Beaucoup connaissent PaceWon en tant que pilier des Outsidaz, le super-groupe du New Jersey qui a cartonné vers les années 2000, mais on ne connaît mal PaceWon en tant que rappeur solo. Pourtant sa carrière semble avoir rebondi en 2008 avec l’excellentissime The Only Color That Matters Is Green avec Mr Green et le disque de son crew la TeamWon Inc, sorti fin Janvier chez Ascetic Music (plus d’infos sur www.asceticmusic.com). Pour en savoir plus sur ce projet franco-américain, j’ai envoyé mes questions à Amine d’Ascetic qui, avec son frère Lotfi, m’ont rendu (et parfaitement retranscrit) cette interview très intéressante, où Pace Won revient sur ses débuts, nous parle de ses projets et de sa brouille avec Eminem. Très bonne lecture à vous tous !

Peux-tu nous faire un petit récapitulatif de ta carrière ?

Tout a commencé en 91 dans le New Jersey avec mon groupe The Outsidaz. Les choses ont vraiment pris en forme en 95 lorsque j’ai posé sur le morceau des Fugees « Cowboys » sorti sur l’album « The Score ». Ca m’a permis de signer un deal solo le 3 Novembre 1997. Je m’en souviens comme si c’était hier, j’ai signé mon premier contrat avec Roc-A-Bloc / Ruffhouse/ Columbia.  J’ai emmené dans mon sillon le groupe qui a lui aussi signé sur Ruffhouse peu après. Nous y avons sorti un EP « Night Life » puis un album « The Bricks ». Nous étions 9, ça n’était pas forcément facile à gérer, le groupe s’est un peu disloqué quand certains ont eu des enfants, d’autres ont déménagé… J’ai alors poursuivi ma carrière solo, j’ai notamment sorti mon album « Won » puis j’ai réalisé l’album avec Teamwon et enfin celui avec Mr Green

Comment la connexion s’est-elle faite avec les Fugees ?

A l’époque j’avais un manager qui s’appelait Guy, je maquettais des morceaux. Il m’a demandé d’aller dans un studio à East Orange, NJ pour enregistrer un nouveau morceau dans un studio du nom de Booga Basement, il savait que c’était le studio des Fugees. J’ai enregistré mon morceau, Wyclef l’a entendu et il m’a demandé d’être sur leur prochain album, la connexion était faite. J’ai ramené Young Zee and Rah Digga avec moi sur le morceau.

Peux-tu nous présenter un peu les membres de Team Won Inc ? 

Tout d’abord il y a mon petit frère Jenz Cypher, il est mon cadet de 6 ou 7 ans. On a toujours fait de la musique ensemble, depuis qu’on est gamin alors le jour où j’ai commencé à faire ça professionnellement, il voulait qu’on sorte un projet ensemble. On a commencé à faire des démos. Pendant que j’étais en tournée européenne avec Morcheeba, j’ai rencontré Lotfi d’Ascetic Music et nous sommes restés en contact. Nous avons parlé de ce projet et ça nous a donné une raison de nous mettre sérieusement au boulot et de faire ce disque. On a décidé d’embarquer avec nous l’ancien DJ des Outsidaz, DJ Muhammed, et on avait des potes qui rappaient bien et qu’on a voulu associer au projet, Rival puis Confucious et G-Smoke. Enfin on a y ajouté aussi un de nos potes de nos débuts qui s’appelle Bee Uno et tout ce beau monde forme Team Won Inc.

Après la séparation des Outsidaz, la logique de groupe était-elle quelque chose qui te manquait ou remonter Team Won Inc a été une démarche naturelle ? 

J’ai toujours aimé être dans un groupe. Outsidaz s’est fini parce qu’une partie d’entre nous avaient des familles, des enfants ou ont déménagé. Nous étions ensemble depuis plus de 10 ans, on a commencé jeune et les directions que nous avons pris dans nos vies n’ont pas forcément été les mêmes. J’ai toujours apprécié l’idée de pouvoir avoir à la fois une carrière en groupe et en solo, d’être dans un cycle de va et vient entre le solo et le groupe pour être productif et sortir régulièrement des disques. Recréer cette atmosphère de groupe avec Team Won Inc a été une démarche très naturelle et peu réfléchie

Penses-tu qu’une reformation des Outsidaz serait possible dans un futur proche ?

