Lundi 15 février 1999 vers 20h30, au 45 West de la 139e rue (appelée aussi Dangerzone) , dans le quartier d’Harlem à New York, Lamont Coleman est abattu de neuf balles reçues pour la plupart dans la poitrine et la tête. Pour ajouter à la barbarie de cet acte, le tueur s’était approché du corps au sol pour y tirer à plusieurs reprises en pleine tête. Le but était d’éviter que les funérailles ne se fassent à cercueil ouvert, pour bien laisser passer un message clair de la part du meurtrier. La victime, Lamont Coleman était connue dans le milieu du hip-hop new yorkais sous le nom de Big L. Aujourd’hui ce nom raisonne comme une légende. Combien de concerts ou de soirées animées par des gloires du hip-hop ou des passionnés plus confidentiels, ont été  ambiancées par le célèbre morceau de Gangstarr “Full Clip” avec sa célèbre première phrase d’intro “Big L rest in peace”, à laquelle le public répondait en levant une main en l’air avec les doigts en forme de “L” ? Enormément depuis dix ans. Dix ans, en effet jour pour jour, que Big L était abattu à l’endroit même où il a appris, dans sa jeunesse à rapper en regardant les plus grands faire. Dix ans plus tard, comme pour ses tristes prédécesseurs que sont 2 Pac et Notorious B.I.G, le meurtrier court toujours. Le principal suspect, Gerald Woodley, a purgé une peine de prison pour trafic de drogue, mais est aujourd’hui libre à cause du manque de preuve contre lui. Ce dernier était un ami d’enfance des deux frères de Big L, qui étaient en prison lors du meurtre. Il semble que le meurtre de leur petit-frère était un message à leur encontre et Big Lee en particulier. La théorie que Big L ait été confondu avec ce dernier reste d’actualité.

Pourquoi vous parlez de Big L en particulier alors que si on y regarde bien, tant d’acteurs du milieu hip-hop sont morts dans les mêmes circonstances tragiques. Tout simplement parce que Big L était un des plus talentueux MC de sa génération alliant parfaitement des lyrics percutants et une technique de flow aiguisée à l’extrême. biglIl faut dire que si certains rappeurs sont passés par l’école de la rue avant de faire carrière, Big L lui s’est perfectionné à l’école de battles. Il reste le recordman de victoire en battle MC sur la décennie 1990 à New York. C’est là qu’il a appris à transposer son sens de l’humour et de la vanne en texte pour défaire ses adversaires. Ce bagage il va le travailler pour devenir un des punchliners les plus reconnus du hip-hop. On peut penser à certaines petites phases comme “Everybody wanna be like Mike but Mike wanna be like L” (Tout le monde veut être comme Mike (Michael Jordan) mais Mike veut être comme L” , “Other MC’s ain’t got a chance at all, Cause Big L Corleone is to advanced for y’all” (Les autres MC’s n’ont pas du tout de chance parce que Big L Corleone est trop avancé pour eux). Ou enfin “What’s this motherfuckin rap game without L?/Yo, that’s like jewels without ice/That’s like China without rice/or the Holy Bible without Christ/or the Bulls without Mike/or crackheads without pipes” (Qu’est ce que ce putain de rap game sans L ? C’est comme des bijoux sans ice, la Chine sans riz, ou la Bible sans le Christ, ou les Bulls sans Mike, ou les fumeurs de crack sans leur pipes”. Plein de punchlines et des phases qui laissaient entrevoir un niveau impressionnant. En témoigne le freestyle qui figure sur l’album The Big Picture. Il aussi réussi à maîtriser l’art du storytelling (raconter des histoires) comme par exemple sur le morceau “The Heist”. C’est surtout l’énergie mise dans chaque couplet qui était remarquable tout comme ses accélérations fulgurantes. Il semblait peu plausible d’entendre Big L rapper lentement. Sûrement une caractéristique qui avait fait dresser plus d’une oreille. Surtout celle de Jay-Z et Damon Dash qui souhaitait le faire venir sur Roc-A-Fella. Il devait y signer un contrat et y former un groupe avec ses protégés Mc Gruff et C-Town et surtout Jay-Z. Le nom de ce groupe devait être Wolfpack. Les négociations n’avaient pourtant pas été facile puisqu’au début Damon Dash ne souhaitait pas faire signer Mc Gruff et C-Town qui étaient déjà sur Flamboyant Ent. le label que Big L avait fondé lui-même.

