Le magasine américain XXL a eu la bonne idée de mettre en avant les futurs ténors de la scène rap américaine. Un sujet intéressant pour le public français puisque nous sommes habitué à voir mis en avant toujours les mêmes artistes comme Eminem, Dr Dre, Kanye West, 50 Cent, Jay-Z, T.I., Snoop Dogg et Lil’ Wayne depuis quelques mois. En bref si on s’aventure sur les chaînes soi-disant dédiées aux musiques urbaines on voit toujours la même chose. Voilà donc une bonne occasion de découvrir ces nouveaux talents en pleine floraison artistique afin d’éviter de rester dans la superficialité que nous propose les médias.

Certes, chaque année les magasines américains nous proposent ce genre de démarche et beaucoup des futures stars annoncées dans le passé ont explosé en vol. On peut penser en vrac à Joe Budden (pas entièrement dirons nous), McGruff, Knoc Turn’Al, Jin (qui a finalement préféré rester dans l’underground), J-Hood, Jae Millz ou les one hit wonder de ces dernières années comme Mims, Rich Boy, J-Kwon, Shade Sheist, Chingy… A cette liste on risque de voir s’ajouter les noms de Flo-Rida, Ron Browz, Maino, Plies et quelques autres qui peuvent paraître un peu “juste” artistiquement.

Bref en tout cas, XXL nous propose sa sélection de la promotion 2009 des plus gros espoirs du rap américain tout style confondu, il y en a donc pour tout les goûts. Seul la westcoast semble minoritaire, sûrement à cause de son manque de poids et d’influence sur le rap de ces dernières années. Favorisé cette année, le courant hipster gagne de plus en plus d’adeptes aux Etats-Unis et en dehors. On démembre cinq représentants pour ce mouvement grandissant. Le sud semble un peu plus en retrait aussi avec trois représentants. Procédons à une petite revue d’effectif des forces en présence.

De gauche à droite : Wale, B.o.B, Asher Roth & Charles Hamilton

Wale : Orginaire de la capitale fédérale Washington D.C, Wale (prononcez Wah-Lay) a déjà une carrière bien avancée et de bonnes perspectives d’avenir. Depuis 2007, il est sous la coupe du discret mais ultra-talentueux producteur Mark Ronson qui s’occupe entre autre d’Amy Winehouse. Il a déjà quatre mixtapes à son actif dont la dernière Mixtape About Nothing est apparue cet été, mais aussi l’excellente Hate Is The New Love sortie un peu plus tôt en 2006. Wale c’est un flow capable de se placer sur n’importe quel type d’instrumentales, de Crazy des Gnarls Barkley à Flashing Lights de Kanye West en passant par D.A.N.C.E de Justice. Son freestyle de presque dix minutes sur Hate Is The New Love en est la preuve. Ce sont les Roots qui lui offrent sa première apparition vidéo, puisque Wale participe à leur dernier single Rising Up, extrait de leur album Rising Down. A la fois puissant mais aussi très appliqué, 2009 sera surement l’année de Wale qui devrait avoir plus d’une idée originale pour son prochain album, avec Mark Ronson à la production on devrait avoir un objet très intéressant. En attendant on pourra patienter avec sa nouvelle mixtape présentée par LRG et en collaboration avec 9th Wonder.

B.o.B : C’est la nouvelle sensation d’Atlanta qui a su faire son chemin très discrètement. Auteur d’un des hits de l’été 2007 à ATL, avec Wes Fif (le titre “Haterz”, ce mc, producteur, lyriciste et chanteur tire ses influences de toute la scène géorgienne. Ses influences sont clairement partagées entre l’héritage de la Dungeon Family et celui de T.I. pour lequel il a posé le refrain de “Top of the World” en compagnie de Ludacris sur Paper Trail. Entre égotrip sur “Fuck You” et espoir sur “I’ll Be In The Sky”, B.o.B. aborde un panel très élargi de thèmes avec des influences musicales sans cesse différentes. Cette diversité qu’il incarne, on la retrouve dans la signification de son nom puisque que B.o.B. peut à la fois dire Books Over Bullets (Des livres plutôt que des balles, c’est de loin ma préférée), Business Over Bullshit (Les affaires avant les conneries), Bring One Blunt (Ramène un joint) ou Bring One Beer (Ramène une bière). B.o.B. qui est aussi un des dernies modèles de la campagne LRG, est donc un peu de tout cela en plus d’être un artiste multi-fonctions. Là aussi on attend son prochain album avec impatience.


