eminemrelapseGuess who’s back ?!? Son surnom est… Slim Shady ! Nous y voilà enfin, Relapse (qui veut dire “rechute”) est dans les bacs depuis le 17 Mai 2009. C’est la fête ! Le retour d’Eminem a nourri les espoirs de ses Stans en manque ces derniers mois. C’est vrai que le rap game n’est pas pareil sans lui, c’est qu’il nous a manqué le bougre durant ces années d’errance (je reviendrai là-dessus après).

Comme d’habitude, les débats ont commencé à faire rage sur la question de savoir s’il allait réussir son come-back et s’il parviendrait à revenir à son meilleur niveau. Mais qu’est-ce qu’on s’en branle ! C’est officiel, Eminem est là, en bonne santé, avec un cinquième album entièrement prescrit par l’éminent Dr Dre, qui lui a fait soumettre une cure de désintoxication à base de productions haut de gamme.

Toutes les réponses aux questions que vous vous êtes posées, et même celles qui ne vous sont pas venues à l’esprit, se trouvent dans cette sortie événementielle.  Sauf une : quand sortira Detox.

 

Comment est-il revenu. Plutôt se poser une autre question pertinente : pourquoi a-t-il pris une si longue pause. On se rappelle comment il a subi la polémique autour d’une vieille K7 sur laquelle il portait des propos racistes et mysogynes sur fond de beefs avec The Source, comment il était tombé dans l’ exagération et l’autocaricature avec Encore (qui a reçu des critiques excessivement contrastées), comment il a subitement annulé sa tournée européenne du Anger Management Tour en 2005 pour être devenu accroc aux somnifs. Et comment oublier son souhait d’arrêter le rap pour s’établir en tant que producteur, cette série de mauvaises nouvelles ponctuée par la sortie de son best-of comme pour mettre  sa carrière de MC sur pause.

Ce n’était que le début d’une série noire, pour ne pas dire une descente aux enfers. Il se remarie avec Kim, la femme qu’il haïssait de toute son âme, celle qu’il aimait à vomir, celle qui dans son imaginaire a fini bâillonnée dans un coffre. Il perd un ami très cher, la personne qui l’a introduit dans le hip-hop, Proof, pilier des D12. Son remariage est un fiasco, il divorce au bout de trois mois seulement, la plaignante arguant le fait que son mari de rappeur sombre dangereusement dans la drogue et les médicaments (Valium, cocktail d’anti-dépresseurs, etc…). Et dans une dépression abyssale. L’année dernière encore, la rumeur le disait devenu obèse et la presse s’en amusait. En 2002, Eminem était devenu parfaitement sobre et il a replongé dedans la tête la première quand tout allait mal pour lui. Plus dure est la rechute.

Dire qu’en 2006 on avait aperçu la tête blonde peroxydée sur la mixtape The Re-Up, dont était extrait  « You Don’t Know », et en featuring sur « Smack That » de Akon. Il avait également produit Second Rounds On Me de son protégé Obie Trice. Un flop retentissant. Sans parler de Stat Quo à qui on n’a pas donné sa chance alors que l’album était prêt. La situation chez Shady Records devenait bien terne.

Psychologiquement détruit, mal en point physiquement, Eminem se devait de remonter le puits dans lequel il s’est enfoncé. Tant bien que mal, il repenchait vers son autre addiction : le hip hop. Avec son équipe Jeff Bass et Luis Resto, Em planchait dans la plus grande discrétion sur un nouvel album, quand tout le monde n’y voyait là qu’une rumeur plausible (qui a trouvé le nom deKing Mathers au fait?). C’est là qu’il retourne voir son médecin traitant à la rentrée 2008. Alors que Dr Dre travaillait comme un acharné au perfectionnisme d’horloger sur Detox, celui-ci a pris congé de son interminable projet et prodigué ses nouveaux traitements médicaux sur le plus fêlé de ses artistes. Pis merde, je ne vais pas raconter sa vie alors que sa biographie The Way I Am est sortie il y a pas longtemps.

