C’est quoi un ‘hipster’ ? Jamais entendu parler jusqu’à cette récente interview de The Game sur AllHipHop.com. Je ne comprenais pas trop de quoi il parlait par ‘hipsters’, à part le fait qu’ils n’avaient pas grand-chose à faire dans le rap game, que c’était en gros des ploucs en jeans serrés, en épargnant Kanye West qu’il considérait comme le ‘king of hispters’. Mmmh… drôle de désignation, il a quoi de spécial plus que les autres Kanye ? Il a lancé une mouvance sans le savoir ? Je me suis alors dit que le ‘hipster’ est une sorte de néologisme, une invention de journalistes plein d’imagination pour catégoriser une caste de rappeurs à contre-courant, qui font du hip-hop progressif ou vintage et anti-baggy. Plus ou moins en réalité, vous allez vite comprendre pourquoi.
Machinalement, je tape une requête pour ‘hipster’ sur Google et les résultats m’amènent sur cette encyclopédie approximative en ligne qu’est Wikipédia. Je remarque immédiatement (en anglais dans le texte) que ce mot existe depuis les années 40 et que la définition a été réactualisée ces deux dernières décennies. Plus la peine maintenant d’utiliser ce terme entre des guillemets. Je traduis donc bêtement la description qui m’est donnée sur Wiki : « terme décrivant une tendance alternative, une mode 'anti-mode' chez les jeunes de classes moyennes et supérieures, jeunes gens migrant vers les quartiers re-embourgeoisés ou en cours de ré-embourgeoisement (on parle de "regentrification" aux US, NdR). […] Dans la culture jeune, le terme hipster se réfère habituellement à des jeunes gens ayant une préférence pour le rock indépendant,… ». Je bloque sur les mots « rock indé » et « jeunes ». On considère qu’un rappeur est jeune jusqu’à quel âge ? 30 piges ? Kanye le ‘roi des hipsters’ a dépassé cet âge fixé arbitrairement d’un an. En plus il est tout sauf indépendant même s’il suit son propre courant de rap. Je continue ma lecture anglophone et j’aperçois d’autres caractéristiques : ils consomment bio ou des produits issus du commerce équitable (oulala), ce sont des penseurs prétentieux qui s’habillent vintage, limite bohémiens et qui n’écoutent pas de la tendance musicale actuelle, etc, etc… En fait, le hipster serait un néo-babacool ??? J’imagine le Louis Vuitton Don en hippy moderne et écolo deux secondes. Non, quelle horreur, pas possible, je retourne dans mes recherches…

C’est là que je retombe par hasard sur Allhiphop à nouveau, qui y consacre un dossier sur ce phénomène de mode qui émerge dans le rap américain (notez la contradiction). De nombreux rappeurs et producteurs encore méconnus dans nos contrées (The Cool Kids, Mickey Factz, les universitaires Kidz in the Hall) sont interviewés afin de détailler la signification de ce mot dans le hip-hop. Kanye West y est évidemment cité, ainsi que le génial excentrique Andre 3000 des Outkast, le modèle de référence selon Naledge des Kidz in the Hall. L’auteur de l’article va même plus loin encore en évoquant les débuts des De La Soul comme les pionniers des hipster actuels. Mais oui, rappelez-vous leur délire hippy, leur look d’intello, la fameuse coupe au carré… C’est là que j’en viens à l’apparence vestimentaire typique de ces rappeurs atypiques, parce qu’ils sont très à la mode, mieux ils en lancent. Pour les reconnaître, c’est simple, ils ressemblent à des lunetteux BCBG, parfois exubérants et sophistiqué sans être métrosexuels (contrairement aux idées reçues), avec pour certains une attirance prononcée pour la quincaillerie dorée (chaînes, poings américains personnalisés). Quand on y regarde de plus prêt ces sortes de backpackers super-fashion et post-modernes (comme disent les vrais hipsters), il y a bien un côté vintage, old school qui ressort, ça rappelle les tenues que portaient les rappeurs et la jeunesse des quartiers dans les années 80 (polos ou t-shirts, vestes, jeans classiques, sneakers,…). C’est un peu la résurgence du peace, love et havin fun, à la fois synonyme d’excentricité ou à l’inverse de sobriété, ça dépend des artistes. Il n’y a qu’à regarder les illustrations en photo pour vous faire une idée plus précise, ou sinon observez bien le clip « Honey » de Erykah Badu où l’on aperçoit les Sa-Ra (les signataires de GOOD Music, le label de Kanye, et qui ont notamment produit des titres sur Nu AmErykah Part One). En tout cas c’est assez néorétro.