Asher Roth : Il ne vous rappelle pas quelqu’un ? Un MC blanc capable d’exploser n’importe quel instrumental ? Evidemment, l’analogie avec Eminem paraît logique en voyant ce visage pâle venu d’un trou perdu de Pennsylvanie et en écoutant son flow. Au milieu de tout ces rookies, Asher ne fait pourtant pas pâle figure, ni son rôle de “minorité visible”, son buzz est incroyable à l’heure actuelle, grâce à ses nombreux freestyles qui ont fait le tour de la planète hip-hop. Pour mieux comprendre le phénomène qui l’entoure, allez consulter son site internet www.asherrothmusic.com pour écouter sa mixtape The GreenHouse Effect hostée par DJ Drama et Don Cannon. Couillu, il est allé même jusqu’à balancer une impro dans le bureau de Jay-Z, peu expansif mais flatteur à son sujet. Alors, Asher Roth reprendra-t-il le flambeau d’Eminem? C’est la question qu’on se pose. Réponse en 2009/2010…

Charles Hamilton : L’ hyperactif cousin de Mc Lyte est un véritable ovni. Mc et producteur, celui qui a choisi comme mascotte Sonic le hérisson de Sega, n’aime pas être comme tous le monde. Par exemple si tout le monde démonte le dernier album du G-Unit, lui vous prouvera sur son blog pourquoi cet album est bon. Les blogs et internet, c’est l’outil principal d’émancipation de Charles Hamilton. C’est dessus qu’il lâche environ toutes les deux ou trois semaines ses mixtapes gratuites qui sont chacune les éléments du processus d’Hamiltonization que celui-ci a lancé jusqu’à la sortie de son album en 2009. Sa dernière en date s’appelle “The L World” et est dédiée aux femmes. Mais le rappeur au flow très lent et nonchalant peut aussi sortir une instrumentale composée uniquement avec les sons du logiciel Windows de sous sa casquette rose et en faire une chanson (ndlr : Windows Media Player). Dernier fait en date : une chanson totalement dédiée à l’actrice porno Lacey Duvalle. Charles Hamilton ne connaît aucune limite et place sa logique dans une dimension parallèle du commun des mortels. Voilà qui promet pour l’avenir du personnage !

De gauche à droite : Cory Gunz, Blu et Mickey Factz

Cory Gunz : Comme pour Sun God et Ghostface Killah (ou dans une moindre mesure Lil Romeo et Master P), le jeune rappeur Cory Gunz est le fils d’un papa rappeur, Peter Gunz, qui avec son comparse Lord Tariq formait le duo Lord Tariq & Peter Gunz, rendu célèbres à la fin des 90s avec leur unique album Make It Reign. Ce natif du Bronx, qui a commencé à se faire connaître à l’âge précoce de 12 ans, a par ailleurs trouvé un parrain de choix en la personne de Shaquille O’Neal, véritable légende de la NBA (et rappeur du dimanche…). Aujourd’hui âgé de 20 ans, Cory justifie déjà d’une pléthore de mixtapes, telles que la trilogie The Apprentice ou The Best Kept Secret, disponibles sur sa page myspace. Il a effectué cette année une percée significative dans le rap game, son freestyle de “A Millie” et sa collaboration avec Ryan Leslie ne sont pas passés inaperçus. A bientôt son tour de briller.


Blu : Seul représentant californien de ce panier de jeunes pousses, Blu comptabilise en un peu plus de deux ans à peine quatre albums à son actif, tous très estimés par une presse hip-hop spé unanime Outre-Atlantique. Débutant sa carrière avec son album solo The Narrow Path, cet MC underground très prometteur influencé par la génération MCs conscients (du type Common, Talib Kweli ou Mos Def) a reçu de nombreuses éloges par le public et un flot de critiques dithyrambiques pour Below The Heavens avec Exile (producteur du groupe Emanon). A suivi l’album des C.R.A.C. (Blu et Ta’Raach de Detroit), The Piece Talks, et l’album éponyme de Johnson&Johnson, qu’il forme avec Mainframe, sorti en indé en Septembre dernier. Parmi le lot de rumeurs qui circulaient autour de lui, le baron rouge Suge Knight lui aurait fait des avances…