On ne s’est jamais quitté parce qu’on ne s’entendait plus, c’était plus une question de circonstances et un groupe à 9 est difficilement viable. On n’est plus vraiment en contact, Ax est à Atlanta, Az-Izz a déménagé à Philadelphie, Yah Lover est allé en Floride puis à Las Vegas. Je crois que si une opportunité financière se présentait, je crois qu’on pourrait refaire quelque chose, en tout cas avec le noyau dur, Young Zee, DU, Rah Digga et moi-même.

Quelle différence dirais-tu qu’il y a entre Pace Won, MC en solo et en groupe ? 

Je n’aborde pas les deux du tout de la même manière. Je ne me considère que comme un maillon de la chaîne en groupe et je ne vais pas traiter mes textes de la même manière, on se réunit et on traite d’un même sujet où chacun ramène sa vision et son point de vue. En solo, je vais être beaucoup plus dans un délire de raconter mon vécu, mes expériences personnelles, aborder cela sous la forme d’un concept ou d’une narration. C’est quelque chose que j’aime beaucoup faire.

Tu es assez prolifique ces derniers temps, entre le projet de Team Won et ton album avec Mr Green « The Only Colors That Matters Is Green ». Tu travailles actuellement sur la suite de cet album, peux-tu nous en dire un peu plus ?

On bosse sur cet album en ce moment, il s’appelle The Only Number That Matter Is Won. Ca fait déjà 7 mois qu’on y travaille. J’ai envie que ce soit un classique, ce sera un album consistant, avec une certaine profondeur et je prends ce disque très au sérieux, je ne veux pas qu’il soit bâclé. Je travaille actuellement aussi sur un autre album avec Team Won et un album solo pour Ascetic Music. Je suis vraiment dans une logique d’être productif et de faire des classiques.

Tu as signé sur le label français Ascetic Music, ce qui est surprenant et une fierté pour nous. Comment est-ce arrivé, es-tu dans une logique de t’imposer à une échelle européenne ?

Comme je le disais, j’ai rencontré Lotfi il y a quelques années d’abord à Londres avec The Outsidaz puis à paris avec Morcheeba, le courant est bien passé entre nous et on a gardé contact. J’ai eu envie de bosser avec Lotfi et Amine d’Ascetic parce que je les sentais investi dans ce qu’ils font. La scène européenne est évidemment très importante et mon but est de faire une musique qui touche le monde entier et ne pas me cantonner au marché américain comme beaucoup d’artistes le font. Je n’ai pas de stratégie particulière, j’ai envie de délivrer mon son à qui veut bien l’entendre et dans le plus d’endroits possibles, voilà mon but premier. Je suis pour l’instant très content en tout cas de ma collaboration avec Ascetic Music et je pense qu’il y aura beaucoup d’autres projets à venir

Tu as lâché quelques morceaux assez féroces contre Eminem alors que vous étiez proches. Peux-tu revenir sur les raisons de tout cela ?

Tout cela est assez simple, j’en veux beaucoup à Em d’avoir explosé et d’avoir oublié ses potes, je l’ai pris comme un manque de respect. Tout a commencé il y a 4 ans, un matin en me réveillant, je me disais que je vivais toujours chez ma mère et je voyais une spéciale Eminem à la télé, il pesait de l’or en barre et nous a tous laissé sur le bord de la route après beaucoup de promesses et de plans foireux, ça m’a mis les nerfs et je me suis dit que j’allais écrire sur le sujet. Quand j’ai rencontré Eminem par le biais de Bizarre, il n’était rien ni personne, il était à fond sur notre rap, on l’a inclus dans notre crew comme un pote et on a été très proches. Le jour où la réussite a frappé a sa porte, il a annoncé bien des choses et rien n’a abouti. Une autre raison qui m’a donné envie de faire ces titres était que tout le monde me parlait de lui et me demandait pourquoi je ne faisais pas des choses avec lui maintenant qu’il avait explosé. Ca a encore plus exacerbé ma colère. Quand on l’a intégré dans Outsidaz, on avait fait un serment… Le premier qui sort son épingle du jeu n’oubliera pas ses potes et les emmènera dans son sillon, ce qu’il n’a pas fait. Si ça avait été mon cas, je peux t’assurer que je ne les aurais pas oubliés. Je ne dis pas qu’il n’a rien fait, j’ai posé sur « The Marshall Mathers LP » à sa demande mais je n’ai finalement pas été sur l’album. Il y avait beaucoup d’invités c’est vrai, Dido, Snoop Dogg, Sticky Fingaz entres autres et Dr Dre lui a dit qu’il y avait trop de monde et qu’il fallait faire du tri. J’ai fait partie du tri et j’en veux à Em de ne pas s’être battu pour que je sois sur l’album. Quand tu as vendu 10 millions de copie de l’album précédent, que tu es boss de Shady Records ne me dis pas que tu ne peux pas décider de garder un de tes vieux potes sur ton disque. Et puis il a annoncé beaucoup de choses, des signatures entre autres et on a jamais rien vu venir.