Musicalement parlant, on retrouve deux tendances principales liées entre elles si l'on veut (vive la cyclicité des modes), l’une à la vibe assez fin des 80s/début des 90s et l’autre ultra-moderne un brin crossover, mais dans les deux cas, c’est du hip-hop en vogue. La première, celle qui arrive par les petits nouveaux comme les Cool Kids, Kidz in the Hall (qui viennent de passer de Rawkus à Duck Down), The Knux (fraîchement signés chez le mastodonte Interscope), du hip-hop ‘all school’ qui remet au goût du jour les up-tempos (à plus de 120BPM), des beats minimalistes ou qui déboîtent fort (on pense au producteur Double O), des délires électros psychédéliques à mi-chemin entre George Clinton et J Dilla comme le font les Sa-Ra Creative Partners, ou peut-être simplement du hip-hop "cool" et intelligent ou carrément OVNI.
Après on retrouve des artistes rap connus qui ouvrent leur musique vers d’autres horizons, comme c’est le cas de Kanye avec son Graduation, quand il mélange des couches de violons entre des nappes de synthés, ou encore un autre exemple parlant, le très original Will.I.Am, qui recycle des breakbeats à l’ancienne ou des gros samples pour faire du ‘hip pop’. Puis deuxièmement, il y a les groupes ou artistes plus en marge, qu’on peut classer officiellement comme hip-hop alternatif ou progressif (au choix), deux qualificatifs qui servent juste de points de repère car dans le fond, ça reste abstrait. Dans ces catégories, les Gym Class Heroes dont fait partie Travis McCoy et des ‘nerds’ (‘intellos’ au sens dépréciatif) issus de la vague skaters de la génération Atari/Nintendo comme - fatalement - les N.E.R.D. (dont fait partie le fringuant Pharrell Williams aka Skateboard P) et d’un certain point de vue la révélation Lupe Fiasco. Ceux-là en particulier partagent en commun le goût d’un hip-hop conjugué avec diverses influences musicales tels que le rock, l’électro, la pop… Enfin voilà, le style de musique rap de hipsters, c’est un peu de tout ça. On remarque une chose aussi, c’est que la plupart des noms que j’ai cité dans l’article sont originaires de Chicago.
Ce n’est pas si évident de regrouper des artistes en fonction leur style de rap associé à leur code vestimentaire, leur attitude de manière distincte. Les anti-étiquettes vont grincer des dents, surtout que les hipsters sont reconnaissables principalement à leurs goûts vestimentaires décalés et bourgeois, à ne pas confondre non plus avec le "bobo-rap" qui fait honte au rap français. En cherchant dans mes archives cérébrales section hip-hop qui d’autres peut correspondre à peu près à ces critères en matière de look, je tombe sur Common, hum Nas,… Non, je déconne ! Bref, vous savez quoi, j'attends impatiemment l'album des CRS (Child Rebel Soldier), le super-trio formé de Kanye, Pharrell et Lupe !
Exemple de discographie Hipster-Hop (dans le désordre):
- Electric Circus de Common
- 3 Feets High & Risin et De La Soul Is Dead des De La Soul
- Late Registration et Graduation de Kanye West
- Food & Liquor et The Cool de Lupe Fiasco
- In Search Of et Fly Or Die des NERD
- The Bake Sale EP des Cool Kids
- Songs About Girls de Will.I.Am
- The Hollywood Recordings de Sa-Ra Creative Partners
- The Love Below d’Andre 3000 des Outkast
- The In Crowd des Kidz in the Hall
(Article de Sagittarius aka The fake Dr Green)
Mots-clefs :common, Cool Kids, De La Soul, Gym Class Heroes, hipster, Kanye West, Kidz in the Hall, Lupe Fiasco, Nas, NERD, Sa-ra, The Game, Will.I.Am

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