Voilà l’album que je crevais d’envie d’écouter depuis plusieurs mois. Et je me dois vous dire un vrai scoop, en toute honnêteté : The Renaissance n’usurpe pas son intitulé, ce second album de Q-Tip (en fait son troisième en comptant son bootleg Kamaal the Abstract) est à la hauteur de nos attentes. C’est du Hip Hop vrai de vrai, « comme on n’en fait plus aujourd’hui. » Personnellement, c’est bien plus que ce à quoi j’espérais depuis tellement longtemps, et pourtant Dieu sait que cet album représentait beaucoup. Comme l’élection historique de Barack Obama ce Mardi 4 Novembre, date de naissance de ce new hip-hop classic. Je ne dis pas que Tip est comme une sorte de vrai messie du Hip-Hop, mais c’est tout comme. Il a ressuscité le Hip-Hop. C’était écrit, c’est le nom de son nouvel album.

Depuis quand n’ai-je pas ressenti la sensation d’écouter un nouveau classique hip-hop, comme ça a été le cas pour College Dropout, Speakerboxxx & The Love Below, le Black Album, Be de Common, ou plus tardGame Theory des Roots,…Des mois, des années. Evidemment, quand vous découvrez un album qui date des années 90 (par exemple) et dont vous avez qu’il s’agit d’un classique parce qu’il en est certifié par l’opinion publique et la presse rap, vous arrivez à comprendre pourquoi en l’écoutant. Ça se passe de commentaires, c’est dans les consciences. Mais c’est un peu différent quand c’est un disque qui vient de sortir. Bien sûr, on retrouve l’effet d’addiction quasi immédiat ou la découverte de l’immense potentiel d’un album par les impressions qu’il procure, l’ambiance, les beats, le génie de son auteur, son flow, ses lyrics, etc… Il y a de multiples facteurs et critères non-obligatoires qui définissent un classique et en écouter souvent nous apprend à les distinguer.

Ici, comme à chaque fois que j’ai « su » que j’écoutais un nouveau classique, il y a un truc en plus, d’indéfinissable mais d’une certitude très forte, très profonde. Ça ressemble à un coup de foudre musical, quelque chose d’intense, passionnément, à la folie, qui s’amplifie par cette pensée : « le plus fou, c’est que c’est la réalité ». Du coup, j’ai envie de dire « fuck tous les albums rap de 2006 à 2008 », car parmi les meilleurs crus sortis durant cette période, à part quelques exceptions (dont je serai ravi de vous citer plus tard), quasiment aucun ne m’a fait autant vibrer que celui-ci, et je pressens que ça le sera durablement. Déjà, « Gettin’ Up », le premier single, m’a incroyablement revigoré, ça m’a fait un bien fou. Je me suis dit dans ma tête : « pourvu que tout l’album soit de cette teneur. » C’est à partir de là que j’ai compté les jours avant que le hip-hop renaisse. Et, miracle, mon voeu s’est produit.

Comment a-t-on pu en arriver à cette situation-là? J’ai peut-être une raison valable. Beaucoup d’activistes, de poids lourds (inutile de les citer), de véritables passionnés ou vétérans encore en activité, ont essayé tant bien que mal de « recréer » un son hip-hop, soit moderne en se basant sur la old school, soit en lorgnant du côté de l’électro ou la pop pour faire style « je fais évoluer le rap », chacun dans le but commun de prouver le que hip-hop n’est pas mort. Ok, cool, continuez vos efforts comme ça les gars, sérieusement. Et pis il y a des mecs qui sortent un album avec la prétention d’avoir réalisé un classique en faisant passer des billes de plastique pour du caviar, ou des pseudo-caïds qui mangent des chargeurs de 9mm à chaque ptit dej’, je laisse ça aux naïfs qui n’ont plus que leurs yeux pour chialer. À ces menteurs de biznessman et imposteurs, cassez-vous, vous polluez. Il y a tellement de frustration qui s’est accumulée en moi, à cause de toutes ces fausses promesses, de coups de pub mensongère et de daubes commerciales aussi.

