Grâce à Doctor’s Advocate, The Game a prouvé à la face du monde qu’il ne devait pas son talent qu’à son recruteur Dr Dre et les refrains de 50 Cent, mais qu’il demeurait bel et bien le nouvel émissaire de la Westcoast. C’est en lui seul qu’il a puisé les ressources pour tenir le coup dans le rap game, au fait que les gens l’ont enfin accepté comme un vrai MC à part entière – qui sait en plus très bien choisir lui-même ses producteurs -, voguant bien au-delà de sa simple réputation de Bloods originaire de Compton pris sous l’aile du bon docteur en 2004 alors qu’il savait tout juste rapper. Avec le temps, Chuck Taylor (son autre alias) s’est aussi assagi, il attise moins la controverse. L’avez-vous entendu assener un diss ces derniers mois, hormis une pique envers les G Unit placée dans une interview ? Comme quoi, sa campagne G Unot a fait son effet, tout comme le buzz autour d’une possible collaboration avec Dr Dre sur The D.O.C., devenu LAX (le nom de l’aéroport international de Los Angeles), annoncé comme étant son dernier album solo… Info ou intox ? Le mystère demeure, mais le MC de Compton est notoirement une girouette de nature…

Ah si, j’ai omis de parler de son étoile rouge “L.A.” tatouée sur sa joue par-dessus son papillon et de son séjour écourté en prison (moins d’une semaine) qui lui a fait un peu de publicité, peu après avoir insinué dans la presse qu’il avait des pensées suicidaires. J’avais presque oublié ces détails tellement ça paraissait obsolète à côté de ce qu’il se tramait autour de ce troisième LP. Après cette parenthèse judiciaire, des extraits ont été ‘leakés’ sur le Net et diverses mixtapes promotionnelles, de Mars à aujourd’hui (26 Août) : « Big Dreams », « 911 is a Joke » en hommage à Sean Bell, « Superman » produit par Just Blaze, « Ain’t Red Magic » feat Lil Wayne, « Camera Phone » avec Ne-Yo, « Gangsta Party » feat Akon, « Ain’t Fuckin’ With You » produit par les Trackmasters, « Spanglish »… Des tracks qui ont finalement finit écartées du tracklisting définitif pour compléter une liste impressionnante de ‘leftovers’. Aucune session avec Busta Rhymes, Mary J Blige ou Snoop Dogg n’ont été retenues sur cet opus, ni de prods de Timbaland, Swizz Beatz et encore moins de Dr Dre, simplement parce que la fameuse rencontre tant rêvée entre le maître et l’ancien élève renvoyé n’a pas eu lieu. On estime à 50 le nombre de morceaux enregistrés pour les besoins de LAX (Wikipédia en a dressé une liste). Plutôt que d’imaginer comment aurait pu être le LAX idéal (comme je l’avais fait pour Tha Carter III sur Streetblogger), il vaut mieux se contenter de ce que l’on a sous la main et c’est ce que je vais tâcher de faire.

L’introduction (comme l’outro) est dictée par les bonnes paroles prêchées par DMX (qui doit se repentir derrière les barreaux à l’heure qu’il est), un des invités surprises de l’album. Des notes de piano à l’intensité dramatique ouvrent sur « L.A.X. Files », un dossier brûlant sur l’état des lieux complet sombrement réaliste de la Cité des Anges en cette année 2008, sur lequel The Game délivre un flow nerveux et vif pour garder l’auditeur en alerte. A la suite de ce constat moribond, il décrète immédiatement avec Ice Cube le « State of Emergency » dans tout Los Angeles. La présence de Cube est d’autant plus symbolique qu’elle sous-entend que Game peut faire un bon représentant émérite des N.W.A., comme lui en revendiquait sa filiation avant même son premier LP. Ni en rouge et surtout pas en bleu, l’un comme l’autre se vêtent usuellement de noir (comme pour guère montrer aucune affiliation à un gang), une couleur – si je puis dire – qui sied bien au climat westcoast de ce troisième disque lancé par ce thème sur l’insécurité.

Après ces deux instrus signés JR Rotem, au tour de Jelly Roll d’apporter sa contribution en perpétuant lui aussi une atmosphère oppressante pour la démonstration de storytelling « Bulletproof Diaries », une coopération East/West avec le lyriciste d’exception qu’est Raekwon (seul représentant de la forteresse Aftermath). Vers le milieu de LAX, « Let Us Live » (feat Chrisette Michele) et « House of Pain », respectivement produits par Scott Storch et DJ Toomp, nous replongent dans cette ambiance ‘dark’. Même le « Gentlemen’s Affair » avec Ne-Yo possède un côté obscur, c’est dire l’humeur tendue. Le mot de la fin « Letter to the King » avec Nas parachève l’album sur une triste note soulful (léguée par Hi-Tek), avant de retourner la parole à DMX pour une dernière prière.

« California Sunshine » parvient à apporter quelques fins rayons de soleil, une track estivale plombée par une production de Nottz sans entrain, malgré des percussions exotiques, et un Bilal qui se satisfait du minimum syndical. Nottz ne semble pas très à l’aise aux côtés de The Game et Ludacris, l’hydro-funky « Ya Heard » est assez frustant à écouter, le beat ressemble trop à du Jelly Roll. Pour se faire plaisir, il faut se passer « Angel » feat Common sur une production de Kanye West samplant « Angel Dust » de Gil-Scott Heron, idéale pour rouler décapoté.