b00000294r01_sclzzzzzzz_C’est pourtant chez un disquaire appelé Rockin’ Wills, que tout va commencer et qu’il va rencontrer Lord Finesse. Cette rencontre va lancer sa carrière. Il va assez tôt intégrer un crew devenu légendaire le DITC (Diggin’ in the Crates) composé de Lord Finesse, Diamond D, Showbiz & A.G., O.C., Fat Joe et Buckwild. C’est sur le maxi de Lord Finesse qu’il débuta avec le remix du titre “Yes, You May”. Un peu plus tard il signe chez Columbia pour sortir son album “Lifestylez ov da poor and dangerous”. La plupart des douze titres sont produits par Lord Finesse et Buckwild en plus de quelques contributions de Showbiz et de Craig Boogie. En ce qui concerne les featurings on retrouve Kid Capri, Lord Finesse, Microphone Nut, Party-Arty, Y.U., Cam’ron mais surtout un autre MC qui fait alors son trou dans l’underground, un certain Jay-Z qui, comme on l’a vu, ne l’a pas oublié plus tard. Cet album n’aura pas le succès escompté à cause d’un manque de promotion bien qu’il soit arrivé 149e au top 200 du Billboard. Juste après Big L va tenter de monter un groupe avec trois amis à lui. Le premier est Cam’ron, le deuxième est son cousin Bloodshed et le dernier est Murda Mase qui aura fait l’essentiel de sa carrière sous le pseudo de Ma$e. Là encore les choses ne se passeront pas comme prévu pour ce groupe appelé C.O.C, puisque Bloodshed va trouver la mort dans un accident de la route. Big L se retrouve donc seul, puisque Cam’ron et Ma$e tentent de faire décoller leur carrière de basketteur professionnel. De plus il refuse les orientations artistiques qu’on lui propose chez Columbia. Il quitte alors la maison de disque et pense même arrêter le rap.

3026080

Très vite il redécolle pour rentrer en studio avec le DITC pour enregistrer l’album Worldwide où il figure sur trois morceaux “Thick”, “Day One” et “Tha Enemy”. Il partira ensuite en tournée mondiale avec le crew tout en gérant sa structure Flamboyant Ent. . En rentrant de cette tournée il se lance dans l’élaboration de son deuxième effort solo The Big Picture. big-l-big-picture-albumC’est pendant ce processus qu’il sera tué. Il sera donc fini par ses proches et deviendra le premier et le seul, jusqu’à aujourd’hui, album posthume de Big L. On retrouve DJ Premier, Pete Rock, Lord Finesse ou Ron Browz (pas encore autotuné) derrière la console et 2 Pac, Fat Joe, Kool G Rap, Big Daddy Kane et plein d’autres derrière le micro. Un succès total qui fera disque d’or avec plus de 600 000 copies vendues en un mois. Cela prouve surtout la reconnaissance et la notoriété qu’a acquis Big L au fur et à mesure de sa courte carrière. On ne peut toutefois pas vraiment imaginé ce que sa carrière serait devenue sans ce drame. Aurait-il eu les déboires des ses amis Cam’ron et Ma$e ? Aurait-il été happé avec certains collègues du DITC par les courants musicaux du Sud au point de perdre une grande partie de son public ? Serait-il devenu la tête d’affiche de Roc-A-Fella ou un lieutenant de Jay-z constamment dans l’ombre à l’image de Memphis Bleek ? Tant de questions qui finalement n’ont que peu d’importance.

Il semble que le deuxième album posthume soit complètement à l’arrêt. Le projet commun de Lord Finesse et DJ Premier pour ressuscité une nouvelle fois Big L a pris du plomb dans l’aile depuis la mort de la mère de Big L selon les dires de Lord Finesse. Le titre avancé était The Real Legends Never Die mais personne vraiment sait aujourd’hui si ce projet sortira un jour. Peut-être les morceaux prévus pour Roc-A-Fella seront partie intégrante du projet. Là encore, Lord Finesse nous avouait en juin dernier qu’ils étaient d’excellente qualité. En attendant, Big L laisse derrière lui des classiques du genre comme “Put it On,” “Let ‘Em Have it L,” “Platinum Plus”, “Tha Enemy “ou encore “MVP“. qui n’ont pas fini de chauffer les platines des dj’s du monde entier et de faire vibrer les boomers. Il reste aussi un MC d’un niveau presque jamais atteint par ses nombreux successeurs, en particulier dans le quartier d’Harlem, où son portrait est encore sur quelques façades d’immeubles pour observer d’un oeil bienveillant les apprentis MC’s qui ont grandit dans le sillage sa légende.

Big L repose en paix

Peace

Adrien aka Big Ad -Streetblogger.fr (votre serviteur)-

About the author

Adrien AkA Big Ad, Streetblogger (votre serviteur)

    1 Comment. Leave your Comment right now:

    1. by R.I.P. L

      R.I.P. A CETTE LEGENDE DU RAP!
      UN DES PLUS GRAND M.C
      IL A SU MARQUER SON TEMPS EN SI PEU DE TEMPS
      NIVEAU TECHNIQUE IL BATTAIT MEME SES PERES
      RESPECT

    Leave a Reply

    Your email address will not be published.

    You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>