En marge du concert qu’il donnait en compagnie des Cool Kids et de Jay-Z, Common nous recevait en conférence de presse dans un hôtel parisien. Face à un parterre de journalistes il nous a exposé les grandes lignes de son futur album ainsi que ses projets cinématographiques. Cette rencontre avec la presse française était aussi l’occasion de pouvoir apprécier la personnalité de cet artiste complet.

Pendant notre attente, on nous prévient que l’écoute du futur album de Common aura lieu après la conférence de presse et non avant comme cela était prévu à la base. Ce petit revirement de situation a permis à Common arrivé (presque) à l’heure de longtemps parler de sa carrière et de son chemin jusqu’à son futur album prévu pour le 23 Septembre. Le nom de ce prochain opus qui paraîtra au lendemain de l’automne est “Invicible Summer”. Cependant avant de parler de l’élaboration de cet opus, Common a remonté au fil des questions sa carrière et sa vision du hip-hop.

Son parcours

Toujours posé et courtois, Common nous explique qu’il a dû franchir plusieurs paliers depuis le début des années 90 (son premier album date de 1992), pour en arriver à sa situation actuelle. Il nous raconte avec passion comment il a réussi son rêve de devenir MC en partant de la classe moyenne de Chicago dans laquelle il a grandit. Il nous explique qu’il s’est construit en alliant sa culture et son goût pour l’éducation tiré de sa mère professeur, de son parcours en école privée et de sa vie dans les quartiers. Tout cela ne fait pourtant pas un MC au goût de Common. Il nous démontre au travers de ses réponses, que ce qu’il faut pour être un MC, c’est la mentalité Soul. “Ca vient du coeur”, clame t’il. Tout simplement. C’est comme ça que Common a toujours fonctionné en ouvrant son coeur sur chacun de ses lyrics. Il raconte comment ses voyages et ses expériences l’ont rendu plus fort et l’ont toujours incité a continué à écrire et a rappé. Et ce malgré les échecs, comme a pu l’être “Electric Circus” sur le plan commercial. Il faut dire que cet album assez expérimental qui mélangeait quelques productions de Pharell et J-Dilla, avec une grande majorité de compositions de ?uestlove des Roots, avait quelque peu rébutté le public. Ce n’est qu’avec Kanye West, rencontré par l’intermédiaire de Pharell, que Common signera son grand retour avec les albums “Be” en 2005, et “Finding Forever” en 2007.

Sa vision du Hip-Hop

Ce n’est pas pour autant que Common s’est montré rancunier envers le monde du Hip-Hop. Pour lui le mouvement garde son essence orginelle tout en restant innovant. Pour souligner ce phénomène il a très souvent employé les mots “Roots’ (racines) et “Fresh” (frais) tout au long de cette conférence. Pour lui chacun exerce le Hip-Hop à sa manière. Il cite Lil’ Wayne, qui décidement fascine énormement de ses congénères. Selon lui le Hip-Hop reste un mouvement unifié malgré tous les courants qui en ressortent mais aussi une internationalisation qu’il apprécie énormement. Il reste fondamentalement une manière de vivre  et de s’exprimer au travers de textes, de musique, de danse ou de manière de s’habiller. C’est dans cette manière de voir et de réfléchir que Common s’est accomplit, nous avoue t’il. Et c’est encore comme ça qu’il travaille aujourd’hui. C’est dans un esprit créatif mais toujours fidèle à lui-même qu’il est rentré en studio pour son nouvel album.

