Parmi tous les MCs underground en activité, Brother Ali devrait figurer dans le top10, voire dans le top5 des meilleurs lyricistes. Sa carrière n’a cessé de progresser ces dernières années, Ali a su se faire connaître grâce à un talent rare, aussi rare que sa couleur de peau (blanc albinos), et autant de qualités qui ont fait l’écho dans la presse et la communauté rap. S’il n’avait peut-être pas tâté du micro, il serait sans doute SDF à l’heure qu’il est, et l’enseignement que l’on peut tirer de l’expérience de Brother Ali, c’est que le mérite paie. A l’occasion de la sortie de son EP The Truth Is Here, je vous propose de lire la vérité qui sort de la bouche de ce MC humble et intègre.

« Real As Can Be » raconte l’histoire de ton retour après une longue tournée et ce que ça fait de rentrer à la maison. Ces deux dernières années ont été les plus glorieuses de ta carrière. Mais peux-tu nous dire comment as-tu vécu cette tournée aux côtés de deux légendes hip-hop comme Ghostface et Rakim ?

C’était vraiment une bénédiction. C’était en fait la seconde tournée que j’ai eu l’occasion de faire avec Rakim et cette fois je partageais le bus avec lui et toute sa famille. Rakim est littéralement l’un des plus grands MC qu’il y aura jamais. Depuis l’âge de 11 ans jusqu’à mes 19 ans, j’ai mémorisé chaque mot que cet homme a dit sur un disque. Ma chambre était tapissée de posters de rappeurs quand j’étais môme et j’avais sa photo sur un des murs. J’ai énormément appris rien qu’en le regardant interpréter ses morceaux sur scène des années après. Il provient d’un milieu si intègre à l’époque qu’il est capable de reprendre tous ses classiques, en plus ses chansons ont toujours autant de sens car elles sont ce qu’il est en tant que personne.

Ghost est un autre gars que j’ai toujours apprécié mais mon admiration pour lui n’a fait que grandir avec le temps. Il a tellement évolué en tant que musicien et homme d’affaires. Il dirige son crew comme une famille et pendant la campagne d’un mois où l’on a bossé et tourné ensemble, cette famille m’a comme adopté. Ghost voyage toujours avec de ses artistes (big up à Sean Wiggs et Trife Da God) et des mecs du quartier à qui il a donné du travail pour s’occuper de leurs familles.

Le succès que tu as reçu à travers le succès critique et commercial de The Undisputed Truth et durant tous tes concerts, est-ce que tu vois ça comme une revanche sur ta vie passée ?

Si la vie que j’ai maintenant est possible, c’est parce que les défis de la vie m’ont forgé. J’ai Foi en l’Islam qui m’a inculqué certains principes qui me tiennent à coeur. Le Coran dit : « les gens n’auront rien dans la vie si ce n’est ce pour quoi ils ont mis leurs efforts et se sont évertués à faire. Et les fruits de leur labeur seront bientôt visibles. » Patience et persévérance ont été des forces conductrices pour moi. J’ai toujours su que j’étais là pour faire cette musique et avoir une famille. Alors j’essaie d’y travailler de la meilleure manière que je puisse.

La majorité de tes albums sont produits par Ant. Lui et Slug ont rencontré un succès incroyable avec leur dernier album (Paint That Shit Gold and Life Will Give You Lemons), avec à la clé des chiffres effarants pour un groupe indé. Une réaction?

Ces mecs-là sont mes mentors. Ils sont franchement talentueux, doués mais ils sont surtout parmi tous ceux que je connais le véritable exemple de ce qu’on peut faire de mieux avec ce qu’on a. Ce sont les personnes les plus appliquées et méticuleuses que j’ai vu dans le monde de la musique et ils continuent de progresser, dépasser et cultiver leur art et leur business. Aussi durement que moi et les autres artistes de RhymeSayers Entertainment nous sommes battus pour nos moyens, les Atmosphere ont posé pour nous la plupart des fondements. La réalité, c’est que notre label vit en partie parce que les Atmosphere se sont accordés à donner de leur temps et de leur énergie et de leurs dollars pour le reste d’entre nous.

The Truth Is Here est le 2e EP dans ta discographie, et il est aussi entièrement produit par Ant. Il contient pas mal de nouvelles prods très variées (j’aime beaucoup la vibe jazzy). Comment tu travailles avec lui, comment fonctionne votre alchimie?