 

As-tu jamais eu un retour sur le sujet d’Eminem lui-même ? 

Non mais j’en ai discuté quelque fois avec Bizarre et je lui ai expliqué mon point de vue. Il comprenait mes griefs, il m’a dit qu’Em avait entendu quelques uns de mes morceaux contre lui et qu’il était énervé et déçu. Je n’ai plus de nouvelles d’Eminem depuis très longtemps et je doute en avoir et qu’il m’appelle pour discuter de cela.

« I Love Changes » est un morceau que j’ai trouvé assez marrant. Il y a une remarque que j’ai trouvé injuste où tu lui reproches d’avoir imité ton style, ce que je trouve injustifié parce qu’Eminem a un style assez particulier, qui lui est propre…

Son style d’aujourd’hui est bien différent de celui qu’il avait quand il nous a rencontré à l’époque, il ne rappait pas du tout comme cela, mais c’était un MC avec du talent, force est de le reconnaître. Ca n’est pas forcément sur la forme et donc son flow que je faisais cette remarque mais sur le fond. Je suis un punchliner, j’aime jouer avec les mots, les symboliques et son style a beaucoup évolué à mon contact, c’est indéniable pour moi qu’il s’est nourri et inspiré de mon propre style pour construire le sien. Je n’ai pas aimé ses morceaux les plus récents mais c’est un bon rappeur. Il a quand même largement bénéficié d’être le premier vrai rappeur blanc à émerger dans cette industrie. Il y a bien eu Vanilla Ice, les Beastie Boys ou Third Bass mais sa réussite est vraiment différente dans l’histoire du hip-hop de celles des artistes que j’ai cité. Aujourd’hui il n’est plus autant un phénomène isolé, il a ouvert une brèche et il y a des gars comme Asher Roth ou the Flobots qui sont vraiment bons.

 

Un très grand merci à Lotfi et Amine d’Ascetic pour leur implication, vous faites de l’excellent taf ! La version anglaise de l’interview paraîtra plus tard.

 

Et cet album de la TeamWon, ça donne quoi alors ? Du Hip-Hop underground made in Brick City, purement et simplement. On sent que Pace Won et ses potes (Rival aka Rhymeboss, Jenz Cypher, Bee Uno…) ont pris un sérieux plaisir à faire cet album, ça s’entend à leurs lyrics gavés de punchlines et de rimes assassines. Ils sont talentueux les mecs et il y a entre eux une forme de fratrie qui rappelle celle du Wu-Tang des débuts et des Outsidaz évidemment. Les sons sont en partie produits par Pace Won et son jeune frère Jenz, dans un style très traditionnel beat/sample épuré, sans aucuns artifices. La TeamWon revient véritablement aux sources de la musique Hip Hop : un instru, un micro, un style, plusieurs MCs doués qui ont envie d’en découdre le tout dans un très bon état d’esprit. En somme tout ce qu’on aime. Peu de featurings sur ce disque mais pas des moindres : El Da Sensei et D.U. des Outsidaz. Pour info, comme cet album est édité par le label français Ascetic, c’est à Paris que s’est déroulé la séance de mastering ! Retrouvez la version longue de PaceWon presents TeamWon en cliquant ici.

 

Questions de Sagittarius et Amine; Interview faite par Amine et traduction en français de Lotfi. Mini-chronique de Sagittarius. 

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Ex-rédacteur/chroniqueur pour Rap2K.com et... biométricien !

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