Certains scientifiques s’intéressent de très près à un phénomène qui devient récurrent ces dernières années : la solitude du rappeur. En effet le rappeur est un être bien souvent délaissé, lesé de toute relation sociale et qui végête dans un déluge d’opulence dû à son statut de superstar. Mais comment profiter de sa fortune lorsque l’on est seul ? Comment peut-on étaler tout son charisme lorsque seul un miroir ou l’horloge parlante daigne vous répondre ? Face à cela des artistes en mal d’amis on trouvé la parade depuis quelques années : inviter d’autres artistes seuls dans leurs clips et ainsi se faire des amis.

Cette technique ou pourrait-on dire ce trafic d’amis, puisque certains sont quasiment présents sur presque deux tiers des clips diffusés aux Etats-Unis, s’est développé depuis le début des années 2000. Dr Dre dès 1999 avait mis le feu au poudre en réunissant pour “Still Dre” plusieurs têtes d’affiche de la côte Ouest américaine. Puis comme une trainée de poudre, la contagion s’est répandue sur tout le territoire de l’oncle Sam. Le professeur Jackson, de l’université de Yale, a été un des premiers à avoir vu le phénomène venir: “Très vite ça a été les filles, dès les premiers clips dans les années 80, mais dans le milieu des années 90, on sentait les rappeurs un peu prostré dans leurs videos. Alors certains on franchit le pas, je pense à Master P avec “Make Em Say Uuh”, même si les moins avertis n’avaient pas reconnu tout le monde, je pense que c’est ce qui a poussé plus tard Dr Dre et Diddy à monter de plusieurs échellons dans l’escalade d’amis célèbres dans leurs videos. Car il faut bien spécifier que si ami il y a, il doit jouir d’une certaine notoriété, sinon le rappeur ne pourra pas se sentir important !”. Mr Jackson vient là de prononcer le nom d’un des caïds du milieu du trafic d’amis connus j’ai nommé Diddy. Sa video de “Bad Boy 4 Life” dépasse tous les sommets dans l’affichage d’amis devant la caméra. Des dizaines de personnalités en mal de relations sociales se retrouvent sur ce clip, on aperçoit même des sportifs tels Mike Tyson ou Shaquille O’Neal, et des acteurs comme Ben Stiller. La barre est placée très haute et les intermédiaires dans ce genre de trafic deviennent très vite débordés. Ils agissent en toute impunité et ont même pignon sur rue pour beaucoup à travers des sociétés écrans qui revendiquent exercer du “management d’artiste”, mais la réalité est toute autre.

Un habitué de ce genre de pratique a accepté de témoigner en gardant l’anonymat, son témoignage est édifiant : “J’étais un DJ assez respecté dans le milieu underground de Miami, puis un jour à une convention nationale des anciennes victimes de la dépendance au menu Bucket grand format du KFC, j’ai rencontré un rappeur du nom de Joe, Fat de son prénom. On a discuté puis j’ai accepté de lui produire un son pour l’album qu’il préparait à l’époque. J’ai eu de bons échos mais je n’étais pas satisfait. Ce succès me rendait encore plus seul. C’est là qu’on m’a dit que certains artistes dans le même état que moi recherchaient des amis pour leurs clips. J’ai commencé sur un clip de Fat, puis de là je me suis fait des connexions dans le milieu et j’ai commencé à apparaître dans beaucoup de videos. De fil en aiguille, j’ai noué des amitiés et parfois on se revoit avec d’autres pour faire des ballades sur la plage ou dans les bois. Je dois avouer que je suis venu assez dépendant à cette pratique. Cette année j’ai dû participer à pas loin d’une vingtaine de clip comme Sean Kingston, Kardinall Offishall, Rick Ross, Plies, Fat Joe… Pourtant chaque mois de septembre depuis trois ans je sens une rechute. Alors je sors un album où j’invite tout un tas d’artistes dans ma situation. Pour mieux laisser éclater mon soulagement je crie tout ce qui me passe par la tête dans l’introduction des chansons puis je les laisse chanter. Je dois avouer que cette pratique d’apparition dans les clips m’a énormément aidé à me faire connaître alors que je n’ai quasiment aucune activité artistique. C’est pour ça que je continue de m’afficher dans tous les clips, car je peux faire prospérer mes affaires de mieux en mieux.” En effet, cette pratique permet aux artistes de toujours garder leur image au plus haut quand les ventes de disque s’essouflent ou qu’ils sentent qu’ils se font oublier. Beaucoup savent qu’avoir pleins de copains connus permet de faire prospérer les affaires.C’est pour cela que des artistes anonymes ont mis en place le site de rencontre pour rappeurs du nom de mcfriendfinder.com. Un site de réseau social, où le rappeur se créer un profil avec sa photo et quelques informations comme l’âge, le sexe, la taille du compte en banque ou le nombre de voitures sont renseignées. Les rappeurs peuvent ainsi se retrouver en toute intimité pour des discussions et ainsi apparaître sur une chanson ou dans clip de l’autre et vice-versa pour des bénéfices avantageux pour l’un comme pour l’autre.