Quelques mois plus tard, badaboum, devine qui déboule dans un clip plein de boules : Eminem avec « We Made You », satyre acide sur le star system dans laquelle Jessica Simpson, Lindsay Lohan, Amy Winehouse en prennent pour leur grade. Oh, vous n’avez pas remarqué ? Il a sa couleur de cheveux naturel. L’eau oxygénée c’est mauvais pour le cuir chevelu. Maintenant ça y est,Relapse est disponible en pharmacie sans ordonnance et on dépasserai bien les deux écoutes par jour.

 

Une fois sorti le CD de sa boîte comme indiqué, on peut y apercevoir les gélules à l’intérieur. Marrant ça. L’artwork est assez parlante et parfaitement cohérente avec le contenu, qui l’est tout du long de la première consultation avec Dr West à l’outro finale où Eminem nous fait un numéro de claquette en parodiant « We Made You ». Le bon docteur a été exceptionnellement généreux avec la personne qu’il a sauvé il y a dix ans, puisqu’il produit tout l’album avec son équipe de chercheurs (Mark Batson, Dawaun Parker, Mike Elizondo…) pour qu’Eminem puisse se concentrer uniquement sur l’écriture et le flow. Dr Dre produire un album intégralement depuis Death Row, ça se compte sur les doigts d’une moufle (Doggystyle,…).

Comme à chaque fois qu’il émerge de la drogue, c’est l’alter-ego diabolique Slim Shady qui refait surface. Ses doses de médicaments lui sont prescrits toutes les nuits à « 3 AM », une fiction cauchemardesque où notre démon psychopathe s’échappe d’un asile. Un véritable thriller psychologique emmené par la maestria de Dre, ce morceau pourrait être une musique de film tellement l’ambiance est prenante. Personne ne peut le blâmer d’être dans un sale état, après tout, c’est comme s’il était déjà drogué depuis le cordon ombilical. Nique sa mère pour la Nième fois, comment il s’en moque de sa génitrice sur « My Mom ». Allez, sans rancune. 

À tout ceux qui ont cru qu’Eminem a perdu de son génie, qu’il ne balance plus assez de punchlines, que Dr Dre a perdu sa touche magique, ils peuvent se mettre le doigt dans l’oeil jusqu’au cerveau. Avec « Insane », aucune critique ne l’atteindra. Flow impressionnant, des textes insoutenables décrivant un beau-père pédophile et homosexuel qui perturbe la jeunesse d’un garçon et l’instrumental de Dr Dre qui grimpe en intensité. Quelques pistes plus loin, « Medecine Ball » redonne un coup de jus en narguant les haters dont il s’amuse, avec en prime une imitation grotesque de Christopher Reeves, l’acteur de Superman qui a fini tétraplégique et tragiquement décédé. Eminem joue une toute autre provocation, il ne pouvait plus à 37 ans faire sans cesse son délire white-trash qui a traumatisé des millions de gens avec The Slim Shady LP. Le duo Eminem/Dre lâchent d’autres bombes comme « Bagpipes From Bagdad » et ses airs orientaux enivrants, laissant avec un certain jmenfoutisme une pique à Nick Cannon et Mariah Carey. Et oui, personne n’a oublié qui était Slim Shady mais il se sent obligé de se présenter à nouveau avec « Hello ».

Hop, un viol d’auto-stoppeuse en guise d’interlude. C’est le moment de faire un point sur la production de Relapse par Dr Dre, qui arbore une mini-révolution. Quelqu’un de bouché ne verrait pas de différences entre son travail sur Big Bang de Busta Rhymes etKingdom Come de Jay-Z parce qu’il utilise les instruments classiques : piano, guitares et violons en majorité. En tendant bien l’oreille, on se rend compte de l’incroyable pointillisme aigu et la précision chirurgicale de ce forcené. Jamais des productions de rap ont atteint un tel niveau de finition, jamais. Et si ses nouveaus drumkits ont tendance à alléger ses beats, c’est pour mieux en exploiter leur puissance. Je ne ferai pas tant d’éloge si je n’avais pas fait preuve d’un certain pessimisme avant la sortie de ce disque. Je suis autant abasourdi par ce travail méticuleux que les variations de flow d’Eminem, simplement époustouflant. 

