La première fois que j’ai entendu parler de Bun-B, se fût sur le morceau ultra hype de Jay-Z  “Big Pimpin'”. Il apparaissait en compagnie de son défunt frère d’arme Pimp C. Ce morceau, je l’ai vomi plusieurs années avant de l’apprécier à la juste valeur de ses interprètes et de son compositeur alias Timbaland. Pendant cette période j’ai évité tous les morceaux avec Bun-B en featuring les assimilant à la catégorie looser.

Ce n’est que depuis l’explosion de Houston en 2005 que j’ai découvert Bun-B. Son premier opus, Trill sorti en 2006 était quelque peu décevant pour un MC de ce niveau malgré quelques classiques comme Get Throwed ou Draped Up avec un remix mémorable qui invitait toutes les têtes d’affiche de H-Town. Puis l’été dernier est arrivé l’énormissime album des UGK. Bun-B et Pimp C réunis sur un des trois meilleurs albums de 2007, déjà un vrai classique même pour les non-amateurs du son du sale Sud.

Le 4 décembre 2007, Pimp C meurt subitement d’un mauvais mélange de sirop et de médicament (voir l’article “Ce sirop qui empoisonne le rap game”) à l’âge de 33 ans. Déjà entrain de travailler sur II Trill, Bun-B pense alors arrêté. Mais c’est mal connaître ce old-timer qui était déjà présent sur la BO de Menace II Society. Ce qu’il faut savoir de Bun-B, c’est qu’il est largement au-dessus des rappeurs sudistes d’aujourd’hui qui éclosent chaque semaine, vécu oblige. Toujours gangsta dans l’attitude, lui et Pimp C n’ont jamais changé d’identité musicale mêlant toujours les vieux classiques de la Soul aux rythmiques sudistes avec des flows dont la grande force reste les backs, toujours placés au bon moment faisant qu’ils se superposent toujours sur les instrumentaux sans jamais dépasser une mesure.

Comme à son habitude Bun-B part dans plusieurs directions sur cet album. Un fil rouge subsiste sur cet album, c’est celui de l’hommage à Pimp C devenu une vraie icône depuis son décès. Presque tous les morceaux sont truffés des gimmicks habituels des UGK, tel “Trill Nigga Don’t Die” ou “UGK for life” tous dédiés à Pimp C sur cet album. Enfin sur le titre introductif , produit par le DJ Clinton Sparks, J. Prince, boss du label historique de Houston Rap-A-Lot, résume parfaitement ce que sera l’album en une phrase “I feel your presence Pimp”. Il y aussi bien sûr le célèbre “Underground King”, titre que Bun-B défend à la force de ses paroles et de sa technique sur cet opus.

Ce premier titre nommé logiquement II Trill fait office d’entrée du roi dans l’arène de part la sonorité de son instrumentale. Bun-B rentre dans le tas avec punch et des backs toujours bien placés, ce qui est une habitude de la maison. Z-Ro, dauphin de l’underground de H-Town, signe le refrain dans son style caractéristique, c’est à dire avec une voix lente au ton endormi. Autre morceau royal, Swang On ‘Em en compagnie de Lupe Fiasco. Les sonorités de fanfare laisse penser à un défilé du roi avec Lupe Fiasco comme invité du roi, qui bien sûr se fend d’un gros couplet avec l’hommage logique à un Pimp C qui a influencé son enfance. Avant dernier morceau de cette série royale, That’s Gangsta, premier single de l’album produit par J.R. Rotem. Après avoir produit Lindsay Lohan ou Paris Hilton, le producteur de “A la bien” de Soprano, rappelle qu’il peut livrer de lourdes productions. Celle-ci s’appuie comme souvent sur des claviers électroniques très eighties et puissant qui coulent comme un cascade sur un beat explosif que Bun-B arrose d’essence en remettant en place l’imagerie du gangster pour ceux qui croiraient encore que mettre les gilets par balles ou les t-shirts du G-Unit faisait d’eux de mauvais garçon. C’est le teenager Sean Kingston qui assure le refrain, et ô miracle il a retrouvé un accent jamaïquain ! Le dernier morceau du roi est réservé à la fin de cette chronique …

Avant cela on fait un tour musical du Sud sur l’énorme You’re EverythingMr Lee qui avait mis en musique le dernier opus de Paul Wall, livre une production aux basses saturés dont il a le secret. Il sample même Jodeci pour donner une dimension mélancolique et nostalgique à ce morceau hommage au vieux Sud. Bun-B se cale parfaitement sur ce tempo ralenti et invite jeunes et anciens du Sud. Rick Ross, David Banner, MJG et son compadre 8Ball qui lâche un couplet mémorable où il cite les noms des plus célèbres représentants du Dirty South d’aujourd’hui. La piste précédente propose un autre morceau midtempo avec l’invité incontournable, j’ai nommé Lil’ Wayne (on reparlera de son album). Il nous gratifie d’un couplet et demi à la mesure de son talent et à la décence de ne pas utiliser l’autotune avec lequel iil a pourri ses derniers morceaux. Pour un hôte comme Bun-B, Weezy donne un vraie collaboration et pas un simple couplet par mail et tire la révérence à feu Sweet Jones (Pimp C). A noter l’instru de Chops, ambiancée par les orgues et une guitare qui nous ramène au temps de UGK.

