Quel est le point commun entre le Screwed & Chopped, l’impensable décès de Pimp C et le pétage de plombs de Lil Wayne au sujet des mixtape DJs ? Le ‘syrup’ (bravo si vous avez trouvé), surnommé aussi ‘Texas tea’, ‘lean’, ‘purple drank’ ou encore ‘syzzurp’. Oubliez le faux scandale des artistes rap/r&b gonflés aux stéroïdes, les arrestations pour possession de drogue, ce sirop commence à devenir un véritable fléau dans le milieu.

Quelques notions pharmaceutiques

Sirop à la codéineIl n’y a pas besoin d’être toxicomane pour se fournir en ‘syrup’, il suffit d’aller à la pharmacie puisqu’il s’agit bêtement d’un sirop pour la toux à base de codéine, prescrit généralement sous ordonnance lors de fortes bronchites ou pneumonies pour calmer la douleur dans la trachée. Cette molécule aux effets analgésiques est extraite du pavot mais n’a pas les effets similaires de sa cousine, la morphine, qui elle traite des douleurs aigues et utilisées chez les patients hospitalisés (souffrants de cancer, d’opérations chirurgicales lourdes). Comme chacun sait, la morphine est la matière première utilisée dans la composition l’opium et l’héroïne, produite après acétylation. Voilà pour les explications biochimiques et termes médicinaux relous. Il ne reste qu’à parler brièvement des effets secondaires, principalement de la somnolence, des nausées,…

Totally screwed up

DJ ScrewOn ne sait pas quand exactement ce phénomène de dépendance est apparu dans le rap, probablement dans les années 90, mais on sait d’où c’est venu : de Houston, Texas. DJ Screw, fondateur de la Screwed Up Click (dont fait partie Z-Ro) a inventé le style du Screwed & Choped grâce à sa surconsommation d’antitussifs codéinés. Surprenant mais véridique. La légende urbaine raconte que l’état de léthargie vaseux provoqué par l’ingestion de sirop lui donnait l’impression d’entendre les sons qu’il mixait au ralenti, d’où l’idée après de recréer cette impression en diminuant la vitesse de rotation des disques ou des BPM. Depuis la mode du ‘screwed and chopped’ s’est répandue dans tout le Dirty South car chaque sortie sudiste passe systématiquement par ce traitement. La formule de faire des refrains en screwed and choped a même été reprise (à outrance) dans notre paysage rap français friande de son Dirty, c’est dire l’ampleur de la chose. Et tout à cause à cause d’une substance végétale, ça paraît presque dingue. Merci Dame Nature on aurait envie de dire.

Addiction et rubrique nécrologique

Pimp CLe comble dans cette histoire, c’est que ce maudit ‘syrup’ a provoqué la mort de DJ Screw en Novembre 2000. Enfin quand je dis ‘provoqué’, ce n’est pas entièrement une certitude bien que les spécialistes ont évoqué une overdose de codéine. Donc est-ce que sur le long terme, cette addiction peut être mortelle ? C’est ce qu’on pense car le DJ en question n’avait pas de problèmes de santé en particulier, bien que certains membres de son crew pensent que le mélange avec des amphétamines associé à la surconsommation de codéine lui a été fatal, pour ne pas dire mortelle. Son protégé Big Moe, auteur à juste titre de City of Syrup et du hit « Purple Stuff », aussi en a fait les frais en Novembre 2007. On pense effectivement que sa crise cardiaque a un rapport avec sa dépendance non dissimulée au sirop à la codéine. Puis le mois suivant, le 4 Décembre 2007, c’est au tour de Pimp C du légendaire groupe UGK de se faire rattraper par la faucheuse. La cause de ce décès soudain est en fait dû à un mélange mortel entre le sirop pour la toux et un autre médicament (la Prométhazine), ce qui a apparemment aggravé son apnée du sommeil et donc la mort durant son sommeil selon les éléments de l’enquête. Qui sera le prochain à mourir à petites gorgées ? Le cas Lil Wayne a de quoi inquiéter. Weezy a récemment avoué sur MTV qu’il lui était impossible de décrocher le syrup, sans compter les autres drogues moins licites qu’il prend à côté. Son morceau « I Feel Like Dying » en dit long sur ce sujet. À propos de la polémique toute fraîche qu’il a créé en scandant son « fuck mixtape DJs », l’intervieweur avait remarqué que le rappeur de Cash Money n’avait pas l’air dans son état normal dans son accès de colère, Kay Slay a pensé qu’il était sous l’emprise du syrup. Mais ce n’est qu’une hypothèse.

À consommer avec modération

Mélangez le syrup avec de la vodka ou du rhum, du jus de fruit ou du soda (genre Sprite), du Jolly Rancher (nota : la composition peut varier en fonction des goûts), et vous obtenez une boisson courtisée par les rappeurs du Sud : le fameux syzzurp (dit dans le ‘southern slang’). Dans sa composition originale, les plus insouciants rajoutent de la Prométhazine (tiens donc…). Ce cocktail est une source (alcoolo-codéinée…) d’inspiration pour certains d’entre eux, comme les Three 6 Mafia en 2001 avec « Sippin’ On Sum Syzzurp » avec les UGK, ou encore « Purple Rain » de Beanie Sigel et Bun B. Jim Jones et Cam’Ron en ont saisi l’opportunité de faire leur commerce en lançant leur propre spiritueux appelé Sizzurp (en mettant un ‘i’ pour la marque déposée), avec pour la promotion une mixtape (Sippin On Sizzurp vol. 1 des Diplomats) et des clips comme « Certified Gangstas » (avec The Game et Cam’Ron) et « What U Been Drankin’ On » (feat Paul Wall et P Diddy) où sa boisson coule à flot. Mais les gens qui manifestement profitent le mieux de cette dépendance lucrative, ce sont bien les entreprises pharmaceutiques.

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Ex-rédacteur/chroniqueur pour Rap2K.com et... biométricien !

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