« Same Song & Dance » et ses voix spectrales captent illico notre attention dans cette ambiance profondément mélancolique et brumeuse. Ce titre contraste fortement avec le jouasse « We Made You », qui arrive à nous faire oublier le honteux « Just Lose It ». Certes, Eminem qui se moque du monde sur une musique rap populaire, ce n’est pas l’idée de l’année mais ça fait plaisir de le voir faire la besogne avec autant de plaisir sadique. Après le terrible « Medecine Ball », Paul Rosenberg laisse un message sur le répondeur. Il n’est pas content, pour changer. Puis c’est reparti pour une démonstration de flow avec « Stay Wide Awake », un morceau qui fait froid dans le dos pour parler du monde qui nous entoure. Mais Eminem et Dr Dre réchauffent l’ambiance en deux temps trois couplets avec « Old Time Sake », un morceau qui fait littéralement déboîter la nuque, au nom du bon vieux temps. Pas hyper original mais ultra efficace, c’est tout ce qu’on demande. Ce n’est pas comme « Must Be The Ganja » qui perpétue le grand frisson côté instru mais n’exploite pas franchement les capacités lyricales de notre MC. 

On pourra reprocher à Relapse d’avoir un air de « Deja Vu », mais ces titres répondent au concept de l’album, celle d’une personne qui retombe dans la drogue encore pire qu’avant et dont les dégâts furent catastrophiques sur sa vie de star du rap. C’est la rare fois aussi où le rappeur fait occurrence de la perte de Proof. Si vous voulez savoir pourquoi il ne lui a pas écrit de morceau, c’est écrit sur la dernière page du livret : il lui dédie cet album. Ce n’est rien de dire qu’Eminem revient de loin, et quand il parle du dégoût que ça lui provoque de revivre ce calvaire, ça en dit long sur l’évolution de la mentalité de Slim Shady. Ce n’est plus le même, beaucoup plus introspectif, un trait personnel qui a fait le succès de Marshall Mathers LP. Et comme quelque chose qui tombe pile au bon moment, il y a cette magnifique chanson qui s’appelle « Beautiful », c’est écrit dessus. C’est très fort, mélancolique, il chante même le refrain. Changement de trip avec « Crack A Bottle » en compagnie de Dre (à qui il a écrit les textes) et 50 Cent qui a perdu son flow. Il fait office de figurant. Ce n’était pas le meilleur morceau (bootlégué en plus) pour mettre en valeur l’album mais le succès inattendu de ce single a étouffé tous les sarcasmes des détracteurs en se classant directement numéro 1 des ventes dès sa semaine de commercialisation. C’était très significatif de l’imminent fat come-back de Slim.

La tension omniprésente de l’album se poursuit jusqu’à l’entrevue avec Steve Berman. C’est chaud, la dernière fois qu’ils se sont croisés sur Encore, Eminem lui a tiré desuss mais Steve s’en est tiré en perdant l’usage de son bras. On en tire une information capitale de cet interlude hilarant (Eminem échappe un « Jesus Christ ») : il y aura un Relapse 2.  A peine le temps de prendre conscience de la nouvelle que survient l’apothéose finale, « Underground ». Du grand Eminem, sur un titre très scénique et symphonique. Pas de doute, Dr Dre est devenu un chef d’orchestre.

 

C’est le monde à l’envers aux States : l’un des meilleurs rappeurs est blanc et le président est métis. Et c’est une très bonne chose. Eminem fait son job en nous injectant une piqûre de rappel : le monde marche sur la tête. Relapse est un très bon album d’Eminem, l’achimie opère à nouveau avec Dr Dre. Ce qui est fortement encourageant, ce sont les chiffres de ventes dès la première semaine : + de 600 000 copies vendues rien qu’aux Etats-Unis. Faire le classement par rapport à ses anciens albums ? À quoi ça sert ? Beaucoup de gens s’attendaient à un Slim Shady ultra-provocateur, trash et prêt à en découdre avec ses ennemis, ils se sont trompés, et moi avec. Autre temps, autre moeurs, le personnage s’est assagi et a pris de la profondeur, avec un discours plus intelligent encore susceptible de choquer les coeurs chastes, au point de s’auto-critiquer durement sur son être par rapport à ce qu’il a traversé. L’album traverse un léger creux en milieu de partie, soit, Eminem suit sa thérapie avec un extrême sérieux. Reste à savoir quand interviendra sa seconde phase de rechute.

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Ex-rédacteur/chroniqueur pour Rap2K.com et... biométricien !

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