Ça change au fil des ans. J’ai commencé par apporter mes textes chez lui et essayé de trouver la musique qui correspondait avec ce que j’ai écrit. Ensuite j’ai commencé à ramener ses sons chez moi et écrire les morceaux sur le beat. Avec le temps, j’ai commencé à me rendre à son domicile sans rien avec seulement des idées et pour écouter des beats jusqu’à ce que j’entende quelque chose qui me fasse remuer et que j’écrive les chansons sur le tas. Ant me motive et c’est exactement ce dont j’ai besoin la plupart du temps.

Tes textes sont réputés pour être narratifs, réalistes, des fois avec un message politique derrière. Je devine bien que tu puises des informations et l’inspiration dans la vie de tous les jours mais à quoi penses-tu quand tu écris tes histoires ou faire en sorte que tes couplets soient les plus vrais possibles, comment si ‘on écoutait un livre’? Je sais bien que c’est un don mais je veux connaître la magie lol

J’essaie simplement de vous montrer ce que j’estime être intéressant ou captivant, les choses qui me rendent enthousiastes ou les choses qui me dépriment. Je fais des chansons sur toutes ces choses. Ça m’arrivait avant et encore maintenant de raconter des conneries dans mes morceaux parce que c’est une partie de ma personnalité que je ne veux pas laisser de côté. Je n’ai pas envie de donner l’impression d’être un mec hyper sérieux tout le temps. Je suis marrant et je peux être un trou du cul de temps en temps.

J’ai appris que ton prochain LP (Street Preacher) sera aussi produit par Ant. Mais est-ce que tu incorporeras des beats de ton collègue de label, Jake One? T’en penses quoi de ses prods?

Je pense que Jake est ‘the shit’. Il est l’un des meilleurs à faire de la prod en ce moment et c’est aussi un très bon gars. Vu que l’album est à moitié fait et que tout est de Ant, Ant sera défintivement le producteur éxécutif du projet mais on a discuté le fait d’inclure des sons de Jake. On n’en a pas encore fait le tour de la question, on verra bien. Ça dépendra vraiment de ce qu’on sent de quoi l’album a besoin et si ça permet poser les bonnes pièces sur la bonne musique.

Quels sont les autres producteurs avec qui tu souhaiterais travailler dans le futur?

?uestlove. C’est le seul.

Tous tes albums sont solides et acclamés par la critique. Sens-tu de la pression pendant la préparation de ton nouvel album?

Ma propre pression sur moi-même est plus forte que toutes celles que l’on pourrait me mettre. Et je la ressens fortement. C’est pourquoi ma productivité n’est pas élevée autant que je l’aimerai, je coince des fois. Je dois juste faire avec.

Beaucoup de gens disent que le hip-hop est dans un état critique aujourd’hui. D’après toi, quels sont les derniers vrais lyricistes (à part toi bien sûr) en activité durant cette décennie. Qui ou qu’est-ce qui peut sauver la culture hip-hop ?

Le Hip-Hop n’a pas besoin d’un sauvetage. Le Hip-Hop est ce qu’il est. Ce dont je m’aperçois, c’est que ça a évolué de tellement de façons différentes que c’est compliqué d’aller plus vite que la musique. Les gens qui ont évolué au sein du Hip Hop depuis longtemps sont habitués à sa diversité intrinsèque. J’ai grandi en écoutant du gangsta shit comme NWA et du son revendicateur comme Public Enemy et des trucs du style ‘happy rap’ comme appelait ça Bernie Mac (Heavy D & The Boys par exemple). J’aime de tout et tout était hip-hop pour moi. Maintenant c’est ramifié et c’est parti vers des délires qui n’ont parfois pas de sens pour moi mais ce n’est pas à moi de dire « ce n’est pas Hip Hop ». Cette évolution est un signe que le hip hop se porte bien. Je pense que ce sont les nouveaux dans le rap, qui s’identifient vraiment à fond dans un de ces sous-genres de musique, qui jugent les autres genres de rap comme étant « mauvais » pour le Hip Hop. Du calme. Ces choses-là se passaient bien avant que certains d’entre nous en connaissaient l’existence. Des fois il vaut mieux écouter que parler.

Lire la chronique de The Truth is Here EP.

1) Real As Can Be » narrates the story of you coming back from a long tour and how does it feel to be home. The last two years was probably the most successful of your career. But can you tell us how did you experience this tour alongside two hip hop legends like Ghostface and Rakim ?

It was truly a blessing. That was actually the second tour I was able to do with Rakim and for that one I was on his bus traveling with him and his family. Rakim is literally one of the greatest MC’s there will ever be.  From age 11 until about age 19 I memorized every word this man said on record. My room use to be covered in rap posters as a kid and so I had his pitcure on my wall. I learned a lot from just seeing him perform his songs all these years later. He came from such a sincere place back then and so he’s able to perform those classic songs and they still make sense because they’re who he is as a person.