Q-Tip, lui, il en a fait un, de classique ‘instantané’, en ce troisième millénaire, aussi naturellement que je vous en parle à l’instant. Il a réussi à le faire par la force de ses convictions, de son énergie et de sa foi pour le Hip Hop, avec humilité et respect. Comme disait Tip sur « You Can’t Hold The Torch », un titre deBig Bang de Busta Rhymes et produit par J Dilla justement, « il ne savent plus comment faire un classique », alors que lui y parvient sans la moindre difficulté. Ça ne semblait pas si compliqué que ça finalement.

Bon, et si on en parlait de ce fameux ouvrage, depuis le temps qu’on attendait concrètement un second solo de Q-Tip, neuf années après l’indémodable Amplified (lire la chronique). Il n’y a pas de nouveautés à proprement parler, mais des petites innovations stylistiques, de l’orfèvrerie musicale, une dose infinie de passion pour le Hip Hop et le désir insatiable de le transmettre à toutes les générations. Il y a le fait queThe Renaissance me procure de la nostalgie et de l’excitation à chaque passage, retrouver ces sensations d’écouter un putain de disque de hip-hop qui va se faire saigner des mois durant. Voilà ce qui justifie ce concept de « renaissance », celle du plaisir retrouvé, de pouvoir écouter du Hip-Hop qu’on aime, (im)mortel et inestimable.

Pour les plus nostalgiques de la grande époque, sachez que Q-Tip compense largement l’absence d’un nouvel opus des A Tribe Called Quest (une rumeur formulée après leur reformation pour une tournée et des apparitions scéniques). Parce que la vibe des Tribe, elle est là, en pur jus ! de Midnight Marauders à Love Movement. Magiques, les derniers morceaux de cet opus : « Believe » accompagné du trop rare D’Angelo, et « Shaka » (sans le discours introductif de Barack Obama dans la version CD). Je me croirais être retombé plus de dix ans en arrière mais nous sommes bel et bien en 2008, certaines sonorités peu perceptibles sont là pour nous ramener dans le présent.

L’arrivée de ce chef d’œuvre demeure aussi enthousiasmante que cette résurrection survient en pleine période de révolution planétaire depuis la victoire d’Obama, et elle ne s’est pas non plus faite sans sacrifices. Des extraits comme « Work It Out » ou « Midnight ‘08 » et les travaux des Neptunes n’ont pas été retenus sur le tracklisting. Et c’est peut-être mieux ainsi car les douze morceaux sont agencés les uns à la suite des autres de sorte à créer une filiation, un ensemble ordonné.

Tout l’album est produit par Q-Tip, à une exception près : « Move », seul legs de J Dilla, un titre qui fera danser les teufeurs du samedi soir grâce à ce boogie disco samplé sur « Dancin’ Machine » des Jackson 5. Irrésistible ! Sur la seconde moitié de la piste enchaîne « The Renaissance » (non indiqué sur la tracklist), où l’esprit de James Yancey plane avec sérénité. Précédant cette piste bipartite ambiance fièvreuse/thématique de l’album, « Manwomanboogie » feat Amanda Diva nous met déjà dans le rythme d’enfer juste avant de passer à « Move ». Mis à part « Won’t Trade » qui utilise la bonne vieille recette beat, sample et rimes, et « Move », The Renaissance est produit par Tip et de vrais musiciens (bassistes, guitaristes, claviéristes, etc…) pour donner vie aux échantillons qu’il utilise comme matière première. De « Johnny Is Dead », où l’on est agréablement surpris d’entendre The Abstract en train de chanter, à « Shaka », on ne ressent que de bonnes vibrations, très positives.

