Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Vinnie Paz et Stoupe The Enemy of Mankind des Jedi Mind Tricks n’ont pas pour vocation de puiser dans le bon côté de la Force mais se nourrissent de la violence, du chaos et des maux du monde d’aujourd’hui. Leur réputation dans les ténèbres de l’underground n’est plus à faire et en dix années après leur premier LP The Psycho-Social, les JMT (en abrégé) ont pu bâtir un véritable empire sous-terrain grâce notamment à la puissance de Babygrande Records, l’un des plus gros labels indépendants de hip-hop. Je profite de la sortie de leur sixième album A History of Violence (que je développerai à la fin de l’article) pour retracer l’évolution de leur carrière et de l’agrandissement de leur communauté jusque sur nos terres européennes. 

 

Ça, c’est du lourd !

Depuis qu’ils ont posé leurs premiers bâtons de TNT en 1997, la discographie des Jedi Mind Tricks n’a jamais connu de moments de fébrilité, ou alors juste pendant une transition artistique un peu abrupte. On compare volontiers ces tortionnaires originaires de Philladelphie aux M.O.P. pour leurs textes hardcores, le flow brut de décoffrage de Vinnie et les productions de destruction massive de Stoupe. Leurs faits d’arme relatent souvent de guerre, de barbarie et de faits réels tapissés de sang. Les scores de vente parlent en leur faveur puisque leurs disques se vendent en moyenne à plus de 50 000 exemplaires, avec un pic à 75 000 pour leur 5e opus Servants in Heaven, Kings in Hell en 2006, dont étaient extraits les monstrueux « Uncommon Valor, A Vietnam Story » (avec un couplet démoniaque de R.A. The Rugged Man) et le « Heavy Metal Kings » tout aussi énormissime avec Ill Bill.

Mais à la question de savoir quel est leur meilleur album, Violent By Design pointe en tête des sondages, au point que cet album est facilement considéré comme un classique par leur fanbase. Jus Allah a participé à ce chef d’œuvre datant de 2000 avant d’être contraint quitter plus tard les Jedi Mind Tricks pour certaines raisons. La principale cause de son départ provient de la fermeture de leur label Superegular Records pour une signature du groupe chez Babygrande Records fin 2001, qui rééditera par après leurs deux premiers LPs. Hésitant, Jus Allah décide de faire cavalier seul. Les JMT réduits à l’état de paire MC/producteur conçoivent ensuite Visions of Gandhi en 2003, disque qui marque une tournure musicale qui a déboussolé leur public mais qui a su en contrepartie convertir de nouveaux amateurs de hip-hop. Ils se rattrapent en beauté l’année suivante avec Legacy of Blood, dont la pochette (voir photo de droite) en a choqué plus d’un. Et pour cause, on y voit un irakien en train de brûler vif, courrant et hurlant de souffrance sans que personne lui vienne au secours.

En 2005, Jus Allah se rapproche de Babygrande puisqu’il y publie son premier album, All Fates Have Changed, qui reçoit des réactions contrastées pour la plupart. Mais pas question de rejoindre Vinnie Paz à nouveau (pour l’instant). Rien de spécial à redire concernant Servants in Heaven, Kings in Hell, si ce n’est que ce disque est un des plus épiques de leur carrière, d’autant plus que la communauté des Jedi Mind Tricks s’est grandement élargie depuis et a continué de rallier de nombreux initiés à leur univers sinistre, impitoyable et violent. 

 

Les nouvelles légions

 

Les Jedi Mind Tricks ont su fédérer avec eux de nombreux emcees underground à la réput’ plus que solide, des bêtes au mic sans peur et sans pitié. C’est là que Vinnie a eu l’idée de les rassembler ces recrues sous une bannière portant le nom d’Army of Pharaohs. Ce régime militaire est composé, outre Vinnie, des Outerspace, Apathy et Celph Titled du Demi-Godz Crew, 7L & Esoteric, Reef the Lost Cauze, Chief Kamachi et King Syze. Sort en 2005 le premier album du super-groupe, le grandiose The Torture Papers, aux productions riches en samples de musique classique. Stoupe est en revanche absent à la réalisation. Deux ans après, la AOTP fait un retour fracassant avec la seconde épopée, Ritual of Battle (lire la chronique), où de nouveaux légionnaires grossissent significativement les rangs : King Magnectic, Demoz et Doap Nixon. Une claque monumentale, cet album est tout aussi titanesque que son prédécesseur. 

