“La vérité n’est qu’un point de vue selon l’angle de tir” (ndlr : Mauvais Oeil dans le périmètre Mac Tyer f/ Mr Toma) est un phrase qui pourrait très bien résumé Tropa de Elite. Ce film brésilien prend en effet le point de vue, peu utilisé jusque là, de la police qui intervient dans les favelas. Cependant ce n’est pas de n’importe quelle section dont il s’agit. Le film de José Padilha et James d’Arcy, se place dans la peau de membres du BOPE qui est l’équipe d’élite d’intervention de la police militaire brésilienne dans les favelas.  Cette équipe d’intervention qui existe réellement est connue pour ne pas faire de cadeaux aux membres des gangs en menant une véritable guerre comme il est précisé tout au long du film.

18966056_w434_h_q80Il semble d’ailleurs que la réputation de cette équipe et de la police brésilienne ait rebuté les critiques qui n’ont délibérement pas accepté que ce film remporte l’Ours d’or au dernier festival de Berlin au nez et à la barbe de There Will Be Blood et de l’immense Daniel Day-Lewis. Certains sont mêmes allés jusqu’à parlé d’un film “fasciste” et la moitié des journalistes avaient quitté la salle lors de sa projection à Berlin ! En France, le film qui a été un succès monumental au Brésil, a été distribué au compte-goutte dans quelques dizaines de salles obscures. Toujours est il que ce film est très intéressant à plus d’un titre.

Son histoire permet de pouvoir observer plusieurs points de vue. Le seul qui n’est pas approfondi est celui des habitants des favelas et des raisons de l’engagement de certains dans les gangs car là n’est pas le propos du film. Le film se déroule surtout autour du captaine Nascimento, membre du Bope. Celui-ci, à qui on confie la mission de nettoyer une favela de ses criminels pour préparer la visite du pape à Rio sent une faille en lui. Alors que sa femme est sur le point d’accoucher, il sent qu’il n’est plus capable de gérer le stress des missions et surtout d’alterner entre des comportements de mari aimant à la ville et de policier ultra-violent en mission. Il cherche donc un remplaçant et va jeter son dévolu sur deux amis d’enfance, Neto et Matias. L’un à pour lui une excellente efficacité dans l’action, l’autre est très intelligent et surtout très attaché à des idéaux. Des qualités nécessaires pour prendre son poste.

Matias

Matias

Tous ces personnages sont confrontés à des situations qui permettent de bien mettre en lumière leurs contradictions et qui est loin de montrer la police militaire de Rio comme un réservoir de héros. Il est clair que les méthodes employées face aux membres de gangs présumés dépassent les limites. Plusieurs fois on se croirait en pleine guerre avec des scènes de tortures assez dures. Le BOPE ne fait pas de cadeaux aux membres des gangs qui ne leur en font pas non plus. Sur ce point le film persiste et signe, c’est bien d’une situation de guerre qu’il est question. Autre ombre au tableau, la corruption qui gangrène cette police jusqu’au plus hauts échelons de la hiérarchie. Sur ce point loin là, le film ne laisse là non plus planer aucun doute. C’est en partie en développant ses sujets des méthodes et des comportements policiers que le film se rend intéressant et crédible. Les réalisateurs ont aussi voulu développer la vision d’une certaine classe sociale aisée incarnée ici par des étudiants. Leurs a priori sur la police et les habitants des favelas sont aussi durement dénoncés. Leur esprit bien-pensant voyant d’un côté oppresseur contre opprimé est mis à mal par l’intrigue de ce film qui tente de voir cette problématique plus en profondeur.

Neto tenant en joug un suspect

Neto tenant en joug un suspect

tropa

Le capitaine Nascimento

Tout ce contexte sert à mettre en exergue les trois personnages principaux et leur cheminement individuel. Le capitaine Nascimento qui prend peur de mourir et devenir un autre homme au fur et à mesure que ses responsabilités familiales augmentent. Neto qui n’arrive pas à maîtriser sa fougue. Matias qui tentent de se faire accepter aussi bien dans la police que dans le milieu étudiant sans faillir à ses principes. A travers l’entraînement qu’ils vont subir pour rentrer dans le Bope en plus des évènements qui vont leur arriver en dehors, Neto et Matias vont changé. C’est ce changement humain qui pousse les policiers à devenir violent qu’a voulu dénoncer principalement José Padilha. L’impression d’un parallèle avec les circonstances qui poussent les jeunes des favelas à rentrer dans les gangs se dessinent alors en filligrane et la violence qui résulte de cette confrontation semble fatalement logique.


A mieux y voir, Tropa de Elite ne rompt finalement pas tant que ça avec les derniers films brésiliens sur le sujet des favelas et de la confrontation entre gangs et police, souvent vus du côté des habitants des favelas. Il n’y dans ce film aucune glorification de la police mais plutôt une volonté de décrire plusieurs réalités qui ont cours au Brésil. Il tente d’aller au-delà de la stigmatisation sur plusieurs sujets importants et c’est cela qui en fait un film à regarder avec attention. La réalisation assez énergique et assez costaud pour les scènes d’actions ajoutent un rythme soutenu à cette histoire étalée en plusieurs chapitres. Dommage qu’il soit encore assez difficile de se le procurer ici.

Peace

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