Comme l’anti-dépresseur « Gettin’ Up », « We Fight/Love » avec l’ami Raphael Saadiq inspire en nous un quelque chose qui fait beaucoup de bien, le même sentiment que pour leur collaboration sur « Get Involved » il y a une décennie, sans les violons. Raphael que l’on retrouve à la basse sur « Believe », dont on se délecte des chants nusoul angéliques et de l’espoir que nous fait renaître Q-Tip dans ses textes. Ce monsieur est mon sauveur ! On ne donne pas souvent des qualités de lyriciste à ce MC exceptionnel, toutefois lorsqu’on écoute « You », on reste troublé à l’idée de se demander si la chanson concerne l’amour pour une femme ou pour le hip-hop, comme quelque chose qui l’anime et lui donne un sens dans sa vie. Vu qu’il s’agit d’un solo, Q-Tip garde notamment une touche très personnelle, musicalement parlant, comme c’est le cas de « Official », proche du style Amplified. C’est d’autant plus personnel ici que Q-Tip s’occupe de tout lui-même, il n’y a pas la coalition The Ummah vu qu’il n’a gardé que deux productions de J Dilla.

Ce qui pourra surprendre sur Renaissance parmi tout ses bienfaits, c’est d’entendre la douce Norah Jones sur un beat inspiré de « More Bounce » de Roger Troutman, sur lequel Q-Tip énonce tous les rappeurs et groupes qu’il apprécie, des années 80 à aujourd’hui. Mais ce qui restera toujours surprenant avec lui, c’est l’usage du flow, un art dont il est longtemps passé maître. Effarant, plastique, imprévisible, technique, autant de qualificatifs relatifs à sa manière de jouer sur les syllabes, les mots, les rimes. Il n’y a qu’à se passer attentivement « Dance on Glass » pour voir à quel point il est extrêmement doué.

Tout me plaît, tout est à prendre dans ce disque, c’est addictif au plus haut point. On pourrait me mettre à cet instant les clés d’une Lamborghini Reventon ou Detox devant mon nez, je ne broncherai pas. Sauf si je peux écouter mon CD dans la Lambo sans être gêné par le monstrueux V12 sonnant la cavalerie dans mon dos. Si tous les grands rappeurs se mettaient à suivre ses pas et se remettre à faire des classiques hip-hop et rap, ce serait fabuleux.

Je me sens comblé, consolé, heureux que le passionné de hip hop que je suis ait pu étancher sa soif, que mes espoirs se sont enfin accomplis, que je retrouve goût à une musique qui m’a laissé sur pas mal de déceptions ou d’amertume, de faux espoirs. Pour dire les choses vulgairement mais franco, « je bande comme un salaud » ou « comme un ado ». Dans mon rôle de chroniqueur, je ménage mon inflammation en transformant ces métaphores phalliques ou un hystérique « ouah je kiffe à mort, c’est un truc de ouf, c’est trop jouissif !!! » en toutes ces phrases écrites avec simplicité et sincérité.

Croyez-moi ou pas, ou si ce que je dis est une vérité absolue, ce n’est pas, mais alors pas la question, c’est tout ce qui me sort spontanément de la tête quand j’écoute The Renaissance.

About the author

Ex-rédacteur/chroniqueur pour Rap2K.com et... biométricien !

  • J Dilla: Still Shining Documentary
    J Dilla: Still Shining Documentary

2 Comments. Leave your Comment right now:

  1. by Janet

    à mon retour du cameroun j’ai acheté sa mixtape “abstracts innovations” sans hésiter j’étais impatiente d’acquérir le nouvel album en tout cas belle chronique on sent l’âme d’un passioné, moi pour ma part ce qui me titille me tirailel un peu c’est de savoir c quoi le sampleur de “Johnny is died”

  2. by Big Ad

    Visiblement c’est de la composition, je viens de regarder les crédits sur la pochette du cd et il n’y a aucun sample repertorié.

Leave a Reply

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>