Pay hommage

Lorsque James Yancey alias Jay Dee aka J Dilla a succombé à la maladie Février 2006, le Hip-Hop est peu à peu devenu moins cool. On n’arrête pas de se poser des questions du genre « qu’aurait-il continué de faire s’il était encore de ce monde ? », « pourquoi est-il parti si tôt ? » mais celle à laquelle on peut trouver des débuts de réponses, c’est évidemment « qu’a-t-il gardé en réserve dans ses archives secrètes ? ».

Beaucoup d’artistes aujourd’hui, comme les membres de la tribu Soulquarian, à savoir The Roots, Common, Erykah Badu, Q-Tip et même Busta Rhymes (avec sa mixtape Dillageance), lui ont tour à tour rendu leurs plus beaux hommages, parfois en reprenant des productions totalement inédites. Ça fait toujours chaud au coeur de pouvoir entendre un travail de Dilla qui n’a jamais vu le jour ou une chanson qui lui est dédiée. Mais même si certains beatmakers en herbe s’en inspirent énormément et que Detroit a trouvé sa nouvelle coqueluche au travers de Black Milk, des fois ça ne suffit pour combler ce manque, ce vide, ce cratère qu’a engendré sa perte dans le Hip-Hop. 

No payday…

Alors il faut se mettre à chercher, fouiller, dans les bacs, voir du côté de maxis (rares et chers), de certaines offrandes exclusives comme cette réédition exceptionnelle de Ruff Draft chez Stones Throw ou la compilation Jaydeelicious composée de ‘unreleased’ (pour faire cainri) et remixes des Pharcyde et les Brand New Heavies. D’autres surprises font surface sur Internet, comme par un doux hasard, c’est le cas de Pay Jay

Je resitue le contexte de l’époque. Jay Dee a opté pour un autre pseudonyme, J Dilla, du fait de la ressemblance avec un autre homonyme, J.D., les initiales de Jermaine Dupri. Pour éviter la confusion justifiait-il légitimement. J Dilla venait aussi de quitter en bon terme son groupe Slum Village et signe un deal chez la maison de disque MCA en 2002 et prépare un album solo pour 2003, ce fameux Pay Jay. Disque qui ne verra jamais le jour avant ce mois d’Avril 2008 lorsqu’il a commencé à circuler sur Internet après qu’un DJ ait annoncé sa probable (je dis bien ‘probable’ !) publication chez Stones Throw, pour une date inconnue. Mouais. Si Pay Jay n’a jamais pu sortir à la date qui était prévue, c’est pour des histoires de business entre labels, puisque MCA s’est fait engloutir par Geffen Records peu de temps après. C’est révoltant, je sais, le label Rawkus aussi en avait fait les frais. 

Bref, je télécharge ce bootleg – cessez ces grimaces hypocritement offusquées – et je découvre ce trésor par moi-même : 11 morceaux dont un remix et…des producteurs 44 carats ! Le seul titre que je connais dans le lot, c’est « Fuck The Police », un maxi édité en 2001 et qui a été placé sur l’une des deux compilations Chrome Children de Stones Throw en 2006 ou 2007, je ne sais plus exactement. Mais ce qui me surprend le plus, ce sont les différents producteurs conviés sur ce projet : Pete Rock, Supa Dave West des De La Soul, Nottz, ?uestlove & Kariem Riggins, Waajeed et Kanye West ! Un truc de ouf. Je démarre l’écoute avec « Diamonds » produit par Nottz, un petit bijou. « We F’Ed » invite les Frank-N-Dank, des proches de Dilla qui eux aussi ont vu leur album moisir dans un fond de tiroir chez MCA. L’instru est signé Kanye, le Kanye d’avant son accident, celui qui s’est révélé sur Blueprint de Jay-Z. Pas étonnant par conséquent de reconnaître le type de ligne de basse monstrueuse qui a été utilisée sur « Takeover » de Jayhovah. « Remember » et son remix sortent tous deux de la MPC magique de Pete Rock, avec une figuration notable de Bilal pour apporter un côté nusoul. Je constate par ailleurs que les titres sont relativement courts (trois minutes en moyenne) et que J Dilla rappe plus qu’il ne produit. 

L’album sonne très Detroit, il fallait s’en douter. L’album parle des rue, des voyous (« Fight Club » produit par Waajeed, futur Platinum Pied Pipers)et des nanas de cette cité de l’industrie automobile. « Trucks » et ses sonorités électronisantes préfigurait la future évolution stylisque de Dilla lors de son arrivée chez Stones Throw, mais rien ne permet de certifier qu’il s’agit bien d’une production qu’il ait conçu de ses propres mains. Sur Wikipédia, j’ai cru comprendre qu’il y avait également Hi-Tek et Madlib présents à la production de Pay Jay. J’aurai tendance à penser que « Creeping On You » et « Drive Me Wild » sont réalisées par l’un ou l’autre de ces producteurs, à moins que l’album bootlegué ne soit incomplet, c’est une éventualité. « No One Knows » quant à elle est produite par Dave West, Dilla nous fait une belle prestation de flow. C’est l’occasion pour nous de découvrir plus amplement sa facette de rappeur. Dommage par contre que « Unknown » soit inachevée, comme sa brillante carrière…  

Le futur, que nous réserve-t-il ?

Illa JProchainement, on retrouvera dans les étals de nos disquaires certaines de ses productions léguées à Q-Tip sur The Renaissance prévu pour la fin de l’année chez Motown Universal, et bien sûr sur Yancey Brothers de son petit frère Illa J (son myspace), qui commence à se faire les dents dans le milieu. Et comme il le dit sur son single, « We Here ! », l’aura de Jay Dee perdurera grâce à son cadet. On parle aussi d’une tape Dillageance part 2 de Busta, à confirmer !

About the author

Ex-rédacteur/chroniqueur pour Rap2K.com et... biométricien !

  • J Dilla: Still Shining Documentary
    J Dilla: Still Shining Documentary
  • (Dé)compositions de My Dark Twisted Fantasy
    (Dé)compositions de My Dark Twisted Fantasy

4 Comments. Leave your Comment right now:

  1. by Jules

    Jay Dee etait parti sur sa periode kraftwerk bien avant StonesThrow, pour preuve l’album 48 hours de Frank & Dank, 100% synthetique et entierement produit par jayDee

  2. by nsia

    1comment en mode passage éclair d’une très grande fan de Mr James Yancey j’ai vu son petit frère ILLA J au Bus PALLADIUM ainsi qu’Aloe Blacc et son compère DJ Exile et franchemeent il a vraiment du chemin à se faire s’il veut marcher sur les traces de son frère qui était un génie faut pas avoir peur des mots…il avait essayé de rapper sur des hits que son frère a produit mais c’était vvraiment naz essouflé peine à poser son flow comme des géants qu’il veut imiter tel que q tip busta ça faisait mal très mal il a peut être du talent son talent à lui mais dans la mêm voie que son frère qui a su créer son empreinte artistique à travers ses beats énormissimes éspèrons qu’il sache se tailler 1costume à sa mesure…mais sa prestation à Paris était décevante par contre ALOE BLACC ET la cuisine MPC en live D’Exile huuummmmm là nos oreilles ont été comblées Ciao!!peace!!

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