A votre avis, qu’est-ce qu’il se serait passé si les rappeurs étaient apparus vers la fin des années 50 ? On avait déjà une idée de la chose avec la BO néorétro d’Idlewild des Outkast mais le retour en force de la musique soul populaire des sixties (à vrai dire se situant dans un intervalle entre les années 50 et 70) est devenue furieusement trendy depuis l’immense succès d’une certaine anglaise du nom d’Amy Winehouse et de son producteur fétiche Mark Ronson, puis plus récemment avec The Way I See It de Raphael Saadiq. Mais pour répondre concrètement à ma question un tantinet farfelue, il faut se pencher The Lonely Ones, le nouvel album du MC underground californien Aceyalone.

Là, je suis à peu près certain que vous avez du mal imaginer qu’une telle chose puisse se produire réellement, ou alors vous vous dites que ça doit être bizarroïde d’entendre un mélange entre Hip Hop et Be-bop, Doo-wop, Rockabilly… Grâce à Aceyalone & The Lonely Ones (Decon/Modulor), ce concept musical totalement anachronique n’est pas pure science-fiction mais une possibilité loin d’être contre-nature. Après tout, ces courants musicaux qui remplissaient les jukebox à 45 tours du milieu du 20e siècle sont comme les arrières-grands-parents du rap. Donc c’est un peu comme si on rappait par-dessus des vieux vinyles du grenier à papy et mamy (pourvu qu’ils en écoutaient dans leur jeunesse). Pour réaliser ce paradoxe temporel (qui ne risque pas de détruire le continuum espace-temps comme l’aurait fustigé Doc Brown), Ace1 s’est entouré de tout un groupe de musiciens, The Lonely Ones, pour donner un effet live, et ce dès l’introduction présentant l’album. 

De « The Lonely Ones » à « Push N Pull », on vit clairement dans une époque révolue où l’on n’existait même pas à l’état de gamète. Nulle part on ne retrouve une once de modernisme, le son est extrêmement rétro, si ce n’est le fait que la personne derrière le microphone ne chante pas, il rappe. Le Slam non plus n’était pas au stade d’embryon en ce temps-là. Sur ce CD rempli d’enregistrements acoustiques, il y a l’âme d’un James Brown dans le tonique « Can’t Hold Back », du bon vieux rock sur « Power to the People » (que les Public Enemy n’aurait pas refusé de sampler) ou encore du Blues entraînant avec « To The Top (remix) ». De quoi transformer une petite salle de concert en bal de promo méga old school. Le plus étonnant dans cette histoire appartenant au siècle passé, c’est que le flow d’Aceyalone s’adapte au rythme mené par le batteur, tantôt effrénés (« The Way It Was », « On The 1 »), tantôt candides, dans tous les cas dansants à souhait. S’il le faut, il chantonne légèrement pour suivre l’air du morceau, mais ce sont Treazure Davis et Bionik qui s’en occupent admirablement bien, bien qu’on retrouve un timbre de voix gospel proche de Cee-Lo chez Bionik, frappant lorsqu’on écoute – non sans remuer le haut du corps – « Workin Man Blues ».

Pour un peu, il manquerait juste le bruit parasite du vinyle pour que le tour de magie soit plus spectaculaire.

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Ex-rédacteur/chroniqueur pour Rap2K.com et... biométricien !

  • Count Bass D et Insight racontent leur projet “The Risk Takers”
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