La genèse d’Invincible Summer

Common raconte que la volonté de faire cet album lui est venu lors d’un afterparty animé par son DJ. Alors que ce dernier enflamme la soirée, Common se rend compte que son propre DJ ne joue aucun de ses sons. C’est à ce moment là que lui est venu l’idée d’un album dédié aux clubs et à l’été.  Cependant toujours animé par ce côté Soul qui le caractérise principalement, il prévient que les morceaux d’Invincible Summer n’auront rien à voir avec les morceaux clubs conventionnels que l’on entend actuellement. Il précise de manière limpide que “la Soul n’est pas incompatible avec les clubs”. Il rassure en ajoutant que cet album garde les valeurs du Hip-Hop à la fois ancrées aux fondements de cette culture mais aussi tournées vers la création. Et pour ce qui concerne ce dernier aspect, Common avoue que pour lui les seuls qui pouvaient lui permettre de créer musicalement étaient les Neptunes qui sont crédités de six titres sur cet album. Ils incarnent pour Common, les producteurs les plus doués de leur génération.  Même s’il les a fait venir par soucis de créer, il tempère toutefois en expliquant qu’il leur a demandé de garder les éléments de base du Hip-Hop. “Create some good music” est le maître mot de cet album pour son interprète. Aux Neptunes s’ajoutent, deux productions de celui qui a créer le son d’Outkast, Mr DJ. Là encore cela reflète la volonté créative de Common, mais cette fois-ci vraiment orientée soulful à 100%. Madlib qui aurait selon les rumeurs livrés lui aussi deux autres instrumentaux s’inscrit lui aussi dans ce schéma voulu par Common.

Plutôt que de choisir la sécurité en repartant pour un troisième album avec Kanye qui l’avait fait ressurgir au devant de la scène, Common a donc choisit de suivre son désir créateur avec les Neptunes qui avaient participé au nauffrage d’Electric Circus. Mais l’intéressé rassure que cet album n’aura rien à voir. Et à ceux sont devenus accros à Common durant sa période Kanye et qui s’inquièterait de ce changement, sachez que cela n’effraie pas du tout Common qui confirme garder la même ligne de conduite dans l’élaboration sa musique. Et cet album pourrait être aggrémenté par les nouvelles expériences du bonhomme qui depuis quelques temps s’essaient au cinéma.

Sa nouvelle carrière au cinéma

Concernant ce choix de carrière cinématographique qui concerne de plus en plus de rappeurs, il nous confie que cela lui est venu naturellement. Il a tout de suite pris conscience de l’opportunité de s’exprimer autrement qui s’offrait à lui. Cette nouvelle carrière lui a pour l’instant proposée que des rôles de tueurs ou de malfrats dans des films comme Smokin’ Aces, American Gangster, Au bout de la Nuit ou Wanted. Une situation qui ne le dérange pas puisqu’il argumente en montrant que la plupart de ces personnages avaient un coeur excepté le ripoux ultra-violent joué dans Au bout de la Nuit. Cependant il avoue espérer augmenter sa palette de rôle en jouant dans une grande comédie romantique ou dramatique. Cela ne semble pas encore à l’ordre du jour puisqu’il sera prochainement à l’affiche du nouveau volet de la série des Terminator.

Jouer devant la caméra, lui a permis d’envisager la musique autrement explique t’il. Si bien qu’il assure envisager la musique de manière beaucoup plus facile depuis qu’il donne la réplique sur grand écran. Un plus qu’on avait pu noter déjà sur son précédent opus mais qui se confirme sur celui-ci dont, après une heure de conférence conviviale et passionnée, nous avons le privilège d’écouter les huit premières chansons.

L’écoute

Sur chaque morceau, Common rentre dans la chanson pour nous la chanter en playback. Il reste néanmoins concentré sur l’auditoire et reste à l’affut de chaque réaction potentielle de notre part.

1. Universal Mind Control (f/ Pharell) : sorti sur le net depuis plusieurs mois ce morceau à la boucle électro qui rappelle les premiers hits d’Afrika Bambataa, en a surpris plus d’un. C’est la première fois qu’on retrouve Common dans ce registre et ce que l’ont peut constater c’est que le résultat est à la hauteur avec une production old school des Neptunes et Common qui pose sans dépasser la marge.

2. Announcement (f/ Pharell) : deuxième extrait placé sur le net depuis plus d’un mois aussi, il a reçu des critiques meilleures et plus unanimes que U.M.C. Là encore la production des Neptunes se veut old school mais plus orientée années 90. Common s’éclate au microphone et se trouve même un certain côté dur dans ses lyrics.

