L’évolution musicale de Raphael Saadiq suit une chronologie inversée. Après le fabuleux remake blaxploitation de Ray Ray il y a quatre ans de cela, le chanteur/auteur/compositeur de génie a emprunté le DeLorean d’Emmett Brown pour partir quelque part entre 1955 et 1975 pour enregistrer The Way I See It. Plus qu’un banal album néorétro classieux ultra-réussi (comme ce fut le cas de Back to Black d’Amy Winehouse), ce troisième cru est un modèle de perfection à l’état pur 100% véritable, rien à voir avec ce qu’il se fait dans la tendance soul vintage à l’heure actuelle. C’est fou, c’est tellement simple d’en parler avec enthousiasme, on a réellement l’impression que The Way I See It est un vieux classique de la soul music, plus vrai que nature (jusqu’à la pochette), au sens noble et intemporel du terme.

De la première à la dernière seconde, on n’arrête pas de penser, du moins essayer de se convaincre nous-même que ce joyau ressemblant à un disque qu’écouteraient des papys et mamys férus de Soul date du troisième millénaire ! Vous savez, les Nat King Cole, les Otis Redding – paix à leurs âmes -, Al Green,… Voyez la preuve irréfutable que Raphael est au sommet de son art. Chacune de ses chansons d’amour paraît d’époque, c’est incroyablement bluffant. Et c’est rien de le dire. « Sure Hope You Mean It », « Keep Marchin’ » et d’autres encore,…tout ce qui émane des instruments, des mélodies, des arrangements et même de la voix de Raph amplifiée par le microphone live en chrome sentent les fifties, les sixties et les seventies. D’ailleurs, parlons-en de sa voix, si unique, ce timbre de voix qui rappelle momentanément le Stevie Wonder de ses premières heures. Et comme par un hasard bienfaisant, monsieur Wonder fait grâce de sa présence sur « Never Give You Up », le temps d’un petit air d’harmonica magique sur ce morceau qui fleure bon les années 70.

Impossible non plus de réprimer ces émotions qui proviennent de l’intérieur de nous, des profondeurs du corps, du cœur et l’âme, lorsqu’on se passe les slow-jams « Calling », conversation longue distance avec une femme latine, ou le fantastique « Oh Girl », très nettement influencé par les Stylistics et dont le remix commet un anachronisme pardonnable en invitant Jay-Z. Attendu aussi, ce fantastique duo avec Joss Stone avec « Just One Kiss ». à l’inverse, « Big Easy » accompagné de l’orchestre des The Infamous Young Spodie & the Rebirth Brass Band et « Staying In Love » par exemple nous emmènent des rythmes entraînants, quitte à nous faire swinguer un peu. Les superlatifs ne manquent pas pour discuter de The Way I See It, il faudra trouver un qualificatif mieux que « sublime », plus fort que « fantastique ». Faites-moi signe si vous en trouvez !

C’est un comble, puisque The Way I See It est un « instant vintage » (du nom de son premier chef d’œuvre), un millésime (à connotation ancienne) instantané, pour franciser l’expression. L’unique point qui trahit le modernisme de ce projet, c’est la qualité du son digital. Apporter un effet spécial comme le discret bruit parasite d’un disque de vinyle effectuant des rotations sur un tourne-disque aurait rendu cet album plus que parfait. À moins de s’offrir le format vinyle à ce compte-là, pour rendre l’écoute de cet immense classique encore plus magique !

 

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Ex-rédacteur/chroniqueur pour Rap2K.com et... biométricien !

  • Soirée “The Last Minute Show”
    Soirée “The Last Minute Show”

3 Comments. Leave your Comment right now:

  1. J’avoues avoir été bluffé par cet album. Une grosse claque de prise. L’ambiance rétro donné à l’album est tout simplement magnifique, Raphael Saadiq est vraiment au sommet là

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