J’avais douze ans en 1998 lorsque la tournée live des NTM battait son plein avant que le groupe ne se sépare plus tard. Il n’y avait donc pas d’espoir pour moi de voir un jour le groupe là où il s’exprime le mieux c’est-à-dire sur scène. Quelques lives, albums solos, passages télé, et même un livre plus tard et quelques dix années écoulées, les Supreme triple lettre reviennent dans leur jardin. Une aubaine pour ceux qui ne les ont jamais vu et les nostalgiques, puisqu’il faut bien avouer que dans la musique en général, peu de groupes savent livrer des lives explosifs tel NTM (attention j’ai pas dit qu’il n’y en avait pas d’autres). Donc depuis avril à l’avant-vacances, Kool Shen et Joey Starr ont fait la tournée des télés et profiter des Solidays pour se jauger, rappeler qu’ils étaient encore là et au passage montrer à Booba qu’il ferait mieux de tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de classer les hommes de St-Denis au rayon des antiquités.

Puis ça a été le grand silence depuis juillet pour mieux répéter et ne pas rater ce baroud d’honneur. Le jour J approchant on a de moins en moins vu les deux compères dans les médias exceptés une interview à Rock’N’Folk et une conférence de presse où ils n’ont pas hésité à annoncer qu’ils allaient prouver qu’ils étaient le meilleur groupe français en live toute musique confondue.

Pour nous (Mr Dany aka Rastaiam et moi-même), le concert avait lieu Samedi. De mon côté j’ai préféré faire la sourde oreille aux rumeurs concerant les deux premiers concerts, qu’elles fussent bonnes ou mauvaises. C’est donc par une agréable soirée de fin d’été que nous nous sommes rendus dans un Bercy encore clairsemé pour la première partie du concert assurée par mister Sefyu Senegalo-Ruskov Molotov Undercover La Muscu Qui Va Avec ! Beaucoup de spectateurs semblaient mitigés à l’idée de voir le rappeur d’Aulnay-sous-Bois à l’oeuvre. Celui-ci s’est chargé de leur prouver que la nouvelle génération de rappeurs pouvait aussi assurer des performances scéniques de qualité. DJ First Mike met tout le monde en bouche avec un petit mix d’intro qui lance sur scène Sefyu et ses backeurs pour environ 45 minutes d’un show animé.

Sefyu propose une performance intéractive avec le public et illustre ses chansons avec même des petites chorégraphies. Il se complète parfaitement avec ses backeurs et First Mike. Plusieurs fois, il coupe ses morceaux par des animations qui font vivre ses chansons sans pour autant casser le rythme. La plus marrante reste celle durant “Senegalo-Ruskov” où il mîme une partie de foot avec ses backeurs pour introduire sa phase “ciseaux retourné acrobatique des cou*%#²”. Le morceau reprenant au moment où il fait semblant de relancer le ballon dans le public. Avec ce show Sefyu s’attache, comme depuis le début de sa carrière, à casser les images faciles qui peuvent le coller depuis le début de sa carrière. Il prouve qu’avec son style assez brute et lourd, il sait aussi créer un show qui le distingue de beaucoup d’autres rappeurs en France. Donc en bref un gros show vraiment agréable signé Sefyu qui a bien chauffé Bercy avant l’arrivée des deux légendes.

Après vingt minutes d’entracte, Bercy plonge dans le noir pour accueillir le Supreme. Le bruit de la foule est vraiment indéscriptible, tout le monde est déjà en furie et l’adrenaline monte d’un cran.

Un écran géant s’allume et commence à afficher le nom du Supreme NTM transperçé par des éclairs. Naughty J et DJ James prennent place sur un balcon situé au milieu de l’écran géant et arrangue la foule. Ils lancent une instru lent aux grosses caisses très lourdes qui font vibrer le logo affiché sur l’écran géant. Pas besoin de faire un clip retraçant une carrière quand on s’appelle NTM, la mise en scène sobre se suffit à elle-même pour montrer ce que représente la carrière de ce groupe. Soudain les portes situés en bas de l’écran s’ouvrent et Joey Starr et Kool Shen surgissent en courant et attaquent sur leur hymne “Seine Saint-Denis Style”. Ca crie, ça saute, les bras se lèvent la foule chante en coeur. En face Kool Shen et Joey Starr circulent sur toute la scène se croisent, s’entrechoquent, se collent comme à la belle époque histoire de montrer que seul le présent compte désormais.

Après un brève interlude, pour chauffer le public sur “93 Tu Peux Pas Test” scratché par les dj’s,  les morceaux s’enchaînent avec “Le Monde de Demain” ou “On est encore là” dans un premier temps. Le public est chaud, les cordes vocales et les mollets déjà mis à l’épreuve que ce soit sur scène ou dans le public. Pour s’assurer que le public soit chaud, Joey Starr propose une punition en cas de refroidissement de l’ambiance, un tube de variété des années 80 que tout le public siffle copieusement. Pour l’instant le show tient toute ses promesses et l’écran géant apporte un vrai plus en diffusant des images continuellement souvent dans le thème des chansons.

Jaeyez d’Afrojazz vient pour “C’est arrivé près de chez toi”. Puis vient “Back dans les Bacs” qui soulève toujours autant le public. Si l’instant présent reste le plus important, les deux compères n’ont pas oublié que durant dix ans ils ont évolué en solo. Il remette donc en valeur cette période. Joey Starr s’esquive pour laisser la place à Big Ali et Jeff le Nerf venus accompagner Kool Shen.