Pourtant les accrocs deviennent de plus en plus répétitifs dans ce trafic d’amis. Dernièrement, Fat Joe, plusieurs fois cité dans le témoignage de notre témoin anonyme, a tourné la video de son titre “You Ain’t Say Nuthin'” avec Plies et Dre. Or quelques semaines plus tard, il lance sur le net le remix de cette chanson avec des rappeurs beaucoup plus cotés que sont The Game et Lil’ Wayne. Complètement chamboulé par la nouvelle Plies appelle Fat Joe au téléphone. Inconsolable, Plies aurait demandé avec des soubresauts dans la voix les raisons de cette trahison à Joe qui aurait répondu vouloir redoré son blason dans le rap game. Face à ce désaveu, Plies aurait décidé de se retourné vers des chanteurs de R&B pour ses prochaines collaborations assurant être au courant de leur versatilité et qu’il savait dorénavant à quoi s’en tenir. Souvent les amis d’hier sont les ennemis du jour et il est parfois arrivé que certains “amis de clips ou de chansons” deviennent des ennemis et s’insultent par chansons interposées. Je vous conseille à ce sujet le livre de 50 Cent “Comment j’ai dissé tous mes amis dans la musique et même ma mère”.

Il reste pourtant des victimes innocentes de cette pratique : les cadreurs. Sollicités toutes l’année pour tourner des clips, les cadreurs supportent de moins en moins leurs conditions de travail. Plusieurs d’entre eux ont été interné. Franck S. en direct de la maison de repos de Mobile en Alabama raconte : “J’ai commencé à ressentir de grosses fatigues sur le tournage d’Elevator de Flo-Rida. Il avait invité tout un tas de rappeurs via internet et tous voulaient leur plan individuel d’une demi-seconde pretextant qu’ils avaient fait des milliers de kilomètres dans leurs jets privés pour ça ! Ca a pris quatre jours pour tous les avoir. Le monteur est depuis devenu fou et rêve de Rick Ross nu toutes les nuits malgré les médicaments. Quant à moi, j’ai dû arrêter après mon cinquième clip de l’année avec Akon en featuring. Je ne supportais plus sa voix et j’ai explosé tout l’équipement dans une crise de démence.” Des propos qui choque. Cependant il semble que la conjoncture ralentisse ce trafic d’amis. Dernièrement Diddy, devenu un parrain du milieu, à exprimer son incapacité à se déplacer à cause de l’augmentation des prix du pétrole rendant les frais de carburant pour son jet privé trop important. Un répit qui sonne comme une petite victoire pour tous les techniciens et les victimes occulaires de ce trafic, qui tend à dépasser les frontières américaines. La France semblerait déjà touché en quelques petits endroits. Un rassemblement d’adeptes aurait même lieu au Stade de France le 4 Octobre 2008 sous couvert d’un événement pour la paix urbaine. On en tremble d’avance.

Peace

Adrien aka Big Ad -Streetblogger.fr (votre serviteur)-

PS: Cet article est bien évidemment une satyre qui vise à faire remarquer cette pratique récurrente d’inviter des “amis” rappeurs célèbres dans ses clips qui limite à mon sens la créativité visuelle aussi bien que musicale puisque souvent, ces artistes se retrouvent sur leurs disques respectifs; une collaboration en valant une autre en retour, pour préserver les affaires. Cela freine à mon goût la créativité et l’esprit de compétition artistique qui la stimule. Voilà pourquoi je me suis permis d’écrire ce petit article dans lequel les témoignages sont faux et les situations aussi à part l’anecdote sur Diddy et le prix du pétrole qui est 100% véridique (à voir sur son blog). Reste que cela exprime mon sentiment d’usure face à ce manque cinglant de créativité qui a pourtant fait l’intérêt du hip-hop. Chacun est bien sûr libre de penser ce qu’il veut à ce sujet et je vous invite d’ailleurs à laisser vos commentaires que vous soyez d’accord ou pas !

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Adrien AkA Big Ad, Streetblogger (votre serviteur)

  • Listen To The Vibe : Special St Valentin
    Listen To The Vibe : Special St Valentin

6 Comments. Leave your Comment right now:

  1. Pingback: Nelly “Brass Knuckles” @@ « Sagittarius Hip-Hop reviews

  2. by Flow

    Terrible ton article, j’me suis tapé une vraie bonne barre en le lisant, et ce que tu dis est tellement vrai malheureusement.

  3. Pingback: DJ Khaled “We Global” @@ « Sagittarius Hip-Hop reviews

  4. Excellent l’article !
    Je penses la même à vrai dire. Carrément saouler par ces même têtes qu’on voit tjs ds les clips, toujours ces même inséparables qui font tous le même copier-coller sur leurs albums respectifs.
    En tous, Big Pun doit se retourner ds sa tombe en voyant tout ce massacre car le Fat Joe actuel est clairement gerbant par rapport au passé …

  5. by Big Ad

    Merci pour les comm’ ça fait plaisir ! Merci à Sagittarius pour les rétroliens ça aide bien 🙂

    Peace

    Adrien aka Big Ad

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