Parmi les quatre morceaux enregistrés avec Lil Wayne, il n’y a que le peu joyeux « My Life » qui a été retenu, de surcroît pour être le 3e single. Weezy s’occupe simplement du “hook tuné”, sur un instrumental des Cool & Dre. Les producteurs basés à Miami réalisent également « Money » sur fond de Betty Wright. Il est vrai que les singles dispos ne sont pas réellement représentatifs de LAX, mais ils sont pour le moins très bons, voire très bons. Je pense bien entendu à « Game’s Pain » avec Keyshia Cole et l’énorme « Dope Boys », produit par un inconnu du nom de 1500 or Nothing, assisté par Travis Barker à la batterie (déchaînée) et DJ Quik aux synthés. The Game en profite dans le clip pour faire de la pub gratuite pour les écouteurs développés par Dr Dre. 1500 or Nothing (c’est le prix qu’il demande pour une prod?) fait aussi sensation avec le très sensuel « Touchdown ». Le MC s’exerce à rimer en ‘S’ ou ‘X’ pour deshabiller les filles sur un instru lounge à tendance nusoul, inspirée par Curtis Mayfield et complémentée par le crooner Raheem DeVaughn.

Les name-droppings à outrance sont encore d’actualité, or je tiens pour mémoire à rappeler que son pseudonyme est ‘The Game’, il représente le ‘game’ et donc nommer des groupes ou artistes hip-hop/r&b fait partie de son créneau. Puis avec le temps, on a tous fini par s’y accoutumer à cette manie, surtout qu’ici, les noms qu’il cite sont plus fondus dans ses textes. Sur le ‘Dréesque’ « Never Can’t Say Goodbye », le rappeur va jusqu’à ressasser la vie peu de temps avant la mort des icônes 2Pac, Notorious BIG et Eazy-E. Chose étonnante, l’interlude « Hard Liquor » où l’on entend derrière l’instru du même titre bootleg featuring Kokane, datant de 2006 je crois.

 

Pour résumé, LAX est un album momentanément assombri par des samples rock ou des grosses basses bien graves, il est plus dense que les précédents (19 morceaux et des bonus pour les fans), des caractéristiques que tout le monde n’appréciera pas forcément. La vibe est Westcoast dans sa majorité (non-absolue), quoi de plus évident, avec toujours cette facette Eastcoast derrière le micro. Pas d’évolution notable d’un point de vue stylistique par rapport à Doctor’s Advocate (qui reste son meilleur disque à mon humble avis), mis à part un flow un plus fluide, beaucoup moins poussif que sur The Documentary pour la comparaison. The Game confirme une fois de plus qu’il a un flair incroyable pour dénicher des instrus ou des rookies de la production. Je parle plus précisement du claviériste Ervin “EP” Pope, 1500 Or Nothing et Knobody, les nouvelles recrues qui brillent respectivement sur les singles « Game’s Pain » et « Dope Boys », de quoi faire poids égal avec d’autres producteurs bien implantés dans le milieu.

Comme pour les name-droppings toujours aussi omniprésents dans ses lyrics, on pourrait blâmer – à tort – la quantité d’invités, ne laissant que trois solos sur l’addition, dont le terrible « House of Pain ». Mais parmi tous les featurings, seuls Common, Raekwon, Nas et Ludacris laissent chacun un couplet, les autres, chanteurs r&b ou rappeurs (les deux quand il s’agit de Lil Wayne qui a ravalé l’autotune) s’occupent uniquement du refrain et quelques ad-libs pour agrémenter. Juste ce qu’il faut et c’est très bien ainsi.

Il apparaîtra peut-être que LAX soit moins plaisant à écouter que les autres disques de Game. Même si l’ensemble est solide et sérieux, et que le MC reste farouchement attaché à ses convictions, je n’arrête pas de penser intimement que le résultat aurait pu être plus probant. La maturité semble être la prochaine étape pour lui. Il faudra toutefois qu’il personnalise un peu plus son environnement sonore plutôt que de reproduire ce qu’il a appris aux côtés de Dr Dre. Comme pour Doctor’s Advocate, la production est partiellement alimentée par un son générique Aftermath grâce à la participation notamment de replicatas du Doc, tels que Nottz et les deux “Dr Dre blancs”, j’ai nommé Scott Storch et Johnathan “JR” Rotem. Mais il n’y a que le légendaire Dr Dre (à l’agenda ultra-over-booké) qui pourrait galvaniser à nouveau The Game. Ce dernier prouve là qu’il est définitivement un artiste confirmé qui ne démérite pas son statut de gangster-rappeur défenseur de la cause Hip-Hop.

Croisons les doigts pour que Detox remette la Westcoast au premier plan.

About the author

Ex-rédacteur/chroniqueur pour Rap2K.com et... biométricien !

  • Raekwon à la Bellevilloise
    Raekwon à la Bellevilloise

Leave a Reply

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>