On sent tout de même l’ambiance stagner, pareil quand Joey Starr avec Natty et quelques danseurs rentrent sur scène pour “Pose Ton Gun Part. II”. C’est ensuite Eklips qui propose un gros passage beatbox que complètent parfaitement Naughty J et DJ James avec leurs scratches dévastateurs. Bercy retrouve de la voix. Ci dessous un extrait de la performance de Mr Eklips (press play) :

Vient ensuite un des moments forts de ce qu’on peut appeler un vrai spectacle et pas un simple concert : “Ma Benz”. Un groupe dont les instruments sortent de l’écran géant par des portes vient pour jouer le morceau. Un niveau au-dessus des dj’s, l’écran s’ouvre dans ses deux coins et laisse apparaître deux danseuses de chaque côté avec des barres de strip-tease. Enfin elles sont complétées sur scène par trois danseuses dancehall. Lord Kossity rejoint Kool Shen et Joey Starr pour un moment explosif et chaud. Plusieurs fois les musiciens jouent des arrangements qui sonnent beaucoup plus dancehall ce qui donne une vigueur et un gros dynamisme au morceau. Grosse démonstration.

L’ambiance carribéenne ne s’arrête d’ailleurs pas là puisque Joey Starr et Natty proposent un moment carnaval.Sur un son soca, les deux compères accompagnés par Kool Shen et des danseurs font passer la foule de gauche à droite, puis l’a font sauté. Un grand moment de sport ! Nos émotions ne sont pas terminées (ça tombe bien on en redemande). Des moments forts avec “Tout n’est pas si facile”, avec un gros ghettoblaster affiché sur l’écran, et “Un ange dans le ciel”, de l’adrenaline plein le corps avec “Qu’est-ce qu’on attend ?”, des flashbacks avec “Popopop” et “Check the flow” en featuring avec Papa Lou. Pour “Laisse pas trainer ton fils”, Kool Shen rappelle la nouvelle dimension de cette chanson depuis que les deux collègues sont parents. Ils sont accompagnés, comme pour des chansons précédentes, de quatre choristes logées dans les coins de l’écran géant en hauteur.

N’oublions pas le forcément très attendu pass pass le oinj dont voici justement un extrait en vidéo :

Aktuel Force vient assurer un interlude danse comme ça a toujours été la tradition pour les concerts de NTM. Les derniers gros moments forts sont “Paris sous les Bombes” pour lequel une trentaine de personne rentrent sur scène en sortant d’un train dessiné sur l’écran géant, bombe de peinture à la main, pour ensuite laisser Joey Starr et Kool Shen assurer la chanson.

Voici d’ailleurs un extrait vidéo de ce très beau moment :

Temps fort aussi sur “IV My People” avec Zoxea, Busta Flex et Lord Kossity qui mettent le feu à Bercy à leur tour. Tout le monde se retirent ensuite de scène.

Bercy plongé dans le noir gronde, hurle, crie, en veut encore plus après cette énorme performance. Le bruit est vraiment indéscriptible et donne des frissons. Après quelques minutes de folies, NTM refait son entrée toute en puissance pour “Seine St-Denis Style” revue et corrigé avec la musique de “Smells Like Teen Spirit” de Nirvana. Les danseuses vénéneuses ont dans le même temps repris place en haut de l’écran. C’est l’explosion à chaque refrain, de la folie furieuse pour ce final énorme. Un vrai final de feu. Les deux collègues saluent la foule et s’en vont, le concert est fini.

Personnellement j’ai vécu le meilleur concert de ma vie jusqu’à maintenant. Plus qu’un simple concert, NTM a donné un vrai spectacle où toutes les composantes du hip-hop étaient présentes. De plus, tout a été réfléchi pour donner une nouvelle couleur, mise en scène à chaque morceau. NTM a tout donné et je vous avoue que moi aussi. N’étant pas sûr de les revoir sur scène un jour (je ne sais même pas si j’en ai envie après ce concert histoire de laisser ce moment comme il est) j’ai chanté toutes les chansons par coeur, sauté et lever les bras malgré les crampes. Même si le lendemain je boîtais et que je n’avais plus de voix qu’importe ! NTM n’avait en fait pas besoin de dire qu’ils venaient remettre les choses en place pour le rap français en live, puisqu’ils l’ont fait d’eux-même. Juste inoubliable ! Après ça j’ai envie de vous dire qu’Urban Peace … non vous savez ce que je vais dire !

Peace

Dany aka Rastaiam & Adrien aka Big Ad -Streetblogger.fr (vos serviteurs)-

PS: Cet article a été écrit avant Urban Peace 2 et les incidents qui y ont eu lieu. Néanmoins ils prouvent bien la différence entre un live de rap français et un live de NTM.

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Adrien AkA Big Ad, Streetblogger (votre serviteur)

    2 Comments. Leave your Comment right now:

    1. by tino

      sisi ! !Merci Rasta Iam ! ! ! pour le Supreme a base de po pop po po ! ! Tres bel article pour un super concert ! !
      Longue vie a Rasta IAM, à S Blogger et au vrai HH !

    2. Tu me mets la bave à la bouche, moi qui hésite encore terriblement d’voir les deux types sur Lille, j’vais sûrement pas tarder a aller chopper ces fameuses placxes pour en avoir aussi plein la vue :]

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