LArmy of Pharaohs au complet

L'Army of Pharaohs au complet

Et ce n’est pas terminé… Cette année 2008, en prélude de History of Violence, les Jedi Mind Tricks ont lancé une campagne « triple threat » : Sour Diesel de Doap Nixon, The Labor Union de King Syze et God’s Fury des Outerspace. Sans compter l’album en commun de Chief Kamachi avec Killah Priest et le Vicious Cycle de Reef the Lost Cauze. Du coup, chaque année, on a droit à des sorties estampillées Jedi Mind Tricks ou de leurs affiliés. En Europe aussi, on voit apparaître des groupuscules de fanatiques. C’est le cas de la faction germanique Snowgoons, eux aussi signés sur Babygrande (sans être affiliés aux JMT), qui réalisent des instrumentaux sinistres et froids comme du métal en invitant de nombreux guests américains, dont des membres de l’Army of Pharaohs. Pour ceux que ça intéresse, les Snowgoons ont sorti deux LP : German Lugers et cet été Black Snow (lire la chronique). De quoi entretenir des filets continus de sueur froide trimestre après trimestre. Dois-je également la sortie de leur DVD The Divine Fire ? Un docu d’une heure réservé exclusivement aux ultra-fans d’obscurantisme hip-hop.

 

History of Violence, avec le retour de Jus Allah

Jus Allah

Novembre 2008 marque l’avènement du sixième album des Jedi Mind Tricks, toujours chez Babygrande Records. La bonne nouvelle, c’est la reformation (décidément un terme très employé en ce moment) avec Jus Allah. C’est officiel, ils ont arrêté de se tirer la gueule mais ce n’est pas forcément reparti comme en 40. History of Violence, titre inspiré du film de David Cronenberg avec Vigo Mortensen, ne renouvelle pas la formule classique des JMT. Ils se sont même plutôt calmés je dois dire, ce qui a contrario rend leur musique d’autant plus accessible. Les prods de Stoupe demeurent harmonieuses, tantôt aux influences latino, tantôt musique classique et toujours sombres avec comme d’habitude des cuts bien sentis de DJ Kwestion et des samples de voix pitchés ou non. C’est plus la mélancolie et la tristesse qui prédominent par rapport aux précédents ouvrages. Vinnie Paz livre quant à lui des paroles moins sinistres et moribondes qu’auparavant, mais ses histoires inspirées de la réalité jouent la carte de la dramaturgie et de récits aux dénouements déchirants. Dommage que son flow n’évolue que trop peu. Toutefois, n’allez pas croire que les Jedi Mind Tricks ont faibli, ils n’ont pas encore épuisé leurs stocks de kérosène et d’armes à feu, surtout depuis que le rageux Jus Allah redonne du sang neuf après sept ans d’absence au sein du groupe. Dans tous les cas, History of Violence n’est pas le revers percutant de la grand messe qu’est Violent by Design, simplement un bon cru des Jedi Mind Tricks, dont on ne pourra jamais leur reprocher de s’éloigner de leurs principes. La note : @@@@. Retrouvez une chronique complète sur mon blog Sagittarius Hip-Hop Reviews.

Ah oui, notez bien dans vos agendas un nouvel album solo de Jus Allah en collaboration avec les Jedi Mind Tricks, The Colossus, prévu pour 2009. C’est pour très bientôt !

Pour être au courant de l’actualité des Jedi Mind Tricks, une seule adresse : www.jmthiphop.com

About the author

Ex-rédacteur/chroniqueur pour Rap2K.com et... biométricien !

  • Vinnie Paz et son label Enemy Soil, focus sur Heavy Metal Kings
    Vinnie Paz et son label Enemy Soil, focus sur Heavy Metal Kings

2 Comments. Leave your Comment right now:

  1. by rasone

    tres tres bonne chronique des jedi mind tricks,propre le récapitulatif … bref en espérant bientot un nouvel opus des AOTP!!!

    rasone. à bientot

  2. by tonton

    venez nombreux au concert de JMT a l’elysée montmartre le 9 février.traumatisme auditif assuré.c’est du bon sssa.ahhhii

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