis l’époque où il suivait Jackie-O en tournée. Il était toujours en retrait, à fumer des joints. David Banner, je l’ai rentré alors qu’il vivait dans un Van (ndlr : c’est dans ce même van qu’il a produit Rubberband Man, l’un des hits de T.I). A l’époque, nous étions tous deux fauchés, alors avec des proches, il nous arrivait de partager les frais d’hôtel etc. J’ai fais la 1ère séance photo de T-Pain, quand son père s’occupait encore de sa carrière. Il y a pas mal d’histoires de ce type. Young Jeezy, j’ai fais sa 1ère vraie interview, ce grâce à des connaissances en commun…Pitbull, je l’ai rencontré dans une station radio, alors qu’il commençait à peine à avoir un buzz sur Miami. Aujourd’hui, les gens crient le nom de Lil Jon, en essayant d’avoir des autographes, mais je le suivais déjà quand il n’y avait que 10 personnes à ses concerts. Toutes ces personnes ont trimé pour être où elles sont aujourd’hui, le public a tendance à ne pas s’en rendre compte tout le temps.

Weezy & Julia Beverly

(crédits photos: Ozone Magazine)

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Indocile Heureux !!!!

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