3. Make My Day (f/ Cee-Lo) : produit par Mr DJ, on reconnait tout de suite la patte du producteur des Outkast sur cette production assez rétro. Cee-Lo assure le refrain toujours dans son style unique.

4. Sugar For Sex : cette fois-ci les Neptunes sortent la grosse artillerie traditionnelle bardé de grosses caisses et de percussions dont ils ont le secret mélangés à des claviers qui ont fait l’empreinte musicale de leur son. Il livre cette énorme composition destinée aux clubs pour un Common qui raconte une histoire de séduction avec une stripteaseuse. Un sujet léger dans lequel il a tenu a rester correct dans les textes. Concernant la technique, il excèle toujours dans sa manière de poser et on ne peut que reconnaitre sa puissance tant il s’adapte avec aisance à une composition dont il n’a pas l’habitude.

5. Change : Common nous a expliqué qu’il voyait en cette chanson, une ballade qui marquait la fin de l’été. Là encore le résultat est séduisant. Mr DJ à la production tient son rang avec cette ambiance très posée et cool où Common constate l’état du monde. Cette chanson est conclue par quelques mots d’espoir de sa petite fille.

6. Punch Drunk Love (f/ Kanye West & Pharell) : vous en aviez rêvé ? Common l’as fait. Sur une production des Neptunes, Kanye West s’adjuge le refrain, Pharell s’occupe des backs et Common pose assez lentement au rythme midtempo de l’instru et se permet plusieurs ralentissements et arrêts dans ses couplets pour mieux harmoniser son flow à la musique. Un gros morceau encore une fois.

7. What Up World (f/ Chester French) : avec pour toile de fond l’histoire de son interprète, ce son à la composition pop/funk des Neptunes qui n’est pas sans rappelé certains sons de Kenna, devrait s’immiscer facilement dans les clubs du monde entier. Entrainant, dynamique, enjoué entre autre grâce aux refrains des protégés anglais des Neptunes, les Chester French, ce morceau permet une nouvelle fois à Common de faire preuve de son talent sur un autre terrain musical où on ne l’attendait pas.

8. Gladiator : cette chanson à l’introduction douce s’avère en fait, un brûlot au beat rapide et aux claviers déchainés, où Common retrouve la verve de ses débuts. Très rapide et technique, il dénonce la soif des médias américains qui ne demandent toujours que les mêmes gestes de la part de la communauté noire en recherchant toujours du sensationnel et du fantasque ainsi que de la violence et du sex. Il constate que très rapidement dès qu’un noir ou un artiste s’engage, il est rapidement étiquetté comme un radical. De loin LE meilleur morceau de l’album.

Au sortir de cette écoute, Common nous demande à chacun son avis concernant les deux chansons que nous avons préféré. C’est Gladiator, Announcement et Make My Day qui reviennent le plus souvent.

La conférence touche alors à sa fin et Common se prête volontier à une séance photo avec les journalistes. C’est dire l’aura et l’influence de cet artiste. Ce qu’on retient de ce personnage c’est tout d’abord sa classe, sa disponibilité et son caractère humble. Ce qui transpire de ses propos reste cette volonté créatrice attachée à un Hip-Hop qui ne peut se détacher de ses racines et dont il fait l’apologie. On comprend qu’il reste un artiste toujours à l’affut de découverte et d’originalité et qui se nourrit de tout ce qui est possible pour s’accomplir en tant qu’homme et ainsi en tant qu’artiste. Il n’oublie cependant pas les autres puisqu’il s’occupe d’une association à Chicago qui permet à des jeunes d’accéder à des livres qui leur permettent de commencer leur propre accomplissement Pour Common, la musique fait partie de ses moyens dans l’accomplissement de sa personnalité et “Invincible Summer” en est à la nouvelle étape.

Peace

Koudje Sylla & Adrien aka Big Ad -Streetblogger.fr (vos serviteurs)

PS: Aucune statue n’a été dressé en l’honneur de Common par les rédacteurs de cet article, à la suite de cette conférence. 😆

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Adrien AkA Big Ad, Streetblogger (votre serviteur)

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