Mickey Factz : Si vous allez visiter le myspace de Mickey Factz, vous lirez en introduction de sa présentation cette citation “I’d like to think I’m everything that Afrika Bambataa would’ve envisionned hip-hop to be in 2008, 2016, 2030,” . Littérallement cela veut dire que  que Mickey Factz espère retranscrire au mieux la vision du futur qu’envisageait Afrika Bambataa au début du mouvement hip-hop.  Mickey Factz se veut un messie de la musique digitale, rien que ça ! Un peu plus loin dans cette présentation il clame être plus grand que Michael Jackson et plus novateur que Prince ! Ca vous suffira pour cerner le personnage. Une chose est sûre Mickey Factz ne rentre musicalement dans aucun moule, il ne veut ressembler à personne et cela s’entend à sa musique. Ca musique est un grand shaker rempli d’un tas de genres différents. Le résultat est donc des chansons qui ne se ressemblent jamais pleines de spontanéités. Celui qui est né dans le Boogie Down berceau du hip-hop veut le révolutionner ! Vous pouvez déjà vous faire une idée avec sa dernière mixtape en date “The Leak 2” .

De gauche à droite : Ace Hood, Curren$y & KiD CuDi

Ace Hood: Voici le protégé du gueulard international DJ Khaled. Signé sur son label We The Best Imprint et en licence chez Def Jam, cet originaire de Dade County, en Floride (où habite notamment Flo Rida), s’est illustré sur le marché des mixtapes avec Ace Won’t Fold (qui prouve bien qu’il est capable de petits jeux de mot) et Better Bets On Ace, et bien sûr sur la compilation We Global de DJ Khaled, où il est présenté sur l’introduction. Il a sorti également cette année 2008 son premier single officiel, “Cash Flow” feat T-Pain & Rick Ross, extrait de son LP Gutta, à paraître prochainement chez Def Jam. Espérons pour lui qu’il ne sera pas qu’un one-hit-wonder comme le rappeur de “Low”…

Curren$y : a.k.a. Da Hot Spitta, ou écrit aussi Currency (avec un ‘c’), s’est retrouvé propulsé dans le rap game sitôt dans les parages de Lil Wayne aux alentours de 2006. Weezy lui offre l’occasion de sa vie en l’invitant à poser sur un des titres de The Carter II et en le faisant signer sur son tout nouveau label, Young Money Records. Un premier album solo en major est alors programmé pour ce Nouvel-Orléanais, intitulé Music To Fly To, mais qui malheureusement pour lui a été reporté indéfiniment malgré un clip, “Where Da Cash At” feat Lil Wayne & Remy Ma. Il finit par errer sur divers albums sudistes avant d’annoncer fin 2007 son départ de Young Money, faute de pouvoir sortir son LP et de voir son buzz ralentir. Curren$y continue cependant de vouloir faire parler son talent indéniable de emcee avec son street-album Fast Times At Ridgemont Fly sorti cet été dans la plus grande discrétion. Qui voudra signer l’ex-poulain de Lil Wayne ?


KiD CuDi : Encore un personnage à part. “The Man on the moon” comme il se surnomme lui-même, est un artiste atypique. Habité par des influences qui dépassent la domaine du hip-hop, le mc de Cleveland a développé un monde qui lui est propre avec une vision décalée des choses entre pensées sombres et dérision totale.  Sa manière de poser de façon nonchalante presque chantonnée rappelle un certain Kanye West. Ce dernier ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisqu’il a fait signer KiD CuDi sur son label G.O.O.D Music, dans la foulée de la sortie de sa mixtape “A KiD Named CuDi” en juillet dernier. CuDi a d’ailleurs participé à l’élaboration artistique de deux morceaux du prochain album de Kanye West “808’s & Heartbreak” . En attendant la sortie de son effort solo pour l’année prochaine. L’ennivrant “Day’N’Nite” ne sera peut-être pas sur l’album, mais le titre remixé par les Crookers a fait bouger les dancefloors du monde entier cet été.  Ce titre est une preuve de l’ouverture musicale du garçon mais aussi une entrée dans son univers particulier.

Cette revue d’effectif est terminée. Vous pouvez laisser vos avis en commentaires. Que pensez-vous de cette sélection ? Manque-t”il des artistes ? Certains doivent-ils y être ? Lequel vous a le plus marqué ? A vous de jouer. En attendant voici une vidéo tournée pendant la séance photo pour XXL avec la plupart des artistes.

Peace

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    3. yw yw peaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaase for the hip hop man

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