Dans la même veine, on revit le temps d’un morceau l’époque dorée de UGK. Underground Thang mis en musique reprend un sample aux trompettes entraînantes déjà repris à plusieurs reprises par Killer Mike entre autres. Sur ce morceau vitaminé on se souvient comment Pimp et Bun étaient complémentaires. La performance de Chamillionaire est a souligner car il est des seuls dont la manière de poser rappelle le plus le style UGK. En écoutant Underground Thang on peut se dire qu’il fait lui aussi parti des UGK. On est là au début du deuxième point culminant de l’album. Il se poursuit avec If I Die II Night avec Lyfe Jennings au refrain qui donne une dimension émouvante au morceau qui correspond avec l’ambiance de la composition de J-Roc. Bun-B assure ses deux couplets et Young Buck termine sur les chapeaux de roues cette chanson qui rappelle que nous ne sommes que de passage. On comprend aussi pourquoi le G-Unit était trop petit pour Buck. On termine ce ce passage de haut niveau avec Another Soldier lancé par les guitares rock de DJ Khalil. En compagnie de son autre groupe pus confidentiel qu’il forme avec Middl Fngz & Cobe, c’est une nouvelle ode à la vie de gangster que nous présente Bun-B. Celui-ci livre des sentiments entre fatalité et fierté bien saisis dans le refrain : “I got this drama/ don’t worry mama cause I got the humma… tryin’ to take my life but I dont give a…/ You wanna be anotha dolla in the game/ anotha soldier in the grave” . L’alternance de ces sentiments est caractérisée musicalement par l’alternance des deux boucles de guitares ainsi que celle de l’orgue.

A la différence de nombreux autres collègues du Sud et même du rap américain, Bun-B sait aussi parler et revendiquer certains problèmes. Dans Get Cha Issue et sa guitare blues, il dénonce les bavures policières en faisant référence à Sean Bell, ou la supposée implication de la police dans les meurtres de 2 Pac et Biggie. Il termine par cette phrase lourde de sens sur les relations entre les gens des quartiers défavorisés et la police “The biggest enemy in my city is you”. C’est aussi le fiasco irakien qui est visé et les politiciens qui l’encourage qui prennent dans le dernier couplet.

Reste quelques morceaux moins marquants sur cet album. Tout d’abord, on pourra passer If it was up II me dont l’ambiance Reggae/South ne prend pas et Junior Reid ne relève pas le morceau qui se veut pourtant lui aussi sobre et revendicatif. Good II Me avec Mya est assez agréable mais un peu long à cause d’une mélodie trop répétitive. I Luv That n’est pas non plus la meilleure production de Scott Storch même si Bun-B est excellent sur cette instrumentale qui se veut être un club banger. On retiendra un peu plus le morceau Pop It 4 Pimp où accompagné d’un autre ancien j’ai nommé Juvenile et du moyen Webbie, Bun-B incite les ladies à remuer leurs fessiers pour Pimp C. Mouse, qui avait produit la tuerie Wipe Me Down de Foxx (non non ce morceau n’est pas l’oeuvre de Lil Boosie), lâche une petite mélodie électronique atypique sur un rythme rapide. Le refrain et le couplet de Webbie avec ses intonations aigues donne un ton à la fois festif et respectueux au morceau tandis que Juvenile livre une prestation solide fidèle à son statut de pilier historique du Sud. My Block composé par Jazze Pha est un bon titre mais la  structure de la production déjà entendue empêche Bun-B de surnager sur ce morceau. On a continue Jazze Pha capable de mieux comme avec 5000 Ones pour DJ Drama.

On termine avec deux morceaux qui terminent de faire de cet album un des meilleurs de 2008. Le premier est l’hommage ultime à Pimp C titré un peu de manière stéréotypée Angel in the Sky. Sur une instrumentale à la guitare sèche et au piano placés sur une rythmique lente, Bun-B ralentit le rythme mais adapte son flow à la hauteur de l’enjeu de la chanson. Si la formule a déjà été utilisée, elle reste efficace. Le dernier morceau est de nouveau à la dimension royale tirée du titre d’Underground King. Keep It 100, de par sa production signée Chops et surtout de par la performance que Bun-B y livre, est un morceau qui ne dit au final qu’une chose : “venez me détrôner ! Je vous préviens que vous devrez vous accrochez !”.

Au final, plus qu’un album solo cet album est une introduction au dernier album des UGK qui sortira prochainement. L’ombre de Pimp C y plane constamment, et c’est un juste retour des choses tant ce MC a influencé plusieurs générations de rappeurs qu’ils soient du Sud ou pas. Les thématiques classiques sont abordées mais Bun-B a su choisir des invités à même de forcer leur talent pour faire de bons morceaux, même si on aurait pu se passer de Jazze Pha ou Sean Kingston. On sent que Bun-B leur inspire le respect, et celui-ci donne plusieurs fois des leçons de rap aux jeunes rappeurs sudistes qui se croient déjà arrivés. Cet album est déjà un classique à se procurer !

En bonus le live d’Int’l Players Anthem repris par The Roots avec Bun-B qui interprète le couplet de Pimp C

Peace

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  • Le mythe de l’authentique.
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