Ghost is another cat who I’ve always loved but my admiration for him actually has grown over time. He’s evolved so much as a musician and as a business person. He runs his crew like a family and over the course of that month we were working and traveling the country together their family kind of pulled me in. Ghost’s always travels with his two artists (shout out Sean Wiggs and Trife Da God) and cats from the neighborhood whom he’s given jobs to help them take care of their families.

2) The success you lived through the critical and commercial success of The Undisputed Truth and during all your shows, do you see all those things like a revenge on your past life (suffering from the discrimination because of your color of skin, divorce, etc…)?

The life I have now is possible because life’s challenges trained me for this. I have my faith in Islam that’s taught me certain principals that I hold dear. The Qur’an says “People will have nothing in this life except what they strive and struggle for. And the results of their striving will soon be seen.” Patient perseverance has been a driving force for me. I’ve always known I was here to make this music and have a family. So I just kept working toward those things the best way I could.

3) Most of your albums are produced by Ant. Him and Slug also met a huge success with their last LP (Paint That Shit Gold and Life Will Give You Lemons), which made amazing selling numbers (more than some major releases). A reaction ?

Those dudes are my mentors. They’re really blessed talented cats but they’re the realest example of making the best of what you have that I’ve ever known.  They’re the most diligent, thorough people I’ve seen in music and they just keep pushing and growing and cultivating their art and business. As hard as me and the other artists on RSE have fought for what we have, there’s a lot of ground work that was laid for us by Atmosphere.  The reality is that our label exits partly because Atmosphere saw fit to invest time and energy and dollers in the rest of us.

4) The Truth Is Here, the second EP of your career, is – also – entirely produded by Ant and contains new material with very versatile productions (I like the jazz vibe in it). How do you work with him, can you tell how function your chemistry

It’s changed over the years. I started by bringing lyrics to his house and trying to find music to match what I had written. Then I started taking his music home and writing the songs to the beat. Eventually I started going to his house with nothing but ideas and listening to beats until I heard something that moved me and writing the songs on the spot. Ant’s pushes me and that’s exactly what I need most of the time.

5) Your texts are known to be narrative, realistic, sometimes with political messages behind it. I guess well that you take informations and your inspiration in everyday life but what are you thinking about when you’re writing stories or other kind of verses to make it as real and true as possible, as if we were ‘listening to a book’ ? I know it’s a gift but I wanna know the magic ! lol

I’m really just trying to show you what I think is interesting or captivating. The things that I get excited about or angry about or depressed about. I make songs out of those things. Every now and then I just talk shit on my records cause that’s a big part of my personality that I don’t want to leave off. I don’t want to give the impression that I’m this serious dude all the time. I’m funny and I can be an asshole from time to time.

6) I’ve learned that your next LP (Street Preacher if my sources are exact) will be also produced by him. But will you put some beats of your labelmate Jake One? What do you thing of his production skills?

I think Jake’s the shit. He’s one of the best doing it right now and he’s a really great dude as well. So far I’m about half way done with the album and it’s all Ant. Ant is definatly the excutive producer of the project but we’ve talked about including some of Jake’s music. We just haven’t got around to it yet. So we’ll see. It’ll really depend on what we feel the album needs and if we can hit the right pieces on the right music.

7) What are the other producers that you wish (or dream) working with in the future?

?estlove. He’s the only one.

8) All of your album were very solid and critically acclaimed. Do you feel some pressure while you’re preparing your new LP?

My own pressure is greater than anything anyone else could ever put on me. But I feel that very strongly. That’s why my output hasn’t been as high as I would like. I bug out about it sometimes. Just got to work through it.

9) Lots of people are saying that Hip-Hop is in a critical state today. According to you, who are the last truest lyricists (besides you of course) alive that were active during this decade ? Who or what can save Hip Hop culture now ?

Hip Hop doesn’t need saving. Hip Hop is what it is. What I’m seeing that that it’s just grown in so many different directions that it’s harder to keep up with. People that have been involved in Hip Hop for a long time are use to it being diverse. I grew up listening to gangsta shit like NWA and righteous shit like Public Enemy and what Bernie Mac called happy rap (Heavy D and those guys). I liked it all and it was all hip hop to me. Now it’s branched off and gone places that don’t always make sense to me but it’s not my place to say “that ain’t Hip Hop”. That growth is a sign that Hip Hop is doing well. I think it’s newcomers to Rap who identify really heavily with one style of music who deem other types of Rap to be what’s “wrong” with Hip Hop. Calm down. This thing was going on long before a lot of us knew it existed. Sometimes it’s better to listen more than you talk.

About the author

Ex-rédacteur/chroniqueur pour Rap2K